VOYAGE EN PASSANT PAR GUELMA

.../... Après le petit déjeuner, toujours aussi copieux, nous partons pour Guelma avec une escorte composée d’une voiture de gendarmerie devant et une autre derrière notre mini car. Cela fait une drôle d’impression ces sirènes qui se déclenchent au moindre obstacle pour forcer le passage en attirant tous les regards. Nous prenons une voie rapide à sens unique et très vite nous passons sans les traverser les villages tant connus …Le Kroub, Aïn-Abid pour nous arrêter à Aïn-Régada devant la gendarmerie afin de changer d’escorte car nous entrons dans une nouvelle Wilaya., celle de Guelma . Tout le long du chemin et de chaque côté de la route, d’immenses champs de blé vert se déroulent à perte de vue, parsemés de quelques plaques de coquelicots. Tout est vert et bien tenu. Beaucoup d’arbres ont été plantés surtout des amandiers. On n’a pas l’impression de sécheresse, bien au contraire . Je retrouve dans les champs labourés , la terre noire, luisante de mon enfance que j’aimais tant à regarder et à sentir.A Aïn Regada, autour de la gendarmerie , nous retrouvons toute la flore oubliée, les chardons, les asphodèles, la bourrache…Partout des constructions en cours, de petits immeubles bien jolis dont le rez de chaussée et le premier étage sont souvent habités alors que les autres étages restent en projet.
On ne voit plus de gourbis ni de mechta…
Nous reprenons la route toujours escortés et bientôt, nous passons prés de Oued Zénati, puis nous apercevons l’embranchement d’Aïn-Makhlouf, 14km.
Mon cœur fait un bond de joie, ce sera pour demain.
Nous poursuivons vers Guelma. Sur le bord de la route, des hommes vendent des fèves vertes et des rhochof. …Pierre et Raymonde se disputent comme toujours à propos du vocabulaire ou du nom de certaines plantes.
En passant au-dessus de Oued-Zénati, je ne reconnais rien. Une nouvelle mosquée semble avoir été construite mais je n’ai pas l’impression que le village se soit beaucoup étendu.

Bientôt nous entrons dans Guelma avec sirènes et voitures de police. La population nous regarde avec une réserve qui nous glace au début.
C’est le vendredi , jour de prière pour les musulmans. Le muezzin chante les versets du coran que des hauts- parleurs retransmettent du haut du minaret et la foule est dense sur la place juste en face de la mosquée où nous nous arrêtons.

Là, les gens commencent à nous saluer et à nous parler. Un homme s’avance vers nous et propose de nous guider.
C’est Hassen qui travaillait autrefois dans le café de Lucien Lacombe.
Ce Lucien Lacombe dont j’ai souvent entendu parler, exerçait également le métier d’électricien et c’est lui, nous dit Raymonde, qui a installé l’électricité à Renier en 1929. Nous photographions la poste, la place devant la mosquée, le square, le marché couvert enfin tous les endroits que Jacky Italiana m’avait indiqués car je ne connais pas Guelma . J’y suis allée deux fois, quand j’étais petite, à l’occasion du divorce de mes parents qui a été prononcé au palais de justice de cette ville . Je n’ai donc pas gardé un souvenir particulièrement heureux de ces lieux sinon celui d’une chaleur écrasante bien plus forte qu’à Renier. Les gendarmes ne nous lâchent pas d’une semelle et nous encadrent dans cette foule presque essentiellement masculine de plus en plus dense, ce qui ne nous empêche pas de parler avec les anciens attablés sur la place et en train de boire un café. Ils veulent savoir d’où nous venons et nous prennent d’abord pour des anciens de Guelma. Nous leur expliquons les motifs de notre présence ici et l’accueil se fait de plus en plus chaleureux.

Nous nous dirigeons ensuite à pied vers le théâtre romain, fermé en ce jour férié, mais les gendarmes font ouvrir les portes en notre honneur.
Le gardien, un peu affolé, nous interdit de prendre des photos d’objets puis il récite en arabe toute l’histoire de ce théâtre au cours des âges comme il doit le faire habituellement en tant que guide. Je ne comprends qu’une infime partie de son discours mais je goûte la bizarrerie du moment.

Soudain, Paul découvre , abandonnée dans un coin, la plaque de l’ancien monument aux morts de Guelma et, brisée en plusieurs morceaux, celle portant les noms des hommes morts pour la patrie.

Il y a également quatre cloches qui devaient être celles de l’église. Paul prend tout de même quelques photos de manière à les montrer aux guelmois au prochain regroupement de mai.

Je suis très émue par cette découverte et je repense à la plaque de Renier qui a été rapatriée puis retrouvée par un concours de circonstances inouï.

Nous prenons également une photo du groupe, car celles-ci sont autorisées, tout en haut sur les gradins du théâtre.
Ce théâtre est magnifique, d’une grande richesse historique et heureusement, remarquablement entretenu.

Le gardien habite sur les lieux et entretient jardins et pierres.
La visite est interrompue par l’arrivée d’une guelmoise algérienne qui, alors qu’elle faisait un voyage à Paris, m’avait téléphoné il y a deux ans pour savoir comment se procurer un livre sur l’histoire de sa région. J’avais discuté avec elle pendant un moment et elle m’avait incitée à revenir en Algérie où disait-elle nous serions bien reçus . Sans le savoir elle m’avait alors ouvert une porte et notre conversation a pesé dans ma décision d’organiser un retour aux sources. Lorsque j’ai su que nous passerions à Guelma je me suis procuré ce livre avec l’intention de le lui remettre en mains propres .Mr Zadi , informé, lui avait annoncé notre passage et c’est avec un plaisir non dissimulé que je lui remets , aujourd’hui , ce document . Elle est très émue et me parle de son impossibilité de revenir en France actuellement en raison de l’état de santé de son père dont elle s’occupe continuellement. Elle est la petite fille d’un grand cadi et Mr Zadi a épousé une de ses cousines. Quelle coïncidence !

Nous quittons bientôt Guelma pour Héliopolis où nous voulons photographier la piscine romaine, autrefois appelée « fontaine chaude ». J’ai trouvé Guelma très propre par rapport à certains quartiers de Constantine . Les immeubles sont bien entretenus, les rues sont nettes, les jardins fleuris …Une petite ville pimpante. La piscine romaine ne fonctionne plus pour une raison de sécurité mais elle est surveillée nuit et jour par un gardien installé sur place. Des joncs ont envahi le bassin. Je trouve que c'est encore une belle installation et il est dommage qu’elle ne serve plus

Récit anonyme, dommage !

Site internet GUELMA-FRANCE