CROYANCES ET SUPERTITIONS


mise à jour 2006

Nous vous présenterons avec la même introduction, les croyances et superstitions des autochtones relevées dans les premières années de l'occupation française dans la région de Guelma.
Bien entendu, à chacun du renouvellement des sites nous mettrons à jour ces citations .

marché arabe beb souk lieu de prédilection des conteurs et des croyances

Si vous voulez vous mettre à l'abri de bien des malheurs , observez les recommandations suivantes

Ne vous avisez jamais de marcher sur un papier quelconque ni sur une miette de pain, ce serait une profanation. Le papier peut porter le nom de Dieu ou du Prophète, et le pain est sacré.

Vous ne verrez jamais un jeune musulman gaspiller un morceau de pain, si petit qu'il soit; il ramasse miettes tombées, les introduits dans les trous du mur pour les mettre à l'abri des souillures.

Ne visitez jamais un malade le mercredi, après la prière de la troisième heure, sous peine d'aggraver son mal

Après cette prière, quel jour que ce soit, ne prêtez jamais ni une échelle, ni un tamis de crin, ni du sel, et ne donnez pas de l'eau de puits; contentez-vous d'offrir celle de la citerne.

Gardez-vous de présenter à qui que ce soit un brin de la plante nommée Nijel.

Ne coupez jamais vos ongles le dimanche soir, faites cette opération dans la journée et enterrez soigneusement les rognures.

Ne vous regardez jamais la nuit dans un miroir.

Ne vous faites point raser le mercredi, à la quarantième fois vous mourriez assassiné.

Si vous balayez votre maison après 1e coucher du soleil, ou si vous cousez le jeudi, vous amenez fatalement la ruine.

Le levain ne se prête jamais.

Ne sifflez pas, vous appelez le diable.

Ne vous asseyez jamais au nombre de neuf autour d'une table : le malheur fondra sur la réunion, l'un des convives succombera dans l'année; le nombre neuf correspond au nombre des vices qui perdent les hommes.

Ne tendez jamais un couteau tenu dans vos doigts, ce serait méprisant, posez-le sur le dos de la main.

Ne faites jamais de lessive le lundi et le vendredi : le lavage du lundi amène les dettes et celui du vendredi rend les femmes stériles.

La nuit, ne jetez jamais de l'eau au dehors sans vous écrier : Besmallah ! au nom de Dieu! Vous risqueriez de mouiller un djin (démon), qui se vengerait en vous infligeant une longue et cruelle maladie.

Ne répandez jamais d'eau bouillante la nuit

Ne pénétrez jamais vivement sans lumière dans une chambre sans crier : Besmallah ! Vous pourriez piétiner des djins (démons); entrez lentement, avec précaution.


septembre-octobre 2005
LE BAINS DES DAMNES

A quatorze kilomètres de Guelma, dans la province algérienne de Constantine, s'étend un plateau d'où s'échappent en bouillonnant les eaux qui formeront la Seybouse. Au centre de cette plaine se dressent quatre montagnes abruptes, dont l'étrange figure évoque quatre géants tirant, pour le maintenir à plat étalé, les quatre coins d'un burnous. Au centre du plateau jaillissent une centaine de sources thermales, souvent ennuagées de vapeurs, et chargées de sels au point d'être pétrifiantes. Elles guérissent toutes les maladies - et le reste - comme l'avaient fort bien reconnu les anciens qui fondèrent ici les bains romains d'Aqua'-TibiHlana', que les Arabes appellent Hammam-Meskoutine, " Le Bain des Damnés ". Approchons du lieu qui porte un nom si évocateur. Il nous faut d'abord traverser un parc où s'épanouit, dans le murmure des eaux courantes, une végétation splendide :
palmiers, lauriers-roses, lentisques. Un bois d'oliviers séculaires, dont le clair de lune argenté à miracle le feuillage gris perle, forme un rideau devant un espace inculte, sur lequel se dresse un cortège, une procession silencieuse et impressionnante, d'êtres fantastiques.
Ce sont, dit-on, des fantômes drapés dans une robe de pierre dont les plis rigides déforment a peine la silhouette humaine. Ces spectres, auxquels le soleil prête des reflets vivants, ont été surpris en pleine marche ; ils se sont figés là il y a des siècles, et ils ne marcheront jamais plus au long des siècles a venir. Immobilisés dans la pierre, ils demeureront là, insensibles, jusqu'au jour du Grand Jugement, où les trompettes des archanges feront se fendre et crouler les montagnes. Un peu à l'écart, une silhouette cabossée figure nettement un chameau.... Que si vous demandez l'origine de cet hallucinant défilé, votre guide arabe se laissera tomber, assis sur ses talons, dans l'ombre d'un olivier. Roulant en sa bouche un noyau de datte, remède économique contre la soif, et très prisé en Kabylie, il vous racontera :
Au nom d'Allah le justicier, bienvenue et paix à ceux qui m'entendent !

Il y a bien des années, du temps que le grand calif Hâroun al Rachid régnait là-bas, à Bagdad, prospérait ici la famille du cheikh altier, Hasan Ajami. Hassan possédait, jusqu'à l'horizon, des terres et des terres ; ses moutons étaient innombrables, et dans ses champs croissaient plus d'oliviers qu'il n'est de vagues sur la mer. Mais la plus grande richesse du caïd Hasan - qu'Allah le reçoive en son paradis 1 - c'était son fils, et c'était aussi sa fille, le fier Ali-ou-Kassem, et la belle Messaouda.Ali se montrait plus beau que le soleil, et dans les barouds, jamais l'ennemi n'avait vu la queue de son cheval ; quant à Messaouda, elle pouvait s'envelopper toute dans ses cheveux noirs, comme en un manteau royal, et lorsqu'elle frappait en cadence son tambourin, nul n'était plus léger à la danse que ses petits pieds, foulant les hauts tapis.Le plus cher plaisir de Messaouda était de voir son frère mener au galop la fantasia, par la plaine, comme la grande joie d'Ali était d'admirer la danse de sa sœur, mimant les pas de la gazelle effarouchée. Et le vieux cheik Hasan, leur père, était réjoui en son cœur à voir ses enfants si tendrement se chérir l'un l'autre.Il arriva qu'un jour - Dieu maudisse ce souvenir - le cheik Hasan, parti à la chasse au lion, fut vaincu par cet adversaire digne de lui. Son épieu glissa sur l'abondante crinière du fauve, et avant que les écuyers n'eussent eu le temps de le secourir, le seigneur Gaëndé, d'un coup de griffe, avait ouvert le corps du cheik, de l'épaule aux boyaux. Sur l'heure, le lion expia son crime, tête et pattes tranchées d'un revers de glaive. Mais les serviteurs du cheik ne ramenèrent au palais, près du Djebel Debbar, qu'un corps horriblement mutilé dont le sang avait rougi le sable et noyé les traces de son cheval épouvanté.Leur commune tendresse put seule donner aux enfants du mort la force de survivre à leur horrible malheur. Ils firent au cheik défunt, leur père, des funérailles grandioses, dignes de son haut rang, dignes de leur filial amour. Et ils ne se quittaient plus, se remémorant au long des heures les vertus du défunt, et combien il les chérissait. Ils mêlaient leurs baisers et leurs larmes, ne recevant que de leurs embrassements un peu d'apaisement à leur grande douleur.Si bien qu'un soir, après qu'ils eussent tous deux vidé une coupe de cette confiture de haschich, verte comme l'angélique, qui assure aux croyants une puissance sans bornes, et les entraîne au pays des songes sans limites, Si Ali-ou-Kassam dit à sa sœur bien-aimée :
- Mon cœur saigne, ô Messaouda, fleur de mon âme, à te quitter ainsi chaque soir ! Dis un seul mot : tu seras mon épouse, et nous ne nous séparerons plus.
- Ton épouse répéta Messaouda effarée. Mais oublies-tu donc, ô mon frère ! que la Loi défend d'épouser sa sœur, si tendrement qu'on la puisse chérir ?
- La Loi ! gronda Si Ali en tourmentant son sabre. C'est moi qui la fais dans ce district, depuis la mort de notre père. Consens à combler mes vœux, mon cher amour ! Et rien au monde ne pourra nous séparer, ni les hommes, ni Allah lui-même
- Chut 1 ordonna la jeune fille, en fermant du bout de ses doigts blancs la bouche qui s'abandonnait au blasphème.
Mais, comme elle avait mangé, elle aussi, beaucoup de haschich, la tête lui tournait un peu. C'est pourquoi elle ajouta aussitôt :
- Peut-être as-tu raison, toi le plus beau et le plus savant.Toutefois, je ne veux point m'avilir par un sacrilège :
si tu trouves un imam qui consente à bénir notre union devant la face du Miséricordieux, je l'épouserai.
Muni de cette promesse, S Ali se mit en campagne dès l'aube. Il existait, en ce temps là, sur le Ras El Akba dont vous voyez d'ici la cime, une petite mosquée ; du balcon de son minaret, le muezzin, cinq fois le jour, appelait à la prière les gens du plateau. Cette mosquée se voyait desservie par un imam n'ayant d'un saint que le turban et la barbe ; mais ce serviteur d'Allah s'était toujours montré fort dévoué à la famille du cheik Hasan. Si Ali, le jeune seigneur, drapé dans un superbe burnous qui l'enveloppait tout entier, et dont le gland de soie battait entre ses épaules, à la pointe de son capuchon, aborda l'imam en lui disant :
- Vieux père, je t'apporte un présent;
- Les faveurs du Miséricordieux sur toi, mon fils. Et... de quoi veux-tu favoriser ton ami ?
Si Ali, des plis de la riche étoffe qui le couvrait, sortit sa main gauche qui tenait un sac, où tintaient des douros. Souriant d'aise en sa barbe, l'imam s'avança avec empressement ; mais déjà le jeune cheik retirait sa main :
- Ces douros seront pour toi, vieillard, dès que tu auras béni mon mariage avec ma sœur Messaouda.
Le marabout recula, horrifié : - Honte sur toi, jeune homme, qui oses abaisser ton regard, pour en faire ton épouse, sur une femme née de la même mère que toi II est écrit...
- Tu refuses ? coupa délibérément Si Ali.
- A Dieu ne plaise que je consacre un tel forfait !
- Soit. Voici, en ce cas, l'autre présent que je te destine.
La seconde main du jeune cheik jaillit alors du burnous ;celle-ci était armée d'un kandjar, redoutable sabre turc qui fait voler les têtes comme la serpe du moissonneur cueille les épis. Et Si Ali commanda, la voix brève :
- Fais ta prière, imam : tu vas mourir !
- Le serviteur d'Allah recula encore, mais cette fois jusqu'au mur ; et il bégayait, les yeux hors de la tête :
- Tu veux... tu veux répandre le sang d'un vieillard ?
- C'est toi-même qui choisis : les douros ou le glaive, la bénédiction ou la mort. Hâte-toi de prendre ton parti : le temps me presse !
Du temps ? Il n'en fallut guère à l'imam ben Yaya pour assurer son choix. Il saisit à deux mains, en remerciant le généreux donateur avec une profonde émotion, le gros sac où les douros tintaient gaiement. Puis toutes les dispositions furent prises entre les deux hommes pour la cérémonie fixée au lendemain. A l'heure convenue, le cortège quitta le palais des Hasan, et se dirigea vers la mosquée. De nombreux invités, qui n'avaient pas osé infliger au jeune chef de la contrée l'affront d'un refus, suivaient l'imam Yaya. Et Messaouda, parfumée au girofle, empaquetée de voiles précieux, trônait sur son plus beau chameau, que des tapis marocains couvraient d'une housse sans prix.Il n'y avait pas un quart d'heure de marche jusqu'à la mosquée ; mais il faut bien moins de temps encore à la justice de Dieu pour frapper les coupables. Comme le cortège nuptial arrivait à peu près à la moitié de la plaine, là même où vous le voyez devant vous, toutes les bouches des sources s'ouvrirent à la fois, lançant une eau pétrifiante dont elles s'étaient soudain chargées.Et en un instant, sans que Si Ali, ni sa jeune épouse, ni l'imam, ni aucun de leurs hôtes, ni même le chameau, eussent le temps d'esquisser un pas pour fuir - je dis un seul pas - ils étaient couverts de la carapace calcaire sous laquelle vous les voyez encore.
Car Allah a voulu que l'éternité du châtiment soit à la mesure de l'immensité du crime.
Et voilà pour eux.
301005.

CROYANCES

A voir passer un maure majestueusement drapé dans un burnous magnifique, on ne soupçonnerait pas qu'un monde mystérieux, doux ou cruel, les entoure ; pour eux le souffle du vent à un langage, la nuée, les rayons de soleil, les étoiles dans le ciel, le crépuscule et la nuit sont peuplés de démons ou d'anges qui les meurtrissent ou les protègent.

C'est pourquoi vous voyez la main tutélaire dite " main de Fatma " appliquée sanglante sur les murs sur les portes des demeures ou sur les colonnades des maisons, coquille d'œuf et le morceau de charbon, le frontal de bœuf fatidique, accrochés triomphants au-dessus de l'arceau des entrées.
Si vous pouviez soulever le burnous d'un riche marchand, d'un fellah ou entrouvrir son gilet, vous y trouveriez, à côté du chapelet, des amulettes renfermant des versets du Coran, des mots magiques, des talismans, protégeant contre les maladies, inspirant l'amour, neutralisant la haine.
Des gens du peuple, des enfants portent des sachets sur leur bonnet même, en évidence. Les arabes se pourvoient non seulement de mots cabalistiques, mais aussi d'objets matériels enfermés dans des sachets ou montés comme des bijoux, qu'ils cachent aussi sous leurs vêtements : têtes de caméléons, branches de corail, coquillages, mains en métal dite de Fatma découpé de formes hiératiques, œils de chameaux momifiés; ce dernier objet préserve celui qui le porte de l'ensorcellement.
Les sorciers ou les sorcières font un constant usage du caméléon, tant comme médicament que comme préservatif contre les puissances occultes pernicieuses. La conformation bizarre de l'animal, ses inexplicables changements de couleur parlent vivement à l'imagination des Arabo Berbères. Les herboristes des jours de marché du " bab souk " vendent couramment des caméléons vivants. Le caméléon est un animal bienfaisant ; les Bédouins des terres désertiques de l'Arad affirment que, durant la sieste en plein air, cet animal a la précaution de décrire autour d'eux, dans le sable, un grand cercle que ni la vipère cornue ni le naja ne pourront franchir. Ils échappent ainsi, grâce à la protection de ces animaux, aux morsures venimeuses.
Et les sachets, les talismans !, vous les verrez aussi pendus au cou des chevaux et des bêtes de somme. Ils consistent en versets du Coran ou en dessins bizarres composés de caractères arabes écrits par des marabouts et renfermés dans de petits sacs en cuir. Étudier à fond ces croyances et superstitions , en établir les rapports, en démêler l'origine, serait une œuvre considérable
Mais combien de choses omises et des plus intéressantes sans doute! car si l'Arabe laisse volontairement dans l'ombre tout ce qui a trait à sa vie familiale, à son intérieur, il apporte également un soin jaloux à ne rien dévoiler de son état d'âme, de ses aspirations, des joies qui traversent sa vie ou des terreurs qui la troublent. Il se montre à nous toujours grave ; si nous l'interrogeons, il sourit, détourne la conversation ou ne répond pas.
Les Sellai el Kloub seraient, d'après la croyance, une secte venue de Tripolitaine qui ravissaient de jeunes enfants pour leur arracher le cœur, dont ils composent des philtres tout-puissants pour inspirer l'amour aux femmes.
Les lames des sabres et des poignards frottés avec la salive des petites victimes passent pour acquérir une trempe extraordinaire. L'an dernier, une fillette disparut subitement. Une heure après, son cadavre fut retrouvé en un lieu désert, pantelant, la poitrine ouverte, le cœur arraché. La rumeur publique accusa les Sellai el Kioub de ce crime abominable..
Ici, comme en Sicile, des obitza ou feux follets s'exhalent du sang de la victime, flottent sur le lieu du crime, empruntant des formes effrayantes, heurtant aux portes, remuant les meubles, s'acharnant après les passants jusqu'à leur faire perdre la raison. Le son du métal seul a la propriété de les mettre en fuite.
Si vous errez par les rues du quartier arabe, si, dissimulé dans l'ombre, vos pas sont muets et surtout si une chance rare vous favorise, vous pourrez voir, à l'heure de minuit, quelque femme, en plus que simple appareil, sortant de sa maison. Sur le seuil elle écoutera, elle observera les moindres ombres de la rue. Si rien d'insolite ne vient la troubler, elle s'avancera, portant dans les mains un fourneau allumé qu'elle déposera à terre. Vous la verrez danser comme une folle autour du feu, jeter sur les charbons ardents un bek-hour, sorte d'encens composé de onze espèces de plantes odorantes, parmi lesquelles le coriandre et le cumin, et vous l'entendrez répéter en dansant une étrange invocation arabe qui signifie : la coriandre, ramène le fou, le cumin, fais revenir le possédé des mauvais génies, etc.
Chaque plante dont est composé le sortilège aura son invocation spéciale. Puis elle reprendra son fourneau, la porte se refermera et la rue retombera dans le silence. Cette femme, pudique d'ordinaire, s'est décidée à faire cette invocation infernale pour ramener vers elle son mari infidèle. Certains marchands vendent, sous le nom de bek-hour es saher, encens de sorcier, le mélange des plantes odorantes destiné à ces incantations.
Il est d'autres moyens pour ramener l'infidèle. Le couscous roulé avec la main coupée d'une morte est d'une efficacité certaine; mais la pratique en est difficile, cela se conçoit.
Lorsque la femme trompée aspire à la vengeance, elle a simplement recours à une sorcière qui prépare un mets spécial, Yosban, avec des ingrédients dont elle a le secret et où doit entrer un morceau de cœur d'hyène. Servi dans le couscous, ce mets a la propriété d'inspirer au mari une grande lâcheté. Désormais un homme pourra pénétrer dans le harem, l'époux le verra passer sans émotion, il considérera impassible son déshonneur. Il n'est efficace d'ailleurs qu'à la condition d'être préparé et absorbé dans le courant du mois de mai arabe et surtout dans la première quinzaine. Je connais un jeune nègre qui surveille ses aliments à cette saison de l'année; il est obsédé par la peur d'avaler du cœur d'hyène. Et pourtant je soupçonne sa mère de lui avoir fait manger du cœur de chacal, lequel a la propriété de donner de l'esprit.
Les arabes de Guelma disent à celui qui subit la volonté de sa femme : " Elle l'a fait manger l'osbtan de mai! "
Le mois de mai est fatidique. Les Arabes sont persuadés que le soleil du premier jour de ce mois est dangereux pour les jeunes enfants. Aussi, pour les empêcher de sortir, on prépare dans la maison une sorte de petite cabane à la partie supérieure de laquelle des rameaux d'orangers et de citronniers chargés de fruits sont accrochés, entremêlés de petits drapeaux et de menus objets. Les enfants ravis et amusés n'éprouvent point ainsi la tentation de sortir et ne se trouvent pas exposés aux rayons solaires.
Si, par suite de circonstances imprévues, un enfant est dans la nécessité d'aller dehors ce jour-là, on prendra la précaution de barbouiller le bout de son nez avec du goudron dont les émanations passent pour neutraliser l'influence pernicieuse du soleil de mai.
Les fruitiers préparent d'habitude ces petites cabanes ornées, et, durant la première quinzaine de ce mois, on peut voir dans leurs boutiques celles qui n'ont pas été vendues. Il est d'usage chez les Arabes de s'offrir au premier jour de mai des corbeilles pleines de rameaux chargés de fruits.
Les Arabes de la région mangent la chair de l'hyène pour se guérir du mal de ventre, mais ils prétendent que celui qui se nourrirait avec la cervelle de cet animal de viendrait fou,
La queue du lièvre est une amulette infaillible pour se faire aimer, ou, rencontrer le matin, avant tout autre animal et personne, un chacal qui ne fuit pas est de bon augure, alors qu'au contraire la vue d'un lièvre porte malheur. Aussi, tout indigène sortant de sa tente et apercevant un lièvre s'empresse-t-il de cracher plusieurs fois dans sa direction en disant :
Tsabek fi Kaabeli ! Que la fatigue te tombe dans les chevilles !
Un dicton arabe a trait aux animaux dont la rencontre est fatale :
Zoudj ghorban, dib herban, Koud rozlan! Deux corbeaux, un chacal fuyant, une gazelle isolée, mauvais présage! J'ai entendu, dit-il, un cheik, homme intelligent, dont le cheval était mort subitement, affirme que c'était parce qu'il avait marché sur un djinn, (démon).
Les Arabes croient aux génies mâles et femelles. Ils les font descendre d'Adam, et une légende explique leur naissance. Les esprits élémentaires sont les enfants de la solitude d'Adam, nés de ses rêves.
On redoute celui dont les sourcils sont épais et rapprochés; il a l'œil néfaste, c'est un jeteur de sort. S'il vous adresse un compliment, méfiez-vous, écartez aussitôt les cinq doigts de votre main, vous conjurerez le mauvais sort (fi a i nik) (vous rejetez le sort dans ses yeux).



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Collectif GUELMA FRANCE 2005