LES CORSAIRES MALTAIS

          Tout comme les Maltais, les chevaliers assurent, en bons corsaires, la sécurité des transports et la défense des Côtes ; mais nécessité faisant loi, ils sont souvent amenés, eux-aussi, à agir en pirates et à prendre où il peuvent le trouver ce qui manque cruellement dans le petit archipel. Chevaliers et Maltais se battent ensemble aux attaques de Cherchell, Oran et Tunis, et aux prises de Carthage et La Goulette.

         En 1535, ils prennent part aux combats contre les Maures avec la flotte de Charles Quint commandée par l'Amiral Andrea Doria. Les Musulmans se vengent en 1551, en dévastant Gozo dont ils emmènent la presque totalité de la population en esclavage. La même année, Dragut reprend Tripoli à l'Ordre et, si les chevaliers réussissent à se faire délivrer, ils abandonnent là-bas, les Maltais. (jusqu'avant la 2° Guerre mondiale, des Libyens se disaient "descendants des Maltais, victimes de Dragut"). Représailles des chevaliers : l'expédition contre Djerba, mais l'affaire échoue par la trahison de Mariano Santoro qui fut pris et pendu haut et court. La Grande Galère de l'Ordre est sauvée grâce à l'abileté du pilote Matteo Massia. Et nous voilà en 1565, grande date dans l'Histoire de Malte: le Grand Siège. Les chevaliers et le peuple maltais, sous le commandement de la Valette, repoussent les Turcs au prix de grands sacrifices. Le temps de panser les plaies des deux côtés et les hostilités reprennent. En 1569, le chevalier de St Aubin capture à Alexandrie un navire turc chargé d'esclaves, de chevaux et d'objets précieux. Malte l'accueille dans la liesse générale. En 1571, à l'appel du Pape, la plupart des flottes chrétiennes réunissent leurs 208 vaisseaux contre les 230 navires de l'empire ottoman à Lépante. Leur victoire marque une date décisive dans la longue lutte entre la Croix et le Croissant; les Maltais y étaient.

        Le XVll siècle commence par une terrible famine. Le Conseil du Peuple ordonne à sa flotte de capturer tout navire chargé de vivres navigant dans les parages. En 1634, les flottes chrétiennes bloquent le port de Tripoli et quelques années plus tard. les galères de Malte, commandées par un amiral de Louis XIV, attaquent Alger.

        Disette à nouveau en 1674, le Grand Maître ordonne que soit capturé tout navire musulman ou non; les navires chrétiens seront dédommagés. Entre 1622 et 1672, soixante-deux licences de plus sont accordées.

       Au XVIIl siècle, les Maltais ont jusqu'à 140 vaisseaux. Les chevaliers se sont emparés de navires importants : la Capitane tunisienne et en 1720, de la Capitane algéroise. A Malte, il y a 10 000 esclaves sur une population de 100 000 habitants. Grâce aux progrès de la navigation, les Maltais vont vers les Cotes portugaises, les Canaries, Cuba et poussent même jusqu'à certaines côtes d'Amérique du nord et du sud.

       A cette époque, la France, amie de longue date de l'empire Ottoman (Barberousse en son temps, fut autorisé à abriter sa flotte à Toulon en hiver) cherche à influencer l'Ordre où se trouvent de nombreux Chevaliers français, afin de limiter les attaques contre les Musulmans. Louis XV va même jusqu'à accorder sa protection aux marins maltais à égalité avec ses sujets pour toute affaire civile criminelle ou commerciale. Puis à la fin du siècle, les Etats d'Europe concluent des traités commerciaux avec les pays de l'empire ottoman et la piraterie, n'ayant plus sa raison d'être, diminue peu à peu et disparaît complètement.

       De ces siècles d'insécurité et de danger permanents, quelques marins se sont distingués par leur vaillance et nous ont laissé Jeurs noms : Salvu Burlo et Ganga Rossa ; plus tard Masi Vella et Bertu Bonnici, Martin Mula, Baskal Mania, Mattew Camenzuli, Angelu Agius, Duminku Calleja, Frangisk Cassar et Ambrog Xerri aux XVI et XVII siècles ; au XVIII, le Hardi Gourgion et Preziosi le méthodique qui notait soigneusement ses pas, au jour le jour sur un cahier qui nous est parvenu; et MontaJto qui, capturé, fut galérien, réussit une mutinerie et mena sa galère à Malte avec tous ses passagers dont le Pacha de Rhodes.

       Il resta aussi des noms de lieux, comme Comino (de kemmen, cacher) qui fut un repaire de forbans. Et des surnoms qui se transmettent de famille en famille, comme Tal-Kursar ; et tout un fond de contes comme "La Fiancée de Mosta", "la légende de St Dimitri".

       Comme toutes choses, la piraterie eut ses bonnes et ses mauvaises conséquences: les raids musulmans dans les villages côtiers diminuèrent, le ravitaillement fut facilité, il y eut beaucoup d'emplois à terre, plus que dans la culture du coton florissante à l'époque. On put libérer les Maltais captifs; les esclaves furent employés aux galères et dans la construction des remparts. Les prises étaient une source de richesse profitable à tous. En revanche, beaucoup de pertes d'hommes jeunes, donc beaucoup de veuves et d'orphelins. Quant aux esclaves, ils propageaient des épidémies, comme la peste, et implantaient leurs superstitions et leurs pratiques de sorcellerie.

       En 1798, Bonaparte occupe Malte, il abolit l'esclavage. La piraterie se raréfie, les Corsaires n'ont plus raison d'être, une page de l'histoire méditerranéenne est tournée.

Madame Vérié-Cassar

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE