LES GROTTES DU TAYA

C'est en 1867 le 20 mai 1867, qu'un savant Français, le docteur Bourguignat, connu spécialement par ses nombreuses études de malacologie (branche de la zoologie qui étudie les mollusques), vint visiter la région d'Hammam-Meskoutine avec l'intention de pousser une excursion vers les dolmens de Roknia et les grottes du Taya.

Un superbe ouvrage en deux volumes, avec planches, publié chez Challamet à un petit nombre d'exemplaires, hélas aujourd'hui introuvables, fut le résultat de cette campagne.

Le voyage à cette époque était alors fort pénible dans une montagne non dépourvue de dangers, accès difficiles, pentes escarpées, population réticentes à la présence du groupe de chercheurs. Mais de réels progrès techniques inexistant à notre arrivée ont allégé les déplacements et maintenant le transport par chemin de fer met le Djebel Taya à deux heures d'Hammam-Meskoutine; certes, les difficultés de l'exploration intérieure des grottes n'ont pas complètement disparues, on peut néanmoins affirmer que cette excursion est à la portée de toute personne valide ayant un peu d'entraînement et qu'elle soit dotée d'un minimum de matériels (cordes et de chaînes).

La montagne qui s'appelle en arabe "Djebel Taya", se trouve être située à environ six kilomètres de la gare qui porte le même nom et qui est desservie par chemin de fer de Bône-Guelma.

Ce djebel occupe à peu près le centre d'une immense quadrilatère dont les quatre angles seraient Constantine, Philippeville, Bône et Souk-Ahras.

La crête la plus élevée, est à 1200 mètres d'altitude, de cette cime on domine un splendide horizon ; l'œil distingue aisément sans le secours de lorgnettes en balayant l'horizon de gauche à droite, la ligne blanche des montagnes de Philippeville, le massif des Zerdezas, le lac Fetzara, les monts de l'Edough, au pied de laquelle se trouve cachée Bône la coquette.

Le massif du Djebel Taya contient des filons importants d'antimoine sulfuré et de cinabre, autrefois exploités par les Romains, et qui forment encore à l'heure actuelle l'objet d'études persévérantes de la part des ingénieurs français puisque aucune archives nous donnent des études faites par les autochtones avant notre arrivée

L'ouverture de la grotte principale, en arabe R'rar el Djemâ (la caverne de la mosquée), se trouve sur le flanc Nord-Ouest. Des inscriptions votives et mortuaires au nombre de 64, dédiées à l'auguste -Dieu Bacax, existent dans un assez bon état de conservation dans le couloir d'entrée. Presque toutes sont du troisième siècle de notre ère. Tous les ans, au printemps, les habitants de Tibilis (Announa), venaient en grande pompe offrir des sacrifices au Dieu des grottes. C'est dans un de ces pèlerinages que deux jeunes Tibilitains, Judius et Caïus Voratius, trouvèrent la mort en se laissant choir maladroitement dans le gouffre, ainsi qu'en témoigne l'une des inscriptions sus relatées. Quant à la Divinité, objet de ces hommages, l'histoire semble mal fixée sur son identité. Pruner-Bey en fait simplement un Dieu terme, D'après l'étymologie hébraïque ce serait un Dieu , vengeur. M. G. Olivier, de Bône, et l'orientaliste de Slane, pensent que ce pourrait être Bacchus. Enfin, selon l'abbé Barges, Bacax est un mot punique signifiant creux, d'où cette application au Dieu des cavernes. Quoi qu'il en soit, depuis vingt-cinq ans environ, les grottes du Taya ont été explorées par un nombre assez grand de curieux et de savants dont les plus considérables ont donné leur nom aux différentes galeries et aux salles les plus remarquables ; et nous suivrons l'ordre qui a été adopté dans les publications antérieures, en nous servant de ces appellations..

Dès l'entrée, où se trouvent les inscriptions, on arrive par un étroit et glissant passage d'un pied de large, à la, première galerie Challamet qui s'ouvre à droite. Une seconde glissière très raide conduit à la deuxième galerie Challamet et, de là, aux galeries de Flogny et de l'Ours. En poursuivant, et non sans de sérieux efforts de gymnastique au milieu d'énormes blocs éboulés, on rencontre la salle de la Tour du Pin, véritable palais aux proportions majestueuses, et plus loin la salle des Tibilitains où on peut admirer les fragments d'un magnifique vase romain. Il y à quelques années encore, les véritables difficultés de l'exploration commençaient à endroit même. Il fallait traverser à plat ventre s'aidant des coudes et des jambes, un étroit boyau dont les côtés latéraux, percés sur des profondeurs insondables une chute perpendiculaire de 15 à 20 pieds de hauteur réclamait l'emploi d'une corde pour toucher enfin le sol de la grande salle dite de la Djemâ. Aujourd'hui il s'agit de 1867, ce périlleux passage a été amélioré de telle sorte qu'on atteint sans trop de peine cette admirable salle au milieu de laquelle s'élève une roche énorme, qui devait être l'autel des sacrifices. Il faut renoncer à peindre la magnificence de ce superbe vaisseau comparable aux plus beaux édifices du monde, orné de milliers de stalactites et de stalagmites. Eclairée au magnésium, la salle de la Djemâ dépasse tout ce que l'art humain peut imaginer en matière de féerie. Le docteur Bourguignat, arrêté par le manque d'outillage, n'avait pu que contempler la Djema . Plus tard, le capitaine Rouvière, officier d'ordonnance du général Faidherbe, muni de tous les instruments nécessaires, poussa plus loin l'exploration. Après avoir visité la grande salle, il découvrit une petite grotte riche en stalactites et qui reçut le nom de Boudoir Gabrielle, en l'honneur de Madame la princesse de Croy, la première femme qui ait eu le courage de tenter cette aventure. Près de là, et par une ouverture très inclinée, qu'on appelle le couloir Tauchon, du nom d'un interprète militaire, le capitaine pénétra, à l'aide d'une corde et à la force des poignets, dans une nouvelle chambre qu'il renomma salle Faidherbe. A la suite de celle-ci, un nouveau couloir aboutit à une autre salle qui a reçu le nom de salle Rouvière. Enfin, de cette dernière, un nouveau conduit (le couloir Sarrazin) parait se projeter dans la direction de la salle Faidherbe ; mais après s'y être engagé sur une longueur d'environ 50 mètres, courbé dans la position la plus pénible, le capitaine Rouvière, exténué, dut revenir sur ses pas sans avoir pu déterminer où aboutissait cette artère

DIMENSIONS ET PROFONDEUR PRESUMEES

D'après les indications de M. le docteur Bourguignat et les impressions que l'auteur de ces lignes lui-même rapportées de ses différentes visites, voici quelques chiffres propres à donner une idée de la topographie des grottes. Le couloir des inscriptions présente une inclinaison de 5 mètres sur une longueur d'environ 35 mètres. La grande salle de la descente, de l'orifice initial jusqu'au boyau qui conduit à la Djemâ, a près de 300 mètres d'étendue sur une longueur de 60 à 80 mètres, avec 50 mètres de hauteur aux parties les plus élevées de la voûte. L'entrée véritable est à environ 100 mètres du couloir des inscriptions. A 120 mètres, on rencontre LA première galerie Challamet ; à 135 mètres, la seconde ; à 150 mètres, celle de Flogny ; à environ 200 mètres, celle de l'Ours. La salle Bouvière est à 600 mètres environ de l'entrée. Or, comme la profondeur verticale doit être évaluée au moins à 300 mètres, on peut aisément se faire une idée de la rapidité de la pente. En compagnie de quelques compagnons robustes, après être descendus au fond de la Djemâ et nous y être largement reposés, nous avons mis sans précipitation, mais sans arrêt aucun, une heure dix minutes pour remonter à l'entrée des grottes. Pour compléter la description qui précède, il est bon de noter que les deux galeries Challamet, celle de Flogny et celle de l'Ours, ainsi que les couloirs qui conduisent aux salles de la Tour du Pin et des Tibilitains sont ascendants par rapport à la grande salle de la Descente, sur les côtés de laquelle ils se trouvent. L'étendue de ces deux salles latérales jusqu'au couloir le plus reculé est d'à peu près 150 mètres. La salle de la Djemâ est presque circulaire ; elle compte environ 65 mètres dans la plus grande largeur, 45 mètres dans le plus petit diamètre, et environ 35 mètres de hauteur. Le couloir Tauchon, conduisant jusqu'au bas de la salle Faidherbe, offre une différence de niveau de près de 30 mètres avec la salle de la Djemâ. La salle Faidherbe a 35 mètres de longueur sur 30 mètres de largeur et 15 de hauteur.

Le boudoir Gabrielle et l'étroite galerie qui le fait communiquer avec la salle de la Djemâ ont une longueur totale de 30 mètres.

Le conduit qui réunit la salle Faidherbe à la salle Rouvière n'a que 10 mètres d'étendue, mais la seconde salle est d'un niveau inférieur de 20 mètres à la première.

En 2006 nous sommes allés aux grottes de Taya, elles sont abandonnées et servent d'étables.

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