CONQUETE DE L'ALGERIE

M.A DE MONTEZON

Lorsqu'en 1830 la branche ainée des Bourbons voulu venger noblement par la prise d'Alger l'injure faite à son représentant, de nombreux regards et de flatteuses espérances se tournèrent vers cette terre d'Afrique, située a quarante-huit ou cinquante heures des cotes de France, peu connue, il est vrai, mais que l'on savait fertile, puis connue sous le nom de Mauritanie elle avait été longtemps le grenier de l'Italie.
Chacun vit dans cette occasion, le glorieux legs d'une dynastie emportée par le souffle d'une révolution, une terre vaste à coloniser, une nouvelle patrie pour une foule de Français, qui déjà cette époque se plaignaient amèrement de la rareté du travail, de l'abaissement des salaires, et de ne plus trouver place sous le soleil de la mère-patrie.
Comme les espérances flatteuses de cette époque et qui devraient encore celles date d'aujourd'hui, se sont elles réalisées? Je vais essayer de répondre à cette question je demande au lecteur de s'attacher plus au fond qu'à la forme du récit, car je l'ai prévenu que j'entreprenais avant tout une œuvre de conscience et de dévouement, et que je ne dissimulerai rien.

Je ne répéterai pas ici les attaques auxquelles le Gouvernement de Juillet a été en butte à propos de son système de tâtonnement et d'hésitation à l1égard de l'Algérie.
Que la question de colonisation restreinte au littoral ou même d'abandon ait été souvent agitée au sein des grands pouvoirs de l'état Cela ne fait pas un doute! nous rappelons tous les philippiques de quelque uns de nos hommes politiques contre la colonisation de l'Algérie. Nous nous rappelons ce mauvais vouloir, qui lors de la discussion du budget venait chaque année en question non-seulement l'œuvre de la colonisation, mais même la conservation de cette conquête arrosée du sang de nos soldats, les exigences étrangères contre l'honneur de mon pays, ont toujours été repoussées, venaient encore se joindre au mauvais vouloir des détracteurs de notre colonie. De la un système incertain et irréprochable, dont la durée pendant plus de dix, ans a compromis tous les essais de colonisation et a encourager la résistance des indigènes.

Heureusement le caractère Français qui aurait été considéré comme une lâcheté à la seule, pensée de l'abandon de l'Algérie se prononça énergiquement pour sa conservation et l'opinion publique se montra si absolue à cet égard, que le pouvoir d'alors se vit contraint de venir proclamer solennellement à la tribune nationale que l'Algérie serait désormais une province à jamais française.
Nobles paroles, bien que tardives ; car leur effet fut prodigieux dans notre nouvelle colonie, qui enfin commença à entrevoir un lendemain et put sérieusement penser que si la génération présente profiterait peut être elle-même des avantages et de la fertilité de cette terre d'Afrique, elle travaillait au moins au profit de ses enfants ainsi qu'a la richesse et la splendeur de la France. Ce n'est donc qu'à partir de ce jour que la colonisation fut prise au sérieux et par le gouvernement et par les colons. Ce n'est réellement que de cette époque que datent les efforts sincères pour coloniser nos possessions d'Afrique.
La question de la conservation de l'Algérie résolue à l'honneur de la France restait celle de l'occupation restreinte au littoral, étendue un certain rayon ou Jusqu' aux limites du désert ; enfin celle du choix de la colonisation civile ou militaire. L'occupation complète ayant prévalu, le gouvernement dut s'appliquer à appeler au fur et à. mesure de l'extension donnée notre conquête, une population civile, active et laborieuse, où de coloniser militairement, ainsi que le voulait le maréchal Bugeaud. Il devait encourager par tous les moyens en son pouvoir la mise en culture de tette terre vierge et fertile qui depuis douze cents ans au moins n'avait subi d'autre travail que celui tout primitif des tribus nomades lui l'habitaient. Je parlerai en soit lieu de la culture arabe et de ces différents nioles de colonisation et je poursuis le lien que j'aie prévenu le lecteur que je m'occuperai plus spécialement de la province de Constantine, il est cependant bien entendu que les faits généraux que je signalerai regarderont L'Algérie tout entière, seule les détails de mœurs, d usages et de topographie s'appliqueront plus particulièrement cette province la dernière conquise, la moins avancée et celle qui a le plus conservé le type arabe et les mœurs, si curieuses pour nous, des peuples nomades et pasteurs décrits dans l'Ancien Testament.

PROVINCE DE CONSTANTINE,
La province de Constantine, située sous le 36e degré de latitude, est bornée au Nord par la Méditerranée, à l'ouest par la province d'Alger, à l'Est par la régence de Tunis et au Sud, par le désert; elle est montueuse et accidentée sur presque toute son étendue. On rencontre peu de plaines, mais beaucoup de vallons plus ou moins resserrés entre les montagnes, qui seraient tous d'une fertilité admirable s'ils étaient cultivés. A l'exception du littoral où l'on rencontre beaucoup d'oliviers, et de quelques forêts de chênes verts ou, de prairies, situées dans l'intérieur le sol de cette province est déboisé.
Pas le moindre vestige de végétation ne vient y recréer la mine attristé du voyageur, qui fait 25 a 30 lieues sans trouver un arbre pour lui servir d'abri.

On accuse, il est vrai, notre armée d'avoir lors de la conquête, par mesure de défense ou par besoin de combustible, contribué a ce complet déboisement. Je ne sais jusqu'à quel point -le reproche est fondé, mais je suis persuade que l'ancienne et malheureuse coutume arabe d'incendier les plaines de ses herbes desséchés coutume aujourd'hui sévèrement interdite, a du contribuer plus que nos soldats à ce déplorable état de choses.
A l'exception des camps français et de quelques villages construits par nous pour y installer nos colons, aux abords desquels quelques jeunes arbres et quelques jardins prouver la, fertilité du sol, l'aspect du pays est toujours le même et présente en été surtout la plus désolante aridité.

La province de Constantine comme le reste de Algérie, quoique possédant une grande étendue de côtes, partant de l'Ouest l'Est, de Bougie Bône, n'offre pas un port sûr et commode où on puisse débarquer avec sécurité à toute époque de l'année. Le mot de Duquesne à au roi, l'interrogeant sur les ports de l'Algérie et qui lui répondait qu'il ne connaissait que trois ports, savoir : juin, juillet et aout, est encore plein de vérité ; car ce n'est guère que pendant ces trois mois de l'année que les ports d'Afrique sont abordables pour les bâtiments voile. Sans la vapeur, inconnue au temps de Duquesne, notre colonie courait un grand risque de voir une grande partie de l'année ses communications interceptées avec la mère patrie.
Philippeville ou plutôt Stora, situé à prés de deux kilomètres de cette ville et le port de Bône, sont encore aujourd'hui les deux seuls points de la côte ou l'on puisse débarquer les passagers et les marchandises destinées pour cette partie de la cote et encore il arrive fréquemment qu'en hiver les bateaux à vapeurs de l'État chargés du service sur les côtes d' `Afrique, ne peuvent déposer a Philippeville les dépêches venant d'Alger et passent outre sans pouvoir approcher de la côte. Le port de Collo serait, dit-on, plus sur, si on exécutait quelques travaux, mais par sa position sur la côte de la Kabylie, encore insoumise, et privé de communication par terre avec l'intérieur, il sera longtemps encore inutile à la prospérité de la colonie.

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