1871
PILLAGES ET INCENDIES
A .Villacrose
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        Laissons les indigènes briser, piller, saccager, brûler les fermes et les villages et se livrer à l'orgie de la destruction. Hommes, femmes, enfants, tous concours à la sarabande ; ce qui ne peut être emporté est brisé ; il ne doit rien rester de ce qui appartient aux chrétiens..

Dès 8:00 du matin, le mardi 18 avril 1871, les villages et les fermes de la vallée du Sebaou étaient en feu, le pillage avait été lestement opéré, il était si nombreux.
Pensez donc, 20 000 indigènes pour saccager une centaine de maisons, s'est fixé dans ces messieurs vont vite en besogne. C'est si bon de détruire et c'est surtout si facile ; faire le plus de mal possible à ces Français abhorrés, quelle volupté sans pareille !
Et les scènes de désolation que je vienne imparfaitement retracer, ce fait se passer en même temps à Tizi Ouzou et dans tout le pays, où 43 colons périrent, assassinés par leurs voisins, les kabyles des bénis khalfoun.
Pas une maison ne fut épargnée, tout, absolument tout fut pillé, saccagé, brûlé.

La province de Constantine eut à subir les mêmes horreurs ; des familles entières tombèrent sous le yatagan des arabes, les villages furent détruits, les fermes, les usines, furent incendiées ; le mot d'ordre était bien donné ; chaque indigène avait à cœur de faire disparaître, du sol de l'Algérie, la moindre trace qui put rappeler le souvenir des chrétiens.

Pour nous, les malheureux sinistrés des environs de Dellys, nous étions réfugiés dans l'intérieur de la ville ; chacun s'était casé comme il avait pu, les troupeaux, sauvés de la bagarre, erraient dans les rues et poussés par la faim, commettaient des dégâts dans les jardins des particuliers, dont ils brisaient les clôtures.
Le premier moment de panique passée, on commença à se reconnaître, on compta ceux qui manquaient à l'appel ; hélas ! Il y avait ONZE absents.

Pendant la nuit du lundi au mardi, on avait entendu quelques coups de fusils du côté de la ferme Ruaud et aussi du côté du Bou medas ; c'est deux points avait été attaqués. Ruaud fut assassiné et le sieur Janin, propriétaire Abou Medas, dû échanger avec les assaillants, quelques coups de feu.
Trois de ces serviteurs furent tués, en défendant leurs maîtres, qui ne dut son salut qu'à l'obscurité, qui lui permit de fuir, emportant sa femme évanouie dans ses bras

Les portes de la ville furent fermées, les fortifications de la place consistent, tout bonnement, en un mur d'enceinte crénelé, d'un développement de 1900 m.
En dehors, sur un point culminant, se trouve un fortin ou petits forts, qui domine et protège la ville, contre les ravins couverts de broussailles, qui permettraient à l'ennemi de s'approcher sans être vu.

Les moyens de défense se composaient de quatre pièces de canon, approvisionnées à 25 ou chacune ; quant à la garnison, elle consistait en deux compagnies d'infanterie, une de zouaves éclopés, débris des batailles qui s'étaient livrées sur la Loire, lors de la guerre avec la Prusse et une de Turco, sur lesquels on n'osait est guère compter.
Les pontonniers desservaient les pièces d'artillerie, ils étaient neufs, y compris le sous-officier, commandant du détachement. À ce noyau de troupes régulières, venaient s'ajouter, six gendarmes, une dizaine de douaniers, quelques spahis attachés au bureau arabe, une escouade d'ouvriers d'administration et la milice, composé des habitants du village et des colons réfugiés dans la ville, ce qui formait un effectif de 200 hommes à peu près, sur lesquels, cent en moins était composée de tout jeunes gens et de juifs, citoyens français de par le décret Crémieux, qui n'avaient jamais tenu un fusil.

Quant aux assaillants, ils étaient environ 18 000 ; la 10e partie seulement, était armée et encore les uns avec un fusil de chasse, d'autres une vieille carabine ou bien un pistolet à pierres ou un fusil de munition volée ; les béni slyem et les flisset el bar avait leur long fusil, qui datent du XVIIe siècle. Beaucoup n'avaient que peu ou point de munitions. Tel possédait un fusil, n'avait pas de poudre ; tel autre avait de la poudre mais les balles manquaient ; la masse n'avait pour armes, que leur flissas (couteaux kabyles) et leurs bâtons.
Pendant cinq jours, nous passâmes toutes les nuits aux créneaux ; le métier commençait à devenir fatigant ; heureusement, un bâtiment de l'État nous amena du renfort. 300 mobiles de l'Hérault furent débarquées, plusieurs pièces de marine, des mitrailleuses nous furent prêtées, ainsi qu'une compagnie de marins.
À partir de ce moment, nous étions en mesure de tenir, pendant dix ans, contre 100 000 Arabes ; contre ces messieurs, quoi qu'en disent leurs admirateurs, ne sont rien moins que braves. Ils font beaucoup de bruit, tirent force coups de fusils, caracolent, poussent des hurlements de bêtes fauves, mais de besogne fort peu, à moins d'être à dix contre un.
Toute leur bravoure consiste à martyriser leurs prisonniers et leur couper le cou avec une grande, très grande dextérité. Se battre un contre un et face-à-face, jamais, au grand jamais.

Ils étaient une vingtaine de mille ; toutes les tribus du cercle étaient en partie, réunies autour de la place : le mur qui nous abritait était, à certains endroits, facile à escalader et j'affirme, sans crainte d'être démenti, qu'un millier de ces " zouaves " eurent eu bientôt raison de nous.
Fort heureusement, nos adversaires, nombreux, mais peu guerriers, se contentèrent de parader à distance respectueuse et ne tentèrent aucun mouvement offensif sérieux. Tous les matins régulièrement, une des portes de la ville s'ouvrait pour donner passage aux bestiaux qui, sous la conduite des colons et de quelques hommes échelonnés en tirailleurs, aller pâturer pendant deux heures. On profitait de ses sorties quotidiennes pour réparer les conduites d'approvisionnement du village, que les arabes n'eurent même pas l'intelligence de couper complètement.

Sur deux nuits, nous en passions une dans notre lit et une autre au créneau, métier fort peu dangereux, mais en revanche fort ennuyeux. L'administration militaire faisait à la municipalité l'avance de ration de pain ou de biscuits, riz, sucre et café, que celle-ci distribuait aux colons et aux ouvriers forts en peine de nourrir leur famille par suite d'un chômage forcé. Les bestiaux furent également nourris, grâce aux fourrages de l'État distribué sur bons remboursables.
Le blocus dura 43 jours, au bout desquels, grâce à une colonne de 5000 à 6000 hommes sous les ordres du général allemand, Messieurs les arabes demandèrent " l'amane " le pardon. Pour Autant les indigènes s'étaient montrés arrogants au moment de la levée des boucliers, autant ils se montrèrent piteux, plats et rampants, dès que tout fut terminé. Ce peuple belliqueux et fier n'avait eu de courage que contre des colons sans défense, les hommes isolés, des femmes et des enfants. Assassiner et voler, piller et brûler, tels furent leurs brillants faits d'armes qui signalaient à l'insurrection de 1871.B

Cette prise d'armes n'a pas été un fait de guerre, mais une attaque à main armée sur une vaste échelle, contre les personnes et les propriétés ; les assaillants n'étaient pas, comme dans les premières années de la conquête, des hommes jaloux de défendre leur territoire, leur religion, leurs foyers, leurs coutumes, leur indépendance contre l'envahissement d'un conquérant, mais tout simplement un ramassis de voleurs et assassins, dont le but était le pillage et pas autre chose.
Les combattants étaient tous gens employés chez les Européens, bergers journaliers des colons et non point ce que l'arabe appelle les hommes de poudre, c'est-à-dire des guerriers.
Nous avons été victimes, n'ont pas fait de guerre, non d'une commotion politique, mais de brigandages en grand, et les auteurs de cette prise d'armes méritaient d'être fusillés, depuis le premier jusqu'au dernier, sans pitié ni merci, traités, non en belligérants, mais en assassins et en coupeurs de route.

À quelques points de vue qu'on se place, même au point de vue politique, une seule mesure aurait dû être prise, passer par les armes tous ces bandits, au fur et à mesure qu'ils tombaient entre nos mains.

De deux choses l'une, ou le gouvernement veut conserver l'Algérie et en faire une colonie, une seconde France, où il ne le veut pas.
Dans le premier cas, il ne doit pas attirer des colons pour les faire égorger périodiquement tous les quinze ans ; quels que soient la patience et le courage des immigrants, ils finiront par se lasser de ces boucheries intermittentes.
Si le gouverné remplit exactement ses devoirs à l'égard du gouvernant, il a le droit d'exiger sécurité et protection.
Insurrection de 1871 n'a pour elle aucune excuse, pas même celle du fanatisme.
Ceux qui se sont révoltés, contre notre autorité, sont précisément ceux qui nous connaissaient davantage, ceux qui, journellement, étaient en contact avec nous ; tous, gens le plus souvent l'objet de la bienveillance et de la sollicitude de l'administration du pays.
Encore une fois, nous avons eu affaire, non à des fanatiques, mais à des voleurs et des assassins, je ne saurais trop le répéter, et comme tels ils devraient être traités.
Quelques pauvres diables ont bien été poursuivis, ceux convaincus de crimes de droit commun ont été condamnés, quelques uns à la peine capitale, le plus grand nombre aux travaux forcés à perpétuité ou à temps, ou bien à la réclusion pour un temps plus ou moins long, triste satisfaction donnée aux mânes des malheureuses victimes, puisque la tête, les chefs, les instigateurs de la révolte, les véritables auteurs de tout le mal, ont encore une fois échappé à la punition.
Ce sont eux, qui auraient dû porter leur tête sur l'échafaud, ils ne l'avaient pas volé. Aussi qu'arrive-t-il ? Les indigènes relèvent la tête plus que jamais, ils sont tous disposés à profiter de la première occasion pour recommencer. Ce n'est, je le prédis, qu'une affaire de temps. Ils ne se font pas faute de le dire et je n'ai pas grand mérite à annoncer une nouvelle insurrection, comme devant se produire à la prochaine occasion, car je l'ai entendu répéter cent fois par les indigènes eux mêmes

Un caïd me disait, il n'y a pas longtemps : vous autres français, vous ne savez ni récompenser ni punir, et il avait raison.
Ce que je disais au début, je le répète ici : l'assimilation est une utopie irréalisable.
Nous sommes trop humains pour procéder à la manière des Anglais, par extermination, notre intérêt du reste s'y oppose ; pendant longtemps encore les colons auront besoin des indigènes.

A .Villacrose : Vingt ans en Algérie. Paris 1875.

Je vous prie d'excuser les coquilles, ou fautes non corrigées survenues dans nos textes. Par manque de temps, j'applique le "copier-coller" sans corrections préalables par esprit des écrits édités. Je vous remercie pour votre compréhension,
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