JEAN MOULIN ET LE SACRIFICE DU 26e REGIMENT DE TIRAILLEURS SENEGALAIS

           Le 15 août 1944, 1'armée du Général de Lattre de Tassigny retrouve le sol de France sur le littoral de Provence, avant d'entamer le long périple qui la mènera jusqu 'au coeur de l'Allemagne nazie, tous ceux qui la composent ont le sentiment de vivre un moment unique dans l'histoire de la France, unique même dans l'histoire du monde.

             Cette armée, c'est en effet celle de toute les colonies venue délivrer sa Métropole du joug Allemand : indigènes : Pieds-noirs et Algériens, Marocains, Tunisiens ; ou venus des pays d'outre- mer : Polynésie ou des Antilles ; tirailleurs issus de toute l'Afrique noire ; français de Saint-Pierre et Miquelon... c'est l'Empire qui s'est uni aux Forces Français libres pour la France retrouve sa liberté.

             Phénomène unique, dont on oublie trop souvent de souligner ce qu'il avait de symbolique. Phénomène aussi sans précédent qui ne se renouvellera jamais.

             Ayant eu le privilège en débarquant à Cavalaire de vivre ces moments forts, où la fierté et l'émotion l'emportaient sur l'angoisse, j'ai souhaité rendre à cette "Armée d'Afrique" et à nos camarades combattants un hommage solennel. Afin que notre jeunesse sache et n'oublie pas, et que les survivants de cette épopée dont l'élan est parti des racines profondément ancrées par un siècle de vie commune dans les territoires de l'Empire soient assurés qu'ils se sont acquis à jamais une place d'honneur dans notre Mémoire nationale.

Pierre PASQUINI

              Après les désastres des Ardennes et des Flandres, la 8* Division d'Infanterie Coloniale, composée du RICM et du 26* Régiment de Tirailleurs Sénégalais est dirigée en toute urgence vers l'est de Paris.

              Du 12 au 16 juin 1940, après une marche forcée, de violentes batailles sont engagées entre Dreux (Eure) et Chartres (Eure-et-Loir), dans le triangle que forment Châteauneuf-en-Thymerais, Maintenon et Saint-Germain en Gâtine.

             L'offensive est si violente que les deux valeureux régiments sont décimés. Le 26° Régiment de Tirailleurs Sénégalais est réduit à 500 hommes que le chef de corps réorganise en unique bataillon de marche.

             Les Allemands, exaspérés par la résistance de ces "nègres", maltraitent ou abattent sans pitié les tirailleurs faits prisonniers, les accusant des pires atrocités à l'encontre de la population civile. Lorsqu'ils pénètrent dans Chartres, le 17 juin 1940, ils somment Jean Moulin, Préfet d'Eure-et-Loir, de signer un protocole attribuant à des tirailleurs sénégalais le massacre de civils. Jean Moulin refuse, sous la torture, de signer un acte qu'il juge infamant. Il est alors conduit dans le hangar où se trouvent les corps des personnes martyrisées, puis il est enfermé dans la petite pièce du pavillon d'entrée de l'hôpital de Chartres après avoir été brutalisé. Dans la nuit, il tente de se trancher la gorge à l'aide d'un morceau de verre afin d'échapper aux tortures qui auraient pu le faire céder; secouru, il est reconduit à la préfecture et il reprend ses fonctions... sans avoir signé le protocole. Dans ses rapports officiels adressés au gouvernement de Vichy, Jean Moulin évoque à peine "l'incident" :

             "Un des rares incidents qui se soient produits depuis l'entrée des troupes allemandes est celui dont j'ai été victime les 17 et 18 juin, incident sur lequel j'ai décidé de faire silence, dans un but d'apaisement".

             En revanche, il consigne le récit de son arrestation dans ses carnets et dans son livre "Premier Combat" :
       ... Et pourtant, je ne peux pas signer. Je ne peux pas être complice de cette monstrueuse machination qui n'a pu être conçue que par des sadiques en délire. Je ne peux pas sanctionner cet outrage à l'armée française et me déshonorer moi-même".

             Ainsi, le sacrifice des Tirailleurs Sénégalais du 26e Régiment ne fut pas, grâce à Jean Moulin, entaché de mensonges. Des rues, des villages de Saint-Piat et de Bouglainval portent des noms évocateurs de la tragédie et des monuments rappellent le sacrifice du 26* R.I.T.S.

Source "l'Empire dans la guerre " incident des 17 et 18 juin 1940 raconté par Jean Moulin (extrait)"

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE