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MALTE, CORSAIRES, PIRATES et ESCLAVES

         Avons-nous parfois songé que ces rivages nord-africains que nous avons quittés, ont été foulés bien avant nos grands-parents émigrants par nos lointains ancêtres venus, eux soit en assaillants, soit en esclaves ; et ceci, aux époques où la piraterie sévissait en Méditerranée, d'une façon endémique, quand les uns menant leurs Croisades, les autres leurs Djihads, l'inimitié entre la Croix et le Croissant se manifestait de combat naval en attaque portuaire et de représailles en vengeances.

Les Maltais étaient au cœur de ces tensions, mais bien avant elles, ils écumaient la Méditerranée ; Cicéron écrivait, en effet en 70 avant Jésus-Christ, que Malte était une base de piraterie ; elle le resta pendant des siècles, comme Livoume, Pisé et Messine, comme Palma, Tripoli, Alger, Bizerte et La Goulette, et fut également comme ces villes, un marché aux esclaves. Dans la mentalité de ce temps-là, la piraterie n'était pas considérée comme fait de banditisme, elle était dans les mœurs, nécessaire à la survie, autorisée et encouragée par les gouvernements. Et pour se mettre dans l'esprit de l'époque, il faut savoir qu'un Chrétien était persuadé qu'il était en droit de s'approprier des biens musulmans ; le Musulman en pensait tout autant des biens chrétiens. Pour les Maltais, il était vital d'éloigner des rivages un ennemi qui menaçait les villages côtiers, d'un harcèlement incessant, pillant tout et emmenant la population, en esclavage. Les îles étaient entourées d'une ceinture de tours de guet d'où l'on veillait nuit et jour, signalant le danger, par une fumée, le jour, et par un feu, la nuit; et d'où l'on précipitait huile et eau bouillantes sur l'assaillant ; ce n'était pas toujours efficace. Il était également vital d'assurer le transport du ravitaillement car les récoltes locales ne suffisaient, au mieux, que pour un quart des besoins de la population ; et en temps de disette, il fallait bien prendre sa subsistance là où on la trouvait... Il fallait aussi capturer des ennemis pour les échanger contre les compatriotes prisonniers.

La piraterie était donc une activité nécessaire et profitable qui leur procurait de nombreux emplois à terre, tels que la construction et l'entretien des navires, l'entretien des armes, la fabrication des munitions, des voiles et des cordages. Les armateurs étaient les grands feudataires qui réinvestissaient leurs profits dans le commerce.
Cette "industrie" était réglementée par le Tribunal de la Mer et par l'Office des Galères.

Quand un pirate achetait sa licence, un lieu de chasse lui était assigné ; il lui était interdit de se battre sous un drapeau étranger et de tromper l'ennemi en hissant un faux drapeau;
départ de Malte.
Sur les plus grands navires on embarquait un aumônier, un médecin et un homme de confiance chargé de veiller à ce que toutes les captures soient acheminées à Malte ; en cas de trahison, il risquait de perdre ses deux mains. Et l'on partait en faisant des vœux à la Vierge, ose battait en invoquant St Anard, patron des pirates, et l'on revenait en rendant grâce. Et l'on faisait les comptes : l'armateur prenait la plus grosse part ; 9 % allaient à la Douane ; 30 % pour l'équipage ; cinq parts étaient réservées à "l'arguzin", responsable de la prison d'esclaves, à l'aumônier, au cuisinier, au timonier et enfin, au couvent des Sœurs Ursulines chargées de prier pour la réussite des expéditions et pour les âmes des marins disparus.
La législation visait à sauvegarder une certaine éthique car, les hommes étant ce qu'ils sont, il eut des bavures ; elles étaient sévèrement sanctionnées.
Quand Français, Anglais et Hollandais eurent à se plaindre des pirates de Malte, on ordonna à ceux-ci de rentrer tous les trois mois a port pour rendre compte. En cas de désobéissance, c'était l'exclusion de l'Ordre pour un chevalier ; la confiscation des biens pour un Maltais.

Le tribunal de la Mer eut souvent à sévir contre ces hardis et turbulents marins. Il arriva que le Pape lui transmette de violentes protestations de chrétiens vivant en Terre d'Islam, car ils subissaient de la part des Musulmans, des mesures de rétorsion en conséquence du comportement de nos pirates ; on interdit à ceux-ci de ne plus s'approcher à moins de 50 milles de certaines côtes. Pour avoir surestimé ses forces, le Chevalier de St Clément, arraisonné par un navire turc qui emmena l'équipage maltais en esclavage, fut pendu et son cadavre jeté à la mer. Quant au Maltais Oriando Magro, malgré sa conduite héroïque au Grand Siège, il fut condamné à mort pour avoir commis une grave faute de navigation. Quelques événements à travers les siècles

Au XV siecle, il y a tant d'hommes en mer qu'on souffre de pénurie de main d'œuvre a terre et il est décidé de limiter les licences. Mais survient une disette et la Course reprend de plus belle. En 1429, 18 000 Arabes de Tunisie attaquent Malte. Hécatombe des deux côtés ; les Maltais résistent et repoussent l'ennemi, et c'est sans doute, leur plus grande victoire, car personne ne les aida. On raconte que les Arabes, désireux de prestige et désirant vaincre les Maltais par la force et non Par la faim, envoyèrent des pains sur l'île, pains que les Maltais leur renvoyèrent avec des fromages dessus.
En 1432, plusieurs bateaux maltais participent à l'expédition du Roi d'Espagne contre les côtes nord-africaines. C'est l'époque où sévit le fameux Barberousse. Au XVI ° siècle, la moitié de la population d'hommes valides se bat sur mer et c'est avec enthousiasme que la plupart de ces marins accueillent l'arrivée des Chevaliers dont la flotte commandée par des navigateurs de valeur et composée de vaisseaux rapides et bien armés, jouit d'une prestigieuse renommée. Ils sont heureux d'associer leur propre réputation au patronage officiel de l'Ordre et de leur côté, les chevaliers préfèrent avoir les marins maltais sous leur commandement.

Colletif des Guelmois Guelma France, avec l'aimable participation de Madame Aurore Verrié-Cassar