Le koheul et autres traditions chez les musulmans.

Personne n'ignore que les femmes arabes ont l'habitude de se teindre le bord des paupières. Les hommes et même les jeunes négresses suivent leur exemple; la matière qu'on emploie, et qui produit une couleur d un noir bleuâtre; se nomme koheul.

Les blancs ont deux raisons pour user du koheul: d'abord il donne aux yeux plus d'éclat en les encadrant d'un liseré noir ou bleu, et cette raison est surtout apprécié par les femmes; ensuite il préserve des ophtalmies, l'écoulement des larmes, et donne à la vue plus d'assurance et de limpidité.

Tous les médecins ont recommandé l'usage du koheul, et notre seigneur Mohammed le prescrit le koheul (sulfure d'antimoine), dont on a donné le nom à la préparation qui sert à teindre les paupières, parce qu'il est la base, est un présent de Dieu.

Quand l'éclat du Seigneur paru sur le Djebel el Thour (le Sinaï), bien qu'il ne fut pas plus gros qu'une fourmi, il embrasa la montagne entière et calcina toutes les pierres et les fit passer à l'état de koheul; tout celui qui se trouve à présent dans les autres contrées provient en principe du Djebel el Thour.

Ce fut une femme du pays de Yamana, dans le Yémen, qui la première fit usage du koheul pour dissimuler une inflammation inhabituelle qu'elle avait aux paupières, et l'on raconte qu'en peu de temps elle acquit une vue si perçante que ses yeux distinguaient un homme d'une femme à deux journées de marche

Pour obtenir la préparation complète, on combine en proportions égales du koheul, du toutia (sulfate de cuivre), du cheubb (alun calciné), du zendjar (carbonate de cuivre) et quelques clous de girofle, le tout réduit dans un mortier à l'état de fine poussière.

Comme matière colorante, on y joint du noir de fumée, recueilli sur un vase en terre, un moment exposé à la flamme d'une lampe ou d'une bougie, on passe au tamis fin cette première préparation pour en former un mélange intime que l'on enferme dans une petite fiole (mekbralel) en plomb, en argent, en vermeil et même en or; car, pour les riches et surtout pour les femmes, le mekhrolel est un meuble de luxe.
Pour user du Koheul, on plonge dans le mekhrolel une petite baguette en bois, effilée, polie ou même une épine de porc-épic. Elle est très poudreuse; on l'applique avec précaution dans sa longueur sur la paupière inférieure: on la presse entre les paupières, en la faisant glisser légèrement du grand angle de l'œil à l'autre angle, et sur son passage elle colore en noir la partie nue qui donne naissance aux cils.
Dans certains pays aux substances que j'ai nommées on ajoute d'autres substances qui, par la volonté de Dieu, sont douées de vertus merveilleuses ; du corail mâle, ou des perles pulvérisées qui font disparaitre les taches blanches de la cornée lucide; du musc, qui arrête l'écoulement des sinus; du safran, du sembel et du djaoui (benjoin), qui rendent la vue plus active.
Les nègres pauvres usent tout simplement du koheul pur sans même le colorer avec du noir de fumée donne alors une teinte bleuâtre qui va particulièrement bien aux jeunes femmes "foullanates", leurs grands yeux noirs, ainsi parés et dessinés sur leur peau dorée, brillent d'un éclat lumineux
Les mekhralel du Soudan sont de petites fioles en peau de mouton à poil, moulées sur un moule d'argile et très artistement travaillées. On obtient par le même procédé de fabrication une infinité d'autres vases également en peau, propres A contenir l'huile, la graisse, le lait et le beurre.

On retrouve l'usage du koheul chez tous les peuples musulmans, arabes, indiens, persans, turcs et nègres; chez tous ceux enfin qui sont exposés aux rayons éclatants du soleil et à la réverbération de la lumière sur le sable.

La tradition universelle affirme que c'est pour son peuple égaré dans le désert que le Seigneur a changé le Djebel el Thour en koheul. Tous les poètes l'ont chanté comme méthode et comme parure, et disent que, si le seigneur Mohammed l'a recommandé aux croyants, c'est par l'inspiration de Dieu.

Je résume ici les notions données par les arabes eux-mêmes sur le koheul.

Le koheul est l'une des dix prescriptions relatives au corps, révélées à notre seigneur Ibrahim el Khelil (le chéri de Dieu) dont cinq sont obligatoires et cinq facultatives.
Les premières imposent :
De se couper les ongles,
De s'arracher les poils des aisselles,
De se raser toutes les autres parties que la nature à voilées,
De pratiquer la circoncision,
De se couper les moustaches à la hauteur de la lèvre supérieure .

Les autres sont:
L'usage du koheul, du henna, du souak, "l'oudon el kebir", la grande ablution de l'homme et de la femme.
Le henna, comme le koheul, est souvent chanté par les poètes. C'est un petit arbuste qui a quelque rapport avec le cédrat (zizyphus lotus, jujubier); on en broie les feuilles desséchées, on en fait une pâte qui, pendant quelques heures, appliquée sur les ongles, sur le bout des doigts et quelquefois sur les mains jusqu'au poignet et sur les pieds jusqu'a la cheville, les teint d'un rouge orange.

Le henné donne au bout des doigts une gracieuse ressemblance avec le fruit élégant du jujubier.
"Quand une femme s'est orné les yeux de koheul, paré les doigts de henné et qu'elle a mâche la branche du souak qui parfume l'haleine, fait les dents blanches et les lèvres de pourpre, elle est plus agréable aux yeux de Dieu, car elle est la plus aimée de son mari.

Les femmes de notre seigneur Ibrahim, se faisaient belles devant loi par le koheul, le henna et souak . Sidi-Ali-ben-Ali-Taleb a fait ces vers sur le souak, qui s'appelle également irak.

Sois la bien accueillie, branche de l'irak, dans sa bouche!
mais n'as-tu pas peur, branche de l'irak, que je te voie?
Un autre que toi, branche de l'irak, je l'aurais tué,
Et nul autre que toi ne pourra se flatter d'avoir fui ce destin.

La femme dont le mari est mort, ou qui a été répudiée, doit, en signe de deuil, s'abstenir pendant quatre mois et dix jours du koheul, du henné et du souak.
Sidi-Khelil a dit au chapitre El Djemâa ( du Vendredi) Il faut que chaque vendredi l'homme accomplisse les dix choses révélées à notre seigneur Ibrahim et recommandées par El Syouty le Savant, ou quelques-unes au moins, s'il ne peut les accomplir toutes.

Extrait du livre du général E Daumas édition 1855

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