ITINERAIRE DE L'ALGERIE
Louis PIESSE 1862

Un séjour de dix années en Algérie, pendant lequel j'ai suppléé plusieurs fois M. Berbrugger à la bibliothèque d'Alger, et fait partie du bureau arabe civil de la préfecture ; puis, à Paris, à la Direction de l'Algérie, ma collaboration au Tableau statistique de nos établissements français dans le nord de l'Afrique ; et, enfin, un voyage récent dans les trois provinces d'Alger, d'Oran et de Constantine, tels sont les titres qui m'ont déterminé à me charger de la rédaction de l'Itinéraire en Algérie.

" En topographie, comme en histoire, il est maintenant assez ; difficile de faire des découvertes. Cet ouvrage est le résultat de consciencieuses-études personnelles qui m'ont coûté beau; coup de temps et de peines; mais il est aussi le résumé de travaux considérables sans lesquels il m'eût été impossible de compléter ma tâche. Citer les noms de MM. Berbrugger, Brosselard, Cherbonneau, de Slane, Mac-Carthy, du général Daumas, des docteurs Bertheraud et Leclerc, du colonel ? de Colomb, de l'interprète Féraud, etc., etc., c'est assez indiquer l'importance des sources dans lesquelles j'ai largement puisé.
Les cinq cartes qui accompagnent cet Itinéraire ont été dressées par M. Yuillemin, sur mes indications et d'après les cartes du Dépôt de la guerre, si admirables d'exécution topographique, mais si défectueuses dans l'énoncé des localités, celle de la province de Constantine, par exemple. ;
Deux systèmes se présentaient pour l'orthographe des noms arabes employés dans ces cartes et dans l'Itinéraire.

ITINERAIRE ET BUDGET DE VOYAGE.
Le temps n'est plus où l'exploration de l'Algérie consistait, pour le touriste, à visiter Alger et Blida, Oran et Mostaganem, Philippeville, Bône et Constantine, Les Arabes disent qu'une femme pourrait se promener sans danger dans le Tell et le Sahara avec une couronne d'or sur la tête; ce dicton est à peu près vrai, et l'on voyage aujourd'hui dans les trois provinces comme dans les départements de la mère patrie, grâce à notre armée qui en a conquis le sol pied à pied.

Toutefois, il y a plusieurs manières de voyager. D'abord on peut prendre les diligences qui conduisent dans toutes les villes principales. Il est facile alors de calculer la durée de son voyage et la dépense qu'il occasionnera.
Mais, si l'on veut bien connaître le pays que les grandes routes praticables pour diligences ne traversent pas encore entièrement, il faudra se servir de mulets ou de chevaux, s'approvisionner de vivres et d'effets de campement, ne compter enfin que sur ses propres ressources, malgré les quelques villages et les caravansérails qui jalonnent les routes dites stratégiques, routes ouvertes par l'armée pour le passage de l'artillerie et des fourgons, routes destinées à être modifiées, ou à redevenir de simples chemins de traverse.
Il y a enfin le voyage qui se fait avec l'aide et la protection du gouvernement, c'est-à-dire avec le droit à la diffa est l'hospitalité pour les gens, et le halfa l'hospitalité pour les bêtes.

TÉLÉGRAPHIE ÉLECTRIQUE.
La télégraphie aérienne qui a précédé, en France comme en Algérie, la télégraphie électrique, a été instituée dans ce dernier pays par un arrêté du ministre de la guerre du mois de juin 1842. Le système aérien fut appliqué à la première ligne, qui fut celle d'Alger à Blida; peu de temps après, elle fut étendue et mit en communication Alger et Oran. Une autre ligne relia Alger à Constantine. Ces deux grandes lignes rayonnèrent vers les points les plus importants du littoral et de l'intérieur ; dix ans suffirent pour ce travail.
Les postes des lignes aériennes consistent, les uns en un carré bastionné sur deux angles, fermé sur trois de ses faces par un mur crénelé, et sur la quatrième par un bâtiment à un étage, dont le rez-de-chaussée contient trois pièces d'habitation. D'autres sont construits d'après le type appelé poste-blockhaus, et consistent en un simple bâtiment à un étage, dont le rez-de-chaussée sert d'habitation et l'étage d'observatoire. La défense y est assurée au moyen de grilles placées en encorbellement au premier étage; il existe une citerne dans les deux types.
Cependant, tandis que le réseau télégraphique se construisait en France, l'Algérie ne restait pas en arrière dans cette voie de progrès; la construction des lignes électriques y commençait en 1853. La prudence, dit M. E. Pelicier, chef de bureau au ministère de l'intérieur, avait conseillé de suivre, dans l'établissement des nouvelles lignes, le tracé des anciennes, et le service aérien fut conservé concurremment

CALENDRIER MUSULMAN.
Les musulmans, dit M. L. Chaillet, font commencer leur ère du jour où Mohammed, se dérobant au poignard des Koraïchites, s'enfuit de la Mekke, accompagné d'Abou-Bekr, pour se réfugier à Médine. Cette fuite, en arabe hicljira, d'où est venu le mot hégire, eut lieu, selon l'opinion la plus accréditée, le vendredi 16 juillet 622 après J. C. Les astronomes arabes et quelques historiens la placent au jeudi 15 juillet. Nous avons adopté la manière de compter des Turcs, c'est-à-dire le 16 juillet.
" Les musulmans règlent la période annuelle sur le cours de la lune, et prennent pour durée de leur mois une lunaison. L'année se compose de douze mois ou lunaisons, dont chacune s'effectue en 29 jours et demi et une fraction. Douze lunaisons de 29 jours et demi donnent un total annuel de 354 jours.

LES ARBRES A FRUITS.
" Quoique l'olivier (olea europoea, Linn.)' rappelle, par son nom botanique (olivier d'Europe), une origine européenne, il n'en est pas moins très-probable qu'il n'est pas autochtone 'de cette partie du monde. Au contraire, il paraît croître dans sa patrie, lorsqu'on le rencontre, à l'état sauvage, dans les parages barbaresques avoisinant la chaîne de l'Atlas et dans plusieurs parties de l'Asie Mineure, de l'Arabie et de la Perse. En Algérie, il offre une des essences dominantes du pays. Quant à la durée de son existence, elle dépasse quelquefois une période qui semble fabuleuse; et, cinq à six cents ans de vie méritent à peine d'être mentionnés dans l'histoire des oliviers, car il en est qui franchissent de beaucoup ce terme de vitalité.

. " Les oliviers croissent très-lentement, au point que des arbres centenaires n'ont, assez souvent, pas atteint 30 centimètres de diamètre. On les reproduit par graines, boutures, rejetons, ou fragments de racine. Ce dernier mode de replantation obtient des résultats remarquables, grâce à la grande vitalité des oliviers, laquelle avait, jadis, attiré l'attention des anciens. Les penchants des collines exposées au soleil leur sont très favorables, surtout si le sol en est pierreux et s'il contient un peu d'argile.
Le bois de l'olivier est riche en nuances et susceptible de recevoir un poli beau et durable. Il ne se fend pas facilement et est très-propre à l'ébénisterie. Les anciens l'employaient pour faire des statues et autres objets d'art. La grande abondance de ces arbres en Algérie permettra sans doute de le mettre à un prix assez bas pour que, outre son usage en ébénisterie, en tabletterie-, en sculpture, il puisse même être employé dans la menuiserie.

Mais une des richesses les plus considérables de l'olivier consiste dans les fruits qu'il produit et dans l'huile qu'on en retire. L'industrie qui s'en occupe est fort ancienne en Barbarie, et l'invention des meules à broyer les olives, pour en extraire l'huile, date d'une époque extrêmement reculée dans l'histoire des nations qui habitèrent les abords de l'Atlas. De notre temps, cette exploitation est encore effectuée par les Kabiles, qui en retirent de grands bénéfices. Les Européens, par leurs connaissances pratiques, parviendront, sans aucun doute, à augmenter le produit des olives et à retirer ainsi dé leur récolte une nouvelle richesse pour la colonisation

LES CEREALES.
Tout le monde sait que l'Algérie était le grenier de Rome.(la ville de Rome)
La production des céréales, avant notre arrivée à Alger, consistait en blé dur, en orge, en mats et en bechena ou millet.
L'histoire de la compagnie d'Afrique nous apprend que le blé et l'orge étaient, sous la domination turque, les principales denrées d'achat ou d'échange qui alimentaient le commerce de cette compagnie au Bastion, puis à la Cale.

La culture du blé tendre, du seigle et de l'avoine a été introduite en Algérie depuis la conquête.
Les Européens cultivent le blé dur, dont les qualités sont grandement appréciées, surtout pour la fabrication des pâtes dites d'Italie.

LES EAUX THERMALES ET MINÉRALES.
On rencontre sur le sol algérien, dit M. le docteur A. Bertherand, dans son introduction à l'étude des eaux minérales de l'Algérie, une riche variété d'eaux minérales. L'occupation française en a fait découvrir, d'ignorées jusqu'alors ; mais presque toutes étaient connues et jouissaient d'une grande faveur-chez les indigènes avant notre arrivée.... Le goût prononcé des Orientaux pour le merveilleux a toujours fait entourer chez eux de mysticisme et de poésie les phénomènes que l'intelligence commune ne parvenait pas à traduire d'une façon ordinaire. Des récits plus ou moins empreints d'étrangetés et de fantaisie devaient donc naturellement s'attacher à l'éclosion des eaux minéro-thermales. Pas une source un peu importante de ce genre qui ne possède ainsi son baptême de bizarre singularité, au berceau de laquelle les Arabes n'aient imprimé le cachet de leur superstitieuse imagination, de leur cabalistique crédulité....
" La plupart de ces sources ou bains (hammam), les Arabes appellent ainsi toutes les eaux minérales indistinctement, sont toujours en grand crédit dans les douars et principalement chez les habitants des villes.... Aussi, dès les premières années de notre occupation, l'administration de la guerre fut-elle naturellement engagée à suivre des errements tout tracés. Une haute raison d'économie lui dictait de chercher à remplacer, pour ses malades, infirmes ou convalescents, les eaux de France par celles existant au voisinage de nos camps et de nos hôpitaux

LE MARBRE ET LA PIERRE.
Les échantillons de marbre figurant à l'exposition universelle de 1855 étaient les suivants :
Province d'Alger, marbre gris veiné de rouge de Haouch-BenDali-Bey, à l'est du cap Matifou ; marbre rouge, ayant de l'analogie avec le rouge antique; venant du sud de la province.
Province d'Oran, marbre vert antique d'Aïn-Madog ; marbre rose veiné et rouge acajou d'Arzeu.; marbre porte-or, entre Oran et Mers-el-Kebir ; marbre onyx translucide d'Aïn-Tekbalet. M. l'ingénieur Ville nomme ce marbre travertin calcaire de Tlemcen.. " On trouve souvent en Algérie, dit-il, des masses considérables de travertin calcaire, qui résultent de l'évaporation à Pair de sources incrustantes. Plusieurs de ces sources sont taries aujourd'hui, mais il en est qui produisent encore le même phénomène Ce sont des sources froides qui donnent lieu à ces dépôts, au milieu desquels on trouve des feuilles d'arbres identiques à ceux qui naissent de nos jours en Algérie. Les dépôts de ce genre les phis considérables se trouvent à Mostaganem et à Tlemcen (Aïn-Tekbalet).... " L'onyx translucide ou travertin calcaire d'Aïn-Tekbalêt était exploité par les Romains ; les Arabes en ont décoré tous les monuments de Tlemcen, et l'industrie parisienne commence à s'emparer de ce riche produit.
Province de Constantine : porphyre du cap de Fer ; marbre jaune et jaune antique des environs de PhilippeviUe ; marbre noir de Sidi Yahïa, près de Bougie ; marbre blanc veiné de bleu, du cap de Garde, exploité par les Romains ; marbre blanc du Filfila, exploité également par les Romains, Les marbres blancs du Filfila, dit M. Dombrowski, sont analogues à-ceux de Carrare; ils sont saccharoïdes, translucides, faciles au travail, et ne laissent rien à désirer sous le rapport de la finesse du grain ; ils donnent au statuaire de grandes proportions.... " Le Filfila renferme encore d'autres variétés de marbres de nuances diverses : marbres bht turquin el fleuri, noirs, jaunes et rouges, blancs à veines jaunes et rouges.

L'Algérie est très-riche en carrières de pierre à bâtir ; on trouve partout en abondance de la pierre de taille, du moellon, du grès, du gypse, de la chaux, ainsi que du sable et de la terre à brique et à poterie. On a rencontré, comme pour les marbres, des carrières de pierre exploitées jadis par les Romains, et dont les travaux semblaient abandonnés d'hier.
Un document statistique nous apprend qu'en 1853, c'est-à-dire il y a plus de dix ans, 260 carrières ont été exploitées dans les trois provinces de l'Algérie, par un minimum de 1544 ouvriers. 345 868 mètres cubes de pierre de taille, de dalles, de moellons, de pierres à chaux, à plâtre, d'argile à briques, non compris 58 000 pavés, ont été extraits de ces carrières, et ont produit près d'un million et demi. Le salaire des ouvriers variait de 2 fr. à 6 fr. 50 c.

LES ANIMAUX.
1° Animaux sauvages. Nommons-les d'abord ; puis nous reviendrons à ceux dont l'espèce est particulière à l'Algérie, ou moins connue en Europe : le lion, la panthère, l'hyène, Ponce, le chat-tigre, le lynx, le caracal, le serval, l'ichneumon, la mangouste, le furet, la belette, la gerboise, le porc-épic, le renard, le chacal, le hérisson, le rat tigré, le sanglier, le lièvre, le lapin, le singe pithèque de la Kabilie et de la Chiffa, le begueur-el-ouahach, l'aroui, la gazelle.
Le lion et la panthère sont suffisamment connus ; Gérard, pour le lion, et Bombonel, pour la panthère, ont écrit de fort intéressantes monographies de ces deux carnassiers.
" Le chacal, le canis aureus de Linné, le dib des Arabes, tenant du chien et du renard, est très-commun en Algérie ; il vit dans les fourrés, dans les rochers. Il sort rarement pendant le jour. Lorsque la nuit arrive, il se réunit en troupes nombreuses, et j rôde autour des lieux habités pour y chercher sa nourriture. H vit des cadavres de tous les animaux et des fruits qu'il peut atteindre. Il est bien rare que le soir on n'entende pas autour des douars, des villages et même des grandes villes, ses tristes hurlements.
Le begueur-el-ouahach, ou boeuf sauvage, est assez répandu dans les montagnes du sud de l'Algérie. C'est le bubale des anciens, Yant bubalis de Linné, la vache de Barbarie. Cette antilope a les cornes annelées, à double courbure, la pointe en arrière. Une particularité anatomique de la tête le distingue de toute; les autres : c'est l'existence d'un bourrelet saillant du pariétal, dirigé dans le prolongement du chanfrein, et au sommet duquel s'élèvent les cornes.
La taille du begueur-el-ouahach est à peu près celle d'un veau d'un an à dix-huit mois ; son pelage est fauve la queue est courte et terminée par une touffe de poils noirs.
Le fechtal, le leroui ou Yaroui, est assez bien connu en Algérie aujourd'hui ; plusieurs individus ont même été élevés en domesticité dans quelques localités. On l'a chassé dans le djehelAmour, où il vit. On le trouve dans les montagnes du Sahara, ai sud de Bou-Sada. Le leroui est le mouflon à manchettes, Yom ornata de Geoffroy Saint-Hilaire ; le mouflon d'Afrique, que Cuvier, qui l'appelle ovis tragelaphus, et Desmarest ont réuni avec raison avec le mouflon barbu (bearbedsheep) de Pennant.
Le leroui est une espèce de mouton beaucoup plus fort que le gros bélier, dont il surpasse le volume et la hauteur du double peut être ; le poil varie du fauve roussâtre au brun roux, quelque fois foncé et roux comme celui de la gazelle ; le dessous du corps et les parties internes des membres sont de couleur blanche; de poils de quinze à vingt centimètres et plus de long couvrent le parties antérieures du corps et des membres. C'est cette disposition remarquable qui a fait donner à cet animal la dénomination de mouflon à manchettes. La queue est courte, elle n'a que dis huit à vingt centimètres ; elle est terminée par un pinceau i poils comme chez les gazelles. Les cornes sont volumineuse très-rapprochées à leur base et séparées à peine par un peu de poils elle sont recourbées,"" divergentes, dirigées en dehors, s'écartant l'une de l'autre moins rapidement que chez le mouton ordinaire; leur longueur est souvent de 50 centimètres; leur surface est couverte de rides peu marquées.
" La gazelle de l'Algérie est l'antilope, l'anti dorcas de Linné, de Buffon, de Cuvier, le r'czala des Arabes. Les gazelles, qui vivent dans tout le nord de l'Afrique en troupes nombreuses, ont les cornes rondes, variables pour leur courbure ; les unes sont tournées en avant, les autres en arrière, d'autres en dedans. Elles ont des espèces de poche à chaque aine ; ces poches se remplissent d'une matière sébacée qui n'a pas d'odeur particulière. Leurs excréments, qui ressemblent beaucoup à ceux des moutons, mais qui sont plus petits et plus effilés, ont une odeur de musc très prononcée. Les Arabes disent qu'il existe trois espèces de variétés de gazelles : 1° le nn : les individus de cette espèce sont grands, ont le ventre blanc et les cornes tordues, annelées sans doute; il se tient principalement dans les pays de sables ou dans les plaines ;
2° le ledmi : les individus de cette espèce sont plus petits que les précédents, ont aussi les cornes annelées et une couleur fumée c'est la plus petite des trois espèces ; c'est celle que l'on a l'habitude de voir et d'élever en Algérie.-

La gerboise est le gerbe, le dipus gerboa de Gmelin, le mussagitta de Pallas. Ce mammifère rongeur est remarquable par la légèreté de sa course ; la longueur considérable de ses tarses lui permet d'exécuter de grands sauts, de franchir de grandes distances et avec une extrême rapidité ; la queue est longue, armée d'un bouquet de poils bruns au centre. La gerboise ne sort des trous qu'elle habite sous terre qu'à la brune. Elle est si agile dans sa course qu'on l'aperçoit à peine ; il faut une grande attention pour la suivre des yeux pendant qu'elle se livre à ses courses rapides. Elle habite lès lieux secs, les terrains crayeux le tuf calcaire recouvert d'une légère couche végétale parait lui convenir

Le dromadaire peut devenir un animal de guerre dans la plaine et les pays peu accidentés. Il pourrait moins utilement il est vrai, servir dans le Tell. Par une raison inverse, le chevaine peut rendre que peu de services dans la plaine sablonneuse du sud de l'Algérie : il sert dans les pays de montagnes ; le dromadaire a l'espace déjà immense qui, partant de Bor-'ar, conduit jusqu'à Laghouat et jusqu'au delà des Beni-Mzab ; le pays du cheval n'est que de vingt-cinq lieues de large ; le pays du dromadaire en a plus de cent et doit s'augmenter chaque année.
" On a beaucoup critiqué le système du commandant Carbuccia", depuis général, qui consistait à employer les chameaux comme moyen de transport dans une colonne. Pour moi, dit M. le général Yusuf, ce n'est qu'à l'aide de ce moyen que j'ai pu tenir si longtemps la campagne en toutes saisons, ménager mes soldats, et, au moment opportun, réclamer le concours de toutes leurs forces. Si ce système n'a pas réussi dans les autres colonnes, je ne sais à quoi attribuer cet insuccès ; mais personnellement, j'en ai toujours obtenu les meilleurs résultats. Au surplus il n'est pas nouveau, car, lors de la campagne de Syrie, le général Bonaparte, avec près de 1500 hommes, n'employa pas d'autre moyen de transport pour franchir le désert du Kaire à Saint-Jean d'Acre. "

Le dromadaire d'Algérie ne saurait faire, sans s'arrêter, plus de 12 à 15 lieues par jour. Quant au méhari et à sa grande vitesse, voici ce qu'en dit le général Carbuccia, de l'ouvrage duquel nous avons déjà extrait ce qui précède : ce Le méhari est plus grand que le dromadaire ; on prétend qu'il est, par rapport à ce dernier, ce que le cheval de course est au cheval de trait. Sa bosse est petite, elle ne dépasse presque pas le garrot. L'extrême maigreur du corps et les fortes proportions des cuisses sont le seul signe de sa grande vigueur à la course.
Les Arabes disent que le méhari va comme le vent ; mais c'est là certainement une grande exagération. Cet animal ne marche qu'au trot; mais son trot est allongé, et il peut le maintenir pendant 12 heures. Il parcourt de la sorte 30 à 40 lieues par jour, et cela pendant plusieurs jours de suite. Il mange de l'herbe ou du bois Corinne tous les dromadaires.

Le dromadaire de 25 ans ne sert presque plus à la charge ; on l'engraisse, puis on le vend 35 à 40 francs pour en faire manger la viande, qui est aussi bonne et aussi saine que celle du bœuf, mais dont le goût est légèrement musqué. La bosse, qui est le meilleur morceau, exige plus de cuisson.
La chair des jeunes dromadaires est tendre comme celle du veau. La peau de l'animal abattu se vend encore 20 francs à Alger. Enfin le poil du dromadaire, qui sert aux Arabes pour la confection des tentes, des burnous, des haïks et autres tissus à leur usage, a été essayé par la manufacture française et donne des résultats extrêmement remarquables. Un de nos filateurs, M. Davin, a fait préparer et filer du poil de dromadaire, qu'il a fait ensuite tisser par la maison Montagnac, de Sedan. Il a obtenu ainsi divers produits de premier ordre, surtout un drap de velours haute laine fort chaud à l'usage, propre à faire de riches vêtements d'hiver pour hommes et pour femmes ; l'exposition permanente du Palais de l'industrie en offre de fort beaux échantillons.

Le bœuf. La race bovine de l'Algérie possède d'excellentes aptitudes; sobre, docile, rustique, agile, patiente, elle se prête à tous les travaux, à toutes les transformations. Avec des soins entendus, une nourriture suffisante, un abri pendant la mauvaise saison, le bœuf arabe est non seulement un très bon animal de trait, mais il passe encore rapidement de cet état à celui de bête de boucherie, et la chair alors ne laisse rien à désirer.
L'expérience a depuis longtemps démontré que pour améliorer la race bovine, qui a dégénéré entre les mains des Arabes, un bon choix d'animaux reproducteurs pris dans le pays était préférable à tout autre système.
Les croisements avec les bêtes exotiques ont généralement donné de médiocres résultats, et l'on a constaté que les grandes races importées dans la colonie perdaient à chaque génération quelques-uns de leurs caractères primitifs. Les éleveurs de l'Algérie le comprennent bien, et tous maintenant s'appliquent à régénérer la race indigène par elle-même. La seule exception qu'ils admettent est en faveur de la race bretonne, qui possède et conserve, après son introduction, les mêmes qualités que les animaux de la race indigène, et communiquent à celle-ci la faculté d'être meilleure laitière

Le mouton.
L'Arabe, peuple essentiellement pasteur, possède d'innombrables troupeaux de bêtes ovines. Malheureusement faute de soins et de précautions, les races du pays, mal nourries pendant certains moments de l'année, privées d'abri durant la mauvaise saison, abandonnées à des croisements sans prévoyance ont perdu la plus grande partie des qualités qui les distinguaient originairement.
Cette situation, qui met un obstacle au développement de l'industrie lainière, arrête l'essor du commerce de bétail et prive la France de ressources précieuses à son industrie et qu'elle est obligée de demander à l'étranger, n'a pas échappé à l'attention de l'administration.

Par son ordre, M. Bernis, vétérinaire principal de l'armée d'Afrique, a parcouru, dans le courant de l'année 1852 toutes les tribus relevant de notre domination, avec mission de déterminer d'une manière précise l'état des diverses races d'animaux qui s'y trouvaient, et d'indiquer les dispositions à prendre pour introduire dans cette importante branche de l'industrie coloniale les améliorations qu'elle réclame.
Les observations qu'il a relevées pendant sa longue excursion ont été consignées dans un mémoire envoyé à Paris avec 1408 échantillons de laine pris sur tous les points du territoire algérien, et un album représentant les principaux types examinés.
Ces observations offraient un très grand intérêt, car elles démontraient que la colonie, à raison de l'extrême importance des ressources qu'elle possède, en ce qui concerne la race ovine notamment, est appelée à devenir le marché d'où la métropole tirera les 55 à 60 millions de laine qu'elle est contrainte aujourd'hui, pour les besoins de son industrie, de faire venir de l'Allemagne, de l'Angleterre, et d'autres pays producteurs.

Extraits du livre de Louis PIESSE.1862

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