LES FEMMES ARABES
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Le mariage.
" Avant l'Islamisme, l'Arabe prenait autant de femmes légitimes qu'il en pouvait entretenir, autant d'esclaves et de concubines qu'il lui plaisait : Mahomet octroya au musulman quatre femmes légitimes en même temps :
" Épousez de préférence les vierges, " disait-il souvent.
Le commun, ou plutôt la totalité des Musulmans aperçoit dans cette parole une ordonnance de plaisirs, presque un devoir d'épouser de très-jeunes filles;. " mais, observe judicieusement M. Perron (Femmes arabes avant et depuis l'Islamisme), il y a autre chose dans la pensée que revêt ce commandement.
Le législateur a voulu, tout en sacrifiant la femme à l'homme, qu'elle pût toujours goûter du mariage; il a voulu encore, comme conséquence, que fussent fécondées d'assez bonne heure toutes les sources de la population, et que les nations musulmanes se multipliassent en nombre extrême. "
" Le mariage est assez souvent contracté plusieurs mois avant que les époux soient mis en relations conjugales : des jeunes filles en bas âge sont promises à tel individu ou du même âge, ou d'âge plus avancé. Aïcha, la femme de prédilection du Prophète, dit :
" Je fus mariée dès l'âge de six ans à Mahomet, et j'avais neuf ans quand il cohabita avec moi !

- Cet exemple est fréquemment suivi en Orient, et les mariages précoces, même avant l'âge de puberté des filles, sont dans les goûts et les habitudes des Musulmans.
Comme conditions requises pour contracter un mariage, il faut, aux dires des commentateurs les plus autorisés du Coran :
- un ouali (représentant de la femme, ayant droit et pouvoir de contracter pour elle) ;
- un don nuptial, que doit donner le futur époux ;
- le substratum, c'est-à-dire l'époux et l'épouse libres de tout empêchement légal (de maladie, par exemple) ;
- enfin, la formule d'engagement, de la part du fondé de pouvoir de la femme et de la part de l'époux, ou de la part de son représentant; formule qui consiste en ces mots :
" Je t'accorde, pour femme et épouse, une telle (ma fille, ou ma sœur, etc.), et je te la donne à la condition d'un don nuptial de tant (il faut préciser la valeur).

Le prétendant peut également proposer sa demande à l'individu qui a droit de contracter au nom de la femme, par :
" Donne-moi en mariage une telle, et agrée un don nuptial de tant.
" Si le ouali accepte et répond :
" Je te la donne pour épouse, " le mariage est conclu.
Après cette formule d'accords, aussi bien qu'après la formule précédente, le mariage est obligatoire, quand même l'un des deux futurs révoquerait son consentement.

Du don nuptial.
- " Le don nuptial est l'analogue d'un prix de vente : il comporte les principales conditions obligatoires et rédhibitoires d'un marché. La femme, en se mariant, vend une partie de sa personne. Dans un marché, on achète une marchandise ; dans un mariage, on achète le champ génital de fa femme :B - ce qui regarde la garantie ou responsabilité relative du don nuptial, et les dégradations ou les pertes survenues à ce don, est réglé par les dispositions légales qui règlent la responsabilité dans les ventes.B " Il est d'obligation canonique de livrer le plus promptement possible à la femme le don nuptial, une fois qu'il est déterminé et convenu.
Si ce don n'est pas exactement déterminé, et que la fixation en soit laissée à la bienveillance de l'époux, la femme a le droit de refuser toute entrevue privée avec son mari avant qu'il se soit acquitté envers elle de ce qu'il doit d'abord donner.B - Certaines maladies constatées chez l'un des conjoints, lèpre, éléphantiasis, etc., ou l'impuissance avérée du mari, rendent, de plein droit, le mariage nul.

De la répudiation. - Quand il y a chez les conjoints incompatibilité d'humeur, et que cette incompatibilité détermine soit un éloignement réciproque, soit des sévices graves de la part du mari, l'affaire est portée devant le cadi, qui la soumet à deux arbitres pris; le plus possible, l'un dans la famille du mari, l'autre dans celle de la femme.
Si ces arbitres, après avoir cherché à concilier les parties, se prononcent pour la répudiation, leur décision, soumise préalablement au cadi, a force de sentence judiciaire. Toutefois, cette répudiation ne peut être que temporaire;
" Mais s'il est prouvé devant le cadi que le mari ne se comporte pas comme il le doit avec sa femme (et que, par exemple, il ne lui parle plus, qui lui tourne le dos lorsqu'ils sont au lit, qu'il l'a battue brutalement), la femme est libre, alors, de s'affranchir de son mari par une répudiation complète, et cela, quand même les preuves ne démontreraient pas que les torts du mari se sont répétés plusieurs fois.

Du divorce.
-" Le divorce n'est qu'une forme de la répudiation: Il est licite moyennant une valeur compensatoire, par laquelle la femme se rédime de l'autorité maritale.
- Toutefois, le mari est tenu de rendre le prix compensatoire lorsque la femme, apportant pour preuve de sa déclaration le témoignage de la voix publique, atteste qu'elle a demandé le divorce pour mettre un terme à ce qu'elle endurait des mauvais procédés du mari (aux coups, aux injures continuelles et sans motifs plausibles, aux dépenses folles, etc.) "
Ainsi disent les commentateurs de Coran. Ces détails, nous les avons puisés dans le " Précis de jurisprudence musulmane " (Dr Perron, t. II), auquel nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient consulter les textes ; mais ce rapide exposé n'intéresse que les légistes et ne donne qu'une idée très-imparfaite de ce qui existe.
- Pour faire connaître et apprécier dans tout ce qu'a de triste et de véritablement dégradé la condition actuelle de la femme arabe, nous exposerons au grand jour le tableau qu'a tracé, de main de maître, un ancien chef du bureau arabe :
" Montrez-moi dans quelle condition se trouve la femme chez un peuple, a écrit le commandant Richard (Scènes de la vie arabe), et je vous dirai où en est celui-ci, en lumières et en progrès. A peuple abruti, femme dégradée. L'un mesure la valeur de l'autre, dans une réciprocité inexorable. Ce sont les deux niveaux d'un même siphon; que le premier monte ou descende, le second le suit. "

Condition actuelle de la femme arabe.
- " Condition n'est pas même le mot qui convient. On ne sait, en effet, comment définir une chose qui n'a d'autre loi que le caprice : tantôt ceci, tantôt cela. Un paria est un paria ; il sait à quoi s'en tenir ; mais la femme arabe n'a pas même une charte d'infamie écrite par les mains de la société où elle vit. Quand elle prend un homme, elle ne sait véritablement pas où elle va.
Esclave, elle n'ignore pas qu'elle le sera ; mais, quant aux tortures intimes, que nul ne voit, dont aucune autorité n'ose sonder les mystères, qui lui en tracera les limites ? Personne.
Voici, dans toute sa brutale simplicité, comment la chose se passe :

" Un Arabe, qui a amassé les douros nécessaires pour se marier, s'informe dans le voisinage de l'objet qui pourra lui convenir. Ce qu'il lui faut généralement, ce n'est pas, hélas! la houri de ses rêves, éclose dans sa tête au feu de sa jeunesse, image rayonnante de toutes les illusions premières que le cœur inspire; loin de là.
Ce qu'il lui faut d'abord, c'est une créature lui faisant son pain, et son burnous, capable de le nourrir et de l'habiller. C'est, en effet, à ces termes, d'un matérialisme brutal, que se réduit, le plus souvent, cette union que quelques poètes égarés ont dorée de si beaux mensonges.
- Pour l'amour et les besoins du cœur, il y a la femme du mystère (souvent celle du voisin), et les hasards des nuits sombres.
" La femme découverte, celui qui la cherche se présente chez son détenteur, père, oncle ou cousin, et le marché se conclut après une discussion durant laquelle acheteur et vendeur contestent ou exaltent, à qui mieux mieux, les qualités de la future. Puis, le cadi rédige le contrat.
" Le jour fixé pour la consécration, la fiancée est transportée de la tente paternelle à celle de son époux, avec un accompagnement de coups de fusil, cris, vacarme, etc. Le soir, il y a redoublement de sabbat, et, après une ventrée homérique de couscoussou et de viande plus ou moins grillée, chaque homme se retire, cuvant du mieux qu'il peut l'approvisionnement de victuailles dont il s'est gratifié.
" Le lendemain, le supplice de la pauvre créature commence!
- Comment raconter les tourments d'une vie pareille? Traire les vaches, battre le lait pour faire du beurre, aller au bois et à l'eau, quelquefois à une lieue de la tente, en revenir chargée comme une bête de somme, tourner toute une journée un moulin à bras pour faire de la farine et ensuite du pain ; cuisiner cet éternel couscoussou et tisser cette interminable toile de Pénélope, qu'on appelle un burnous; grelotter en hiver, pieds nus, sous des haillons gelés; se rôtir, en été, sous un soleil de feu, sur une terre, ardente ;
ce n'est certes pas là une existence à envier; mais sa face la plus triste n'en paraît point encore. " Un travail dur, exagéré, est encore chose supportable quand il a pour compensation les satisfactions du cœur, les joies saintes de la famille, la pensée qu'on est protégé, soutenu, aidé.
Mais ici, rien de pareil. Tandis que la pauvre femme se brûle au soleil pour satisfaire ce maître qui s'appelle son époux, celui-ci, contraste déchirant ! étale sa paresse à l'ombre d'un buisson, et se repaît, des journées entières, du plaisir de contempler l'azur qui se déroule devant lui.
Quand il rentre dans sa tente attristée, ce n'est qu'avec la mine altière du maître, et des paroles de reproche à la bouche; et si quelque motif particulier vient exciter une bile prompte aux explosions, il bat sa femme comme il battrait son âne...
" C'est ainsi que la femme arabe est devenue cette pauvre créature méprisée et vile, qui n'a de la femme que le sexe, et la faculté de procréation commune à toutes les femelles. Elle en est à ce point de misère qu'elle n'a plus conscience de sa dégradation. La pudeur lui est tout à fait inconnue, et elle se livre sans remords sous le premier buisson, au premier venu. Elle craint le bâton de son mari, mais sa propre conscience, non. Toute sa morale consiste à n'être pas vue : si elle n'est pas découverte, gloire à Dieu ! c'est une honnête femme ; si le contraire a lieu, tant pis, car voici le bâton.
" Son mari lui donnant, d'ailleurs, l'exemple des débordements sans nombre et apportant à sa tente ce qu'il est allé chercher chez la voisine, il en résulte que cette maladie, qu'on appelait, du temps de François I er, napolitaine à Paris, et française à Naples, est comme le trait d'union de toutes les relations conjugales. - Des tribus entières en sont infectées. "

Telle est, en Algérie, la condition actuelle de la femme arabe. Nous avons hâte d'ajouter qu'il en est différemment chez les Kabyles : le Kabyle, lui, n'a qu'une épouse ; il en fait la compagne de sa vie, il l'aime, la respecte et la traite comme son égale : sa famille est semblable à nos familles d'Europe.

Quand la coupe est trop pleine, elle déborde : de même, quand la femme arabe est lasse de trop souffrir, elle se débarrasse violemment du joug qui l'oppresse : elle divorce;

Et les divorces sont nombreux :
On trouve dans le Tableau des Établissements français en Algérie (années 1847, 1848 et 1849) l'état numérique ci-après des mariages et divorces constatés dans la population maure en résidence dans les villes de l'Algérie ( territoire civil seulement), pendant les années 1847, 1848 et 1849:

ANNÉES. MARIAGES. DIVORCES.
1847 970 915
1848 1,054 696
1849 1,656 524
Totaux. ... 3,680 2,135

La durée moyenne des mariages, en prenant comme base ces trois années, était donc, à cette époque, de vingt mois et vingt et un jours.
Les relevés statistiques les plus récents donnent, pour la population maure des trois provinces (territoire civil et territoire militaire) :

ANNÉES. MARIAGES. DIVORCES.
1861 34,012 13,512
1862 33,012 14,923 1863 33,795 14,704

Donc, la situation ne s'améliore point. - Que faire, cependant, pour la changer?
Défendre la polygamie ? Mais ce serait blesser, dans ce qu'elle a de plus vif, la foi religieuse des Musulmans, et, par cela même perpétuer la guerre :
Ne touchons pas à la hache !...
Assouplir, par l'éducation, les mœurs des indigènes, et faire en sorte que les générations à venir envisagent la femme, plutôt comme la compagne de leur vie que comme un instrument de plaisir ou une servante docile ?

- Mais l'Arabe est essentiellement paresseux : plus il a de femmes, mieux il est servi ; - et comme il s'aime plus que toute chose au monde, il est douteux que l'éducation modifie jamais, d'une manière sensible, sa façon de voir et d'être en ce qui concerne ses droits d'époux. Or, on l'a dit avec raison :
" Le dernier degré hiérarchique de la tente arabe est représenté par une femme maladive et maladroite ; le premier, par quatre vigoureuses luronnes capables de bâcler, dans un instant, le repas de vingt hôtes que le Prophète leur envoie, et de faire ainsi honneur à leur mari et maître. On dit de celui-ci, c'est une tente de sultan; de celui-là ; c'est une tente de berger." - lien sera longtemps ainsi.

Voudrait-on, enfin, imiter les Romains d'un autre âge; - faire ce qu'ont fait les Normands en Angleterre ; établir, en un mot, entre les Européens et les Musulmans la fusion du sang et des familles par l'union des races?
Mais, de part et de l'autre, la différence des religions est un obstacle insurmontable : et, dans l'état actuel des esprits, les libres penseurs ne trouveraient qu'un nombre infime de prosélytes.

Le problème sera donc difficile : à résoudre. A chaque jour, toutefois, suffit sa tâche ; et nous croyons qu'il est possible d'améliorer, dès à présent, le sort de la femme arabe. Peut-être suffirait-il, pour cela, d'ajouter à la jurisprudence musulmane cet article unique, qui à déjà force et vigueur en ce qui concerne la justice civile.
" La déclaration faite par les Musulmans, qu'ils entendent contracter mariage sous l'empire de la loi française, entraîne l'application de cette loi et la compétence des tribunaux français. "
Cette proposition peut faire sourire ; il est bon qu'on sache, cependant, que dans ces dernières années plusieurs Arabes, notamment à Mostaganem et à Philippeville, ont eux-mêmes demandé à contracter mariage selon les formes prescrites par notre Code.
D'autres, nous n'en doutons point, suivront cet exemple.

Et le jour où la femme arabe, mariée non plus devant le cadi, mais devant le maire, se sentira protégée par nos lois, l'esprit de famille pénétrera sous la tente : l'esclave deviendra libre !
L'esquisse qui précède suffirait, peut-être, pour donner une idée générale des Musulmans qui habitent l'Afrique : il nous parait, toutefois, que rien de ce qui intéresse ces populations, si peu connues en France, ne saurait être indifférent, et nous croyons devoir indiquer ici, comme témoignage de la sollicitude du Gouvernement pour la race vaincue, les principales améliorations apportées, depuis la conquête, dans l'état politique et social des indigènes.
C'est la meilleure réponse que nous puissions faire aux critiques passionnées dont l'Administration
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à suivre ;INSTRUCTION PUBLIQUE CHEZ LES INDIGÈNES.

Site Internet GUELMA-FRANCE