mise à jour le 31/12/2005
LES INVASIONS ARABES

Chapitre

par E F GAUTIER professeur à l'université d'Alger .

Casimir Perier (1777/1832) proposa en 1831 à Louis Philippe, deux ordonnances qui concernent les "Possessions Françaises dans le nord de l' Afrique" et pour la première fois dans l'histoire apparaît le mot "Algérie", mais il faudra attendre 1839 pour que "l'ancien régime d'Alger" devienne officiellement : l'Algérie.

Lors du déferlement des premières hordes arabes en Afrique du Nord, le territoire compris entre La Calle et Cherchell comptait 400 évêques. Cinq siècle plus tard, il n'en restait que quatre, bientôt obligés de fuir ou de mourir martyrs, aujourd'hui combien en reste -il ?.

LA PREMIERE CONQUETE.

Lors de la promulgation de l'islamisme, les armées arabes en l'an 647, pénétrèrent dans le Maghreb et prirent toutes les villes de ce pays. Afin d'éliminer toutes traces écrites lybiques langue parlée par les Berbères, ils détruisirent les stèles, les monuments trouvés dans ces cimetières ainsi que les écrits, coupant de leurs racines ce peuple.
Au fil des ans les arabes éprouvèrent le besoin de conquérir l'ensemble du pays. Ils trouvèrent une résistance acharnée en Numidie particulièrement les tribus des Aures les Zenatas,(anciens Gétule sous la domination Romaine). Il faut signaler le lien indéniable au moins à l'origine entre les Zenatas et le judaïsme.
La tribu illustre des Aurebas, qui étaient Beranes, a joué un rôle bref mais brillant au tout premier début de la conquête arabe sous son chef chrétien Koceila qui avait pour lieutenant un autre chrétien Sekerdid el roumi. (Sekerdid le romain). Il semble bien que les tribus groupées derrière Koceila gardaient un contact assez étroit avec le christianisme et la latinité. Koceila chassa les musulmans de la Numidie en l'an 69 de l'hégire 686/687 et fut tué à Kairouan.
La mort de Koceila eut pour conséquence de faire passer la primauté à une autre tribu des Aurès celle des Djeraroua. Son chef est une femme Dihia la Kahena elle porte un nom juif Kahena la prêtresse ou la prophétesse, racine conservée dans le nom si répandu de Cohen. En 688/689 sur la Meskiana au nord de l'Aurès elle écrasa les Arabes, les expulsa de la Numidie et du territoire de Gabès et les contraignit d'aller chercher refuge à Tripoli.

D'autres tribus juives étaient les Nefouca berbères de l'Afrikia. Mais voici qui est encore plus net au Gourara dans l'extrême nord du Touat, dans ce pays même, où le nom la langue et la race des Zenatas se sont conservés intact jusqu'à nous, un petit état juif indépendant s'est conservé jusqu'à la fin du XV siècle et se fit massacrer en 1492 à cause de la recrudescence du sentiment religieux musulman après le triomphe définitif du christianisme en Espagne

Le casque qui couvre la tête du cavalier est typiquement berbère avec sa frange ( voir les fresques du Tassili et surtout la gravure d'un cavalier numide visible au Musée des Antiquités Nationales d'Alger). Cette stèle est datée du IIIème/IIème siècle avant J.C., bien avant que les Romains ne viennent en Afrique du Nord. Ce cavalier, sommairement dessiné montre clairement un casque à franges, un protège visage, un tronc à courroies

Les héros de l'indépendance berbères sont donc le chrétien Koceila et la juive Dihya-at-el Kahena qui signifie en arabe "sorcière ou devineresse" mais pour les Berbères son nom est Dihya prétresse en Hebreu, ils ont été pendant des années les maîtres du Maghreb.

30/10/05
Lorsque parut la traduction française d'Ibn-Khaldoun, elle apporta sur l'histoire du Maghreb bien des révélations. Mais la plus sensationnelle de toutes fut assurément celle-ci. On avait cru jusque-là qu'il y avait eu au Maghreb une invasion arabe, celle du VIIe siècle. Ibn-Khaldoun nous a révélé que, outre cette première invasion, il y en avait eu une autre très postérieure, au milieu du VII siècle. Avec sa lucidité habituelle, Ibn-Khaldoun fait ressortir les caractères distinctifs de ces deux invasions.

" Lors de la promulgation de l'islamisme, dit-il, les armées arabes pénétrèrent dans le Maghreb, et prirent toutes les villes de ce pays. Mais ils ne s'y établirent pas comme habitants de tentes et comme tribus nomades : le besoin d'assurer leur domination dans ce pays les ayant obligés à se tenir dans les villes. " Ainsi les Arabes n'avaient pas habité les plaines du Maghreb. Ce ne fut qu'au milieu du Ve siècle de l'hégire (XIe siècle de notre ère) qu'ils vinrent y faire leur demeure et se disperser par tribus, pour aller camper dans toutes les parties de cette vaste région (1). "

Ces Arabes du XI° siècle furent des Bédouins appartenant à deux tribus, celle des Hilal, qui arriva la première, et plus tard celle des Soléim. Entendons bien ce que cela veut dire.

La première invasion arabe, l'invasion proprement dite, a été besogne gouvernementale, du type habituel : celui qui nous est familier. Un gouvernement régulier, le gouvernement des kalifes, a envoyé des armées régulières, conduites par des généraux, des fonctionnaires militaires, et suivies par les cadres d'une administration. Songeons à ce que cela signifie. Non seulement, comme Ibn-Khaldoun le souligne, cette conquête a été la simple installation de garnisons et de bureaux dans les villes ; mais encore ces Arabes de l'invasion étaient tous pratiquement des célibataires ; les familles qu'ils n'ont pas manqué de fonder furent de sang mixte.
Le résultat fut celui qu'on a vu, la conquête non seulement matérielle mais morale de tout ce qui avait un cerveau, le triomphe total de l'Islam. Mais la race berbère restait intacte, non seulement au point de vue du sang, mais même au point de vue de sa langue, dans la mesure où on peut donner ce nom à une multitude confuse de dialectes apparentés. L'arabe était devenu la seule langue régulière du Maghreb, au sens habituel du mot langue, un organisme complet, avec vocabulaire uniforme, grammaire, écriture, littérature. Mais en dehors de la bourgeoisie, jusqu'aux portes même des villes, les patois berbères étaient universellement en usage, la seule langue populaire. Le peuple berbère prit alors conscience de soi comme il ne l'avait jamais fait encore. Pour la première fois, et d'ailleurs pour la dernière, les Berbères se donnent à eux-mêmes un nom d'ensemble, ce nom même de Berbères, qui apparaît avec l'invasion arabe, et qui ne survit pas au Moyen-âge. Conditions admirables pour cet effort de concentration nationale qui fait l'intérêt du haut Moyen-âge maugrebin, et qui culmine dans le phénomène fatimide.

L'émigration du XIe siècle, survenue cinq siècles après la conquête, n'en a pas du tout continué l'œuvre, elle en a arrêté net le développement. La conquête avait apporté des germes de vie intéressants. L'immigration bédouine n'a apporté que des germes de mort, des toxines d'une nocivité extraordinaire. Ces Arabes du XI siècle n'avaient plus de commun que le nom avec leurs ancêtres lointains du VIIe. Ils ne parlaient même plus le même arabe, ce qui est après tout bien naturel, mais ce qui frappa d'étonnement les Maugrebins, Ces Bédouins du XIe siècle, Ibn-Khaldoun les appelle Arabes Mosladjem ; ce mot, dit le traducteur, signifie " parlant un arabe corrompu, un dialecte barbare ".
La meilleure traduction serait peut-être Arabes patoisants. Dans un autre passage, Ibn-Khaldoun précise sa pensée avec sa netteté habituelle. Il s'agit des poésies bédouines, nous dirions leur folklore. Les règles de la syntaxe désinentielle, dit-il, y sont tout à fait négligées. Les gens instruits, habitants des villes, n'aiment pas entendre réciter de tels poèmes, parce que les désinences grammaticales n'y sont pas toujours exactes ; un tel défaut, selon leur idée, est radicalement subversif de la précision et de la clarté. "
Évidemment au XI siècle, et même encore au XIVe siècle, les villes du Maghreb parlaient encore ce que nous appelons l'arabe littéral, celui de la conquête, celui du Coran. II y avait été conservé à peu près intact par l'école, la langue écrite, la littérature. II ne s'était pas développé spontanément d'arabe vulgaire, populaire ; parce que la populace parlait berbère. L'arabe vulgaire a été importé au XI° siècle par les Bédouins qui sont la première apparition au Maghreb d'une populace arabe.
C'était un peuple intégral, bien entendu ; il ne s'agît plus de célibataires. Les femmes et les enfants sont là. Toute la tribu se déplace en bloc, non seulement au pâturage, mais à la guerre, et cela jusqu'au XIVe siècle, sous les yeux d'Ibn-Khaldoun. En 1351, un sultan de Tlemcen part en expédition au Chéliff. Il " opère sa jonction avec les Zoghba, etc. (tribus arabes) qui venaient au-devant de lui avec leurs cavaliers, leurs fantassins, leurs femmes et leurs chameaux ". Cette fois, c'est le peuplement, la colonisation arabe; elle s'est fait attendre quatre siècles, mais la voilà. Seulement ce n'est pas la colonisation rurale, à la romaine, voire à la carthaginoise, à la française; auxiliaire de l'action gouvernementale ; propagatrice d'une civilisation. Les Hilal et les Soléim sont des nomades purs, les plus beaux représentants du nomadisme qui aient jamais été. Ennemis nés de tout gouvernement quel qu'il soit et de toute civilisation. De purs agents de pillage et de destruction. Lorsque Ibn-Khaldoun écrit sa fameuse page sur les Arabes, c'est des Hilal et des Soléim qu'il s'agit. A partir du XIe siècle, sans discontinuer jusqu'au XIVe et au delà, l'immigration des Bédouins a été l'immense catastrophe, la fin d'un monde. Un incendie comparable à celui du kharedjisme, mais bien plus terrible, sans rémission et sans issue. Sur les Hilal et les Soléim, M. Georges Marçais a écrit un excellent livre auquel on renvoie (1).

On se bornera à rappeler de quelle façon l'immigration bédouine semble avoir été déclenchée par un geste imprudent de la dynastie Sanhadja. Les Hilal et les Soléim dans leur pays d'origine (Arabie septentrionale, frontières de la Syrie) semblent avoir été plus insupportables encore que les autres tribus nomades. " Ils se permettaient même d'attaquer les pèlerins de La Mecque aux jours où on remplissait les grands devoirs de la religion. " Ce qui est encore plus grave, c'est qu'ils prirent une part active à l'insurrection des Cannâtes. Le kalife fatimide prit vis-à-vis d'eux, à titre de châtiment et de précaution, la mesure habituelle en Orient, et qui nous paraît toujours si étrange ; il les transporta en masse dans le Saïd (Haute-Egypte), sur la rive droite du Nil . Il ne restait plus qu'à les faire passer sur la rive gauche pour les lâcher sur le Maghreb.
D'autant qu'elles demeuraient là aussi indésirables qu'ailleurs. "Leur présence sur ce territoire du Saïd y répandait la dévastation et nuisait non seulement à la province mais à l'empire. " Sur ces entrefaites, le sultan sanhadja de Kairouan, El-Moëzz commit l'imprudence de répudier la suzeraineté du calife fatimide et d'adresser son hommage à l'abbasside de Bagdad. Ceci se passait en 1045. Six ans plus tard, en 1051, les premières tribus hilaliennes entraient en Ifrikia. On n'a pas l'intention de raconter par le menu ce qu'elles y firent. Dans cette histoire du Maghreb, si confuse, il n'y a rien de plus inextricable. Peut-être cependant peut-on souligner quelques grands faits qui éclairent certains côtés du problème.
L'effondrement des Sanhadja. - L'effondrement de la puissance sanhadja fut une conséquence de l'invasion bédouine ; et ce fut une conséquence immédiate, au moins en Ifrikia. Dès 1056 ou 1057, les Bédouins entrent à Kairouan et la saccagent. Kairouan avait connu bien souvent des mésaventures pareilles, et leur avait toujours survécu. Cette fois, c'est fini: " les habitants se dispersèrent au loin, et ainsi fut consommée cette grande catastrophe (1). " Kairouan ne cesse pas à tout jamais d'être habité sans doute, mais il cesse d'être capitale ; Tunis lui succède. A ce détail on mesure l'ébranlement profond et immédiat de la puissance sanhadja. Mais la dynastie va donc disparaître. Pas du tout. Les deux dynasties sanhadja, celle d'Ifrikia et celle de Bougie, prolongent leur existence pendant un siècle encore, jusque vers 1160; et ce ne sont pas les Bédouins, ce sont les Almohades qui y mettent fin. Celle de Bougie, il est vrai, reste longtemps redoutable. Mais en Ifrikia tout le plat pays est parcouru par les bandes arabes. Le sultan ne conserve un peu de pouvoir que dans les villes ; et encore la principale, Tunis, lui échappe à peu près. Il ne survit que par des miracles de diplomatie, en opposant les arabes les uns aux autres

301005 Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE