Le petit Syllabaire des Ecoles de jadis

Photo de classe année 1931

C'était l'époque où la comptine disait :
J'ai des pomm'à vendreu
des rouges et des blancheu.
la couleur est par en d'sous
Mad'moiselle retournez vous

          
             C'était avant le deuxième guerre mondiale et peu après la grande guerre une époque que veulent rappeler les lignes qui suivent, quand les filles et garçons recevaient le même enseignement, mais dans des établissements scolaires strictement différents, les mettant à l'abri de toute inconcevable mixité…une époque où fille et garçons ne rêvaient pas de Barbie ou de V T T, mais de poupées Bella fabriquées à Perpignan et de bicyclettes à roue libre.
Commençons par le A

         A comme " Académie ", laquelle avait son inspecteur, considérable homme de pouvoir qu'on entourait de prévenances et de respect lors des inaugurations, des banquets et des remises solennelles de prix. Coiffé d'un chapeau melon- parfois d'un gibus dit " huit reflets " il portait une jaquette noire . Sa barbe souvent Jauressienne dissimulait en partie son cou cerclait de celluloïd L'Académie avait sa couleur : le violet, à l unissons de l'encre dont les plumes " sergent major " faisaient un tracé calligraphique quand elles ne faisaient pas choir sur les cahiers, en gros pâtés qui coûtaient un demi point au maladroit et qu'il fallait sécher dare dare avec un buvard 'Aux braves territoriaux ' distribué gratuitement par la Chicorée Leroux à Bourbourg (Nord).
            B comme " Bûchettes "ou comme Bâtons, les bûchettes étant, à l'arithmétique, ce que les bâtons étaient au prémices de l'écriture. On groupait les unes par paquets de dix, par fagots de cent. On traçait les autres (en tirant la langue pour bien s'appliquer) par lignes de trente par pages de 720…Ils deviendraient un jour, les pleins et les déliés de la calligraphie, un artisanat difficile que les maladroits qualifiaient par dépit de n'y pas exceller " science des ânes "
            C comme Cartable qui durait six mois, un an, toute une scolarité
            D comme " Dictée ". Le maître lisait le texte une première fois, " en entier ", avant d'ordonner " Ecrivez ! ". Les têtes s'inclinaient, les plumes se mettaient à grésiller. Bras et main gauche s'arrondissaient - en protection- pour faire obstacle aux regards obliques du voisin de table. Le maître articulait lentement, répétait posément , il faisait une demi-pause pour marquer une virgule, une pause pour le point-virgule et les deux points ;mais annonçait " point'à la ligne " en faisant la liaison, tout en allant à pas lents, le long des travées de pupitres. A l'annonce de " point final ", s'élevait un grand soupir collectif de soulagement.
            E comme " En rangs ! "..Les plus petits devant. Pour entrer en classe ou en sortir, pour " faire " la gymnastique ; pour aller en promenade pratiquer la leçon de choses sur le terrain . Toujours deux par deux , comme les bœufs au labour, les bonnes sœurs sous leur cornettes ou les gendarmes en patrouille, Double Patte et Patachon, acteurs comiques du cinéma muet. " Et en Silence ! On ne parle pas dans les rangs ! " On se taisait gardant la distance avec le camarade du devant, à qui on faisait un croche pied, bras allongé jusqu'à son épaule gauche , attendant le commandement " Fixe " auquel un échos anonyme et loustic ajoutait parfois… " chaussettes ".
            F comme " Filles ". L'église étant séparée de l'Etat ; les filles étaient séparées des garçons. Chaque sexe avait son école et constituait, pour l'autre, un étranger, vaguement infernal, au point qu'on menaçait les cancres mâles de les envoyer chez les filles…Menaces dont se gaussaient les cousins campagnards fréquentant une monoclasse rurale à en enseignement unisexe et nombreuses divisions, où-la mixité étant inéluctable- on pouvait tirer les nattes de ces demoiselles et même leur " lever la robe " pour faire rougir ou pleurer ces faiseuses de façons tout juste bonnes à sauter à la corde en chantant " j'aime la galette au beurre ".
            G comme " Garçons " que les filles fuyaient avec horreur : ces galopins mal embouchés qui disaient des gros mots, se battaient comme des chiffonniers, sonnaient aux portes, lançaient des cailloux, tiraient au Tahouate (lance pierres en arabe) faisaient éclater des pétards sous les pieds, sifflaient dans leurs doigts affligés d'ongles en deuil, et laissaient leur chaussette tomber en tire-bouchon. Ils leur faisaient des grimaces et elles leur tiraient la langue.
            H comme "Héron", héros famélique au long bec emmanché d'un long cou , sorti tout droit des fables de la Fontaine, avec ma commère la carpe, le brochet son compère, la cigale ayant chanté tout l'été, la fourmi pas prêteuse, l'agneau tétant encore sa mère, maître corbeau sur un arbre perché
            I comme "imparfait" du subjonctif …Pourquoi nos bons maîtres fallait-il que la grammaire " qui sait régenter jusqu 'aux rois " voulut que vous nous tracassiez avec cette conjugaison à consonance de réglisse, de fougasses, de flûtes dont n' usaient plus -déjà- que les acteurs au péplum de la tournée des Villes d'Or.
            J comme "jeudi" jour J de la grande récréation hebdomadaire ..merveilleux jeudi matriarcal, mille fois préférable au patriarcal dimanche si morne et si empesé . Avec la permission des indulgentes mamans, on s'en allait jouer à la pépinière et pécher l'anguille dans la Seybouse . puis on rentré le soir les jambes et les mains enluminées de glorieuses égratignures….
            K comme "Kilomètres ou kilogrammes" qu'on multipliait facilement en deca, hecto, myria, méga ; ou qu'on réduisait -aussi aisément en déci, milli, micro, avant d'opérer la conversion en stère , litre, cube, tonne, quintal…Merveilleux système métrique ! si harmonieux pour nos cervelles cartésiennes….
            L comme "Laïque" gratuite et obligatoire, au souvenir de Jules ferry, de ses rouflaquettes en oreille de cocker et de son empire colonial aujourd'hui réduit à néant . On disait école laïque pour la différencier de l'école des sœurs de la doctrine chrétienne dont les enseignants à cornette ou à bicorne exigeaient qu'on récitât la prière avant de résoudre les mêmes problèmes de robinets que dans les écoles laïques
            M comme "Morale" aujourd'hui disparue de l'enseignement .On apprenait par cœur des adages, des préceptes, qui constituait souvent la conclusion d'une aventure édifiante, et qui serait le Credo du futur Citoyen de la République
            N comme "Noyaux" dont on se bourrait les poches dès qu'avaient mûri les abricots . Jeu saisonnier proche des grandes vacances, qui ramenait les écoliers vers la piscine romaine d'Héliopolis ..
            O comme "Octobre" mois de la rentrée et départ des hirondelles, nouveaux camarades, nouvelle maîtresse ou nouveau maître. Premier appel dans la cour, première dictée, première colle..
            P comme " Plumier", petit meuble scolaire de bois fin au couvercle peint d'oiseaux, de fleurs. Les élèves " qui faisaient du chiqué " en possédaient un à tirette, parfois semi pivotant, qui laissaient apparaître crayons, porte plumes et plumes sergent major ……
            Q comme "Quadrillages" parure de nos écoliers " le Calligraphe " aux armoiries de l'Alsace et de la Lorraine, avec de belles lignes bleues bien parallèles qui n'étaient pas celles des Vosges
avec l'aimable autorisation du président de l'Amicale de Jemappes
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