PROVINCE DE GUELMA
1836
La pensée de cet ouvrage a été conçue dans les derniers jours de l'année 1836 .Je me suis contenté de ramener l'orthographe et à la prononciation française les noms propres transcrits avec des lettres différentes par les Allemands, les Italiens et les Anglais qui ont voyagé dans ce pays.
ABBÉ DE SLANE

Je serais bref sur la descrition de Bône, sa rade est mauvaise est mal abritée, sa plaine est vaste et très fertile mais remplie de marécages très insalubre. Deux rivières s'y jettent la Boudjema et la Seybouse. Cette dernière a encore dix pieds de fond, et dans l'Antiquité offrait un bon port qu'on rétablirait facilement en faisant disparaître la barre qui obstrue son embouchure.
Bône portait autrefois le nom d'Hippone ; elle fut l'une des résidences des rois de numidie..

Route directe de Bône à Constantine.
La route directe de Bône à Constantine va s'en doute être l'objet d'une exploration particulière. Je ne me crois pas dispenser pour cela de réunir tous les renseignemens que nous fournit sur ce point, les anciens écrivains et les voyageurs modernes.
Cette route, telle qu'elle est donnée par l'itinéraire d'Antonin est de 94 milles romains et par M. le colonel Lapie, dans la nouvelle édition que prépare avec Messieurs Hase et Guérard, porte cette distance à 68 toises.
Cette route, en partant de Bône jusqu'à une rivière que l'on passe sur un pont antique, dans le canton de Dagossa, on traverse une plaine couverte d'orangers et de jujubiers, d'où la ville de BONE a tiré son nom arabe de bled el huneb.

Avant d'arriver à la rivière Maia Berda, on trouve "Ashkoure", l'ancienne "Askurus", ville romaine, j'ai déterminé la position et la synonymie de cette ville, qui n'était portée sur aucune autre carte d'après deux itinéraires manuscrit que M. le consul de Laporte a bien voulu me communiquer.
Dans la guerre que César fit en Afrique contre les débris du parti de Pompée, Ascurus fut assiégée par Pompérus.

Un peu au sud-ouest d'Ashkoure, on trouve d'autres ruines et plusieurs sources chaudes dont les eaux tombent dans un grand bassin carré, ouvrage des Romains. Ces eaux, appelées par les habitants hammam Berda ce qui signifie les thermes de Berda, ou plutôt merda, Merdès du nom des deux tribus berbères qui vivent dans ce canton, sont les eaux de "acquae tibilitanæ". Elles ont été reconnues par un officier d'artillerie éclairé qui mêlant les recherches savantes aux soins de la guerre, a signalé le ruisseau de Maia Berda-Guelma ses eaux thermales sont salées et tièdes, où l'on y trouve une construction romaine remarquable.

Après avoir passé le col de la mouarah, notre armée a campé à Guelma, sur la drive gauche de l'oued Seybouse:
" Il reste à Guelma, dit le rapport du maréchal Clauzel, de nombreuses ruines de constructions romaines ; et notamment l'enceinte d'un ancienne citadelle est assez bien conservée pour y permettre d' établir en toute sûreté, contre les arabes, un poste militaire. ".
Arrivés à Guelma nous trouvons, dit l'officier d'artillerie que j'ai déjà cité, les ruines d'une ville romaine immense. Toutes les pierres sont là ; il n'y aurait qu'à les réunir.
Un cirque d'une étendue considérable subsiste encore en grande partie; débris de colonnes, inscriptions de toute espèce ; il y a avait là de la pâture pour les archéologues et les dessinateurs.

Le jeune prince descendant de Saint Louis, ne se douté pas que dans ces ruines de Guelma, il foulait le sol de Suthul l'une des villes plus riches et les plus fortes de l'ancienne Numidie, où Jugurtha avait déposé ses trésors ; que c'était près de cette ville qu'une armée romaine de 40 000 hommes avait été enveloppée par le roi Numide, contrainte à passer sous le joug et à céder toutes ces conquêtes. La France pourra peut-être se consoler du revers inattendu qu'ont éprouvé ses armes, en songeant qu'une nombreuse armée romaine, autant de la plus grande puissance de la république, a subi un échec dont les résultats ont été bien plus funestes, et qui, de plus, a jeté sur ses aigles une attache ignominie.
La synonymie de Suthul et de Guelma n'avait été encore établie par aucun géographe, et s'attendant il y a peut-être dans toute la géographie ancienne aucun point qui soit moins douteux.
Ses traits de Suthul dit saluste que le propréteur Aulus Posthumius aveuglé par l'espoir de récupérer les trésors de Jugurtha, fut surpris et contraint à capituler.
C'est près de Calama, dit Orose que jugurtha accabla l'armée de Aulus Posthumius attiré sous les murs de la ville par l'espoir de s'emparer des trésors du roi Numide.

Or, Shaw nous apprend que Guelma est nommé par les Turcs "kalma" et que Saint-Augustin la place entre Constantine et Hippone aujourd'hui Bône, mais un peu plus près de cette ville. Cette seconde synonymie est donc incontestable.

Dans le siècle où nous vivons, il faut que la science marche toujours à la suite de la guerre : ces ruines de Suthuloù l'on a trouvé dit-on, beaucoup d'inscriptions latines et d'autres en caractères inconnus, renferme probablement sur les murs des documents qui manquent à l'histoire soit des Romains soient des Numides ; car ces caractères étranges son certainement des inscriptions phéniciennes ou numidiques, que quelques savants de France ou d'Allemagne peuvent maintenant lire et expliquer. Nous n'avons trouvé aucune trace arabe pouvant nous éclairer sur ce passé.
Nos officiers des armes savantes ne négligeront pas, sans doute, de rapporter ses dépouilles instructives des temps passés.

De Guelma, pour arriver à Constantine, on passe par le col de "ras el akba" nom donné par les arabes le "coupe gorge". C'est probablement cette position fortes et avantageuse que, dans sa guerre contre Syphax, Massinissa occupa avec 10 000 hommes et d' où le rapport de Tite Live qui inquièta beaucoup son ennemi Massinissa, dit l'historien latin, qui se porta entre Cirta et Hippone pour s'établir au sommet d'une chaîne de montagnes, qui lui offrit tous les avantages possibles, soit pour l'attaquer, soit pour se défendre.

Il est probable que dans la nouvelle expédition destinée à s'emparer de Constantine, l'armée entière, ou du moins la plus grande partie, partira de Guelma où l'on a établi un camp fortifié, qui, échelonné avec celui de Drean, assure nos arrières contre les incursions des arabes, et facilite le transport de vivres et de munitions.
J'ai donc cru indispensable de ne négliger aucun des renseignements précis qui peuvent nous éclairer sur les inconvénients et les avantages les différentes routes qui conduisent de Constantine à Guelma.

La première est celle qui passe par hammam Meskoutine (les bains enchantés) et de sa position située à mi-chemin entre Bône et Constantine, mais d'après ce que nous savons la route de Guelma-Constantine par hammam Meskoutine est impraticable pour une armée.
Une autre route de Constantine à Guelma a été suivie par le professeur Desfontaines en 1785. Il avait pris la même direction que notre armée, depuis Constantine jusqu'à médez Amar.Ce que le voyageur regarde comme une moitié chemin de Constantine à Bône et au lieu de tourner le coude que fait la Seybouse, un peu au nord de médjez Amar, il a passé cette rivière deux fois à gué.
Ce savant exact et judicieux a observé que le lit de la Seybouse est parsemé de très gros cailloux roulés qui rendent le passage difficile et même dangereux, et que cette rivière, en hiver, arrêtent les voyageurs pendant des mois entiers.

Poiret qui voyageait en Afrique en 1785, a fait environ dix-huit lieues de plus en partant de Bône pour hammam Meskoutine.

Sur toute la route de BôneàConstantine, on observe des traces de postes militaires que les Romains avaient établi en ce pays. Les constructions sont de deux sortes : la première et la plus fréquente sont des enceintes carrées avec un parapet de trois à quatre pieds de haut en fortes pierres taillées qui paraissent presque toutes de la même dimension.

M. Baude m'a assuré que les petits corps de garde, bâtis pour 20 hommes sont échelonnés toutes les 500 toises, les autres plus considérables, se retrouvent à peu près de quatre lieues en quatre lieues, paraissent avoir été des camps retranchés qui fournissaient la garnison des petits postes intermédiaires . Monsieur Baude a calculé qu'ils pouvaient contenir de 100 à 150 hommes. (Qu'on y trouve des moulins à huile, des auges et des mortiers en pierre de l'époque romaine).

À en juger par les ruines qui avoisinent ces postes, des constructions plus légères ont dû exister aux alentours. On y rencontre encore de la poterie romaine grossière, et d'espace un espace, quelques restes de l'ancienne voie. Les arabes placent assez souvent leurs cimetières très de des ruines dont je viens de parler, mais n'ont jamais entretenu ou utilisé ces routes de communication

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE