PERPIGNAN
Jean-Marc Pujol, maire de la ville

"Tous les Pieds-Noirs n'étaient pas des colons"

Sud-Est: Vous êtes vous même né en Algérie avant l'indépendance. Comment avez-vous vécu l'exode ?

Jean-Marc Pujol: Je suis effectivement né à Mostaganem en 1949. J'ai ensuite été rapatrié en France en juin 1962, à l'âge de 12 ans. Ça a été une période difficile pour toute la famille. Nous sommes restés quatre jours parqués à l'aéroport d'Oran, dans des tentes de l'armée. Il fallait attendre car les avions étaient tous pleins à craquer. Quand nous sommes enfin arrivés en France, on nous a traités de sales Pieds-Noirs. Nous avons tout d'abord été hébergés dans un centre de la Croix-Rouge à Marseille. Puis, faute de place, on nous a déplacés à Vichy. Nous sommes ensuite partis nous installer à Béziers, car mon père, qui était courtier en vin, savait qu'il pourrait trouver du travail là-bas. J'y ai effectué mes études secondaires avant de partir étudier le droit à Montpellier en 1970.

Sud-Est: Considérez-vous que les rapatriés ont été victimes de discriminations à leur arrivée en France?

Jean-Marc Pujol: Des idées fausses circulaient. Nous étions vus comme étant tous des colons. Alors que sur un million de Pieds-Noirs, il n'y avait que 17 000 colons. Et encore: 12 000 d'entre eux possédaient des exploitations de moins de 10 hectares. En réalité, le revenu moyen des Pieds-Noirs était inférieur de 20 % à celui des Français de la métropole.

Sud-Est: Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance en Algérie ?

Jean-Marc Pujol: Je ne garde que les bons souvenirs. La plage, le jour où j'ai appris à nager, les lundis de Pâques où nous allions manger des oursins et de la mou na sur le bord de mer, les promenades avec mes oncles et mes tantes les soirs d'été ... Il faut dire que je suis parti très jeune. J'ai passé la majeure partie de ma vie ici. Je suis d'ici. A mon avis, ce sont ceux qui avaient entre 18 et 30 ans au moment de l'indépendance qui ont le plus mal vécu l'exil. Eux avaient déjà commencé à faire leur vie là-bas.

Sud-Est: Etes-vous retourné en Algérie depuis 1962 ?

Jean-Marc Pujol: J'y suis retourné pour faire de la plongée sous marine, j'en ai profité pour revoir la maison où j'avais vécu. Ça m'a tout de même faite un pincement au coeur

Sud-Est: Pensez-vous que l'exil que vous avez vécu étant enfant a influé sur la personnalité de l'homme que vous êtes aujourd'hui?


Jean-Marc Pujol: Quand on doit partir de chez soi pour ne plus jamais y revenir en à peine quatre jours, ça vous marque forcément. Dans ma vie personnelle, j'ai par exemple tendance à ne jamais faire de plans à long terme. Je vis au jour le jour.

Sud-Est: Comment se déroulera la commémoration des 50 ans de l'arrivée des Pieds-Noirs à Perpignan?

Jean-Marc Pujol : Nous commémorerons en juin le cinquantenaire du quartier du Moulin à Vent construit en 1962 pour accueillir les rapatriés (voir article). Nous organiserons également la projection d'un film sur les Harkis dans le courant du même mois.
Cependant, pour nous, les axes forts de cette commémoration sont ceux sur lesquels nous travaillons depuis plusieurs années. Comme, par exemple, l'ouverture du centre de documentation des Français d'Algérie inauguré le 22 janvier dernier.
Il s'agit en effet de la seule structure regroupant un aussi grand nombre d'archives et de documents concernant la présence française en Algérie .

Alexandre Bauer Photo : Jean De Gimont

Créé en 1962 à l'initiative du maire de l'époque, Paul Alduy, pour accueillir les rapatriés d'Algérie, le Moulin à Vent est l'une des seules citées de France dont les conditions de vie ne se sont pas détériorées avec le temps. "Les autres villes nouvelles construites à la même époque, comme La Paillade à Montpellier, se sont rapidement dégradées, alors que le Moulin à Vent offre toujours un cadre de vie sain, constate ainsi la maire-adjointe de Perpignan déléguée au territoire sud, Isabelle De Noëll-Marchesan. Je pense que cela est principalement dû au fait qu'ici, les locataires sont rapidement devenus propriétaires de leurs logements. Puis, il y a aussi la conception du quartier, qui a su trouver un équilibre entre habitats et végétaux".

Pour commémorer les cinquante ans du Moulin à Vent, le comité d'animation du quartier a programmé quatre jours de fête consécutifs, les 20, 21, 22 et 23 juin prochains. "Nous avons sollicité l'ensemble des associations et des écoles du quartier, ainsi que l'université toute proche, afin que cette commémoration soit un événement majeur impliquant toutes les tranches d'âge" annonce Isabelle de Noëll-Marchesan. Inauguration de la nouvelle mairie de quartier, apéritifs, sardanes, concerts, repas, théâtre de rue: de nombreuses animations se dérouleront pour l'occasion.

Cependant, à côté de ce volet festif, la réflexion sur les spécificités du quartier fera l'objet de toutes les attentions. D'où l'organisation, le 22 juin, d'une table ronde en partenariat avec l'atelier d'urbanisme. Des architectes de renom, dont notamment Michel Cantal-Dupart, participeront à l'événement. Le concepteur du Moulin à Vent devrait également être de la partie. Au même titre que le président de l'agglomération Perpignan-Méditerranée, Jean-Paul Alduy, ou que le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol.

Une exposition photographique retraçant l'histoire de la ville nouvelle, des conférences en milieu scolaire, ou encore une visite guidée à la découverte du patrimoine, seront égaIement au programme .

Alexandre Bauer Photos: Jean De Gimont

Avec l'aimable autorisation de monsieur GRANAROLO Jean, directeur de la Revue l'Arc Méditerrannéen 21 rue du moulin 66130 Corbère Les Cabannes E-MAIL :jean.revuesudest@orange.fr
Site internet GUELMA FRANCE