" Algérie 1962 : de quoi les Pieds-noirs ont-ils eu peur ? "


Curieux théme et curieux débats, on croit réver ! mon père m'aurait dit avec bon sens :
Si tu dis cela à un cheval de bois tu risques un coup de pieds!.
Voyons soyons sérieux et un peu de dignité.
Nul n'ignore que pour le F.L.N c'était l'éradicadion de tout non arabo-musulmans en Algérie et donc :

la VALISE OU LE CERCUEIL:

Pour preuves, laissons parler les responsables F L N :

" En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d'Européens, nous avions prévenu le danger d'une Algérie bicéphale " - (" La fin de la guerre d'Algérie ", Casbah Ed. 1998 - Ben Khedda, qui fut président du GPRA)

" Ces textes sont purement tactiques. Il n'est pas question qu'après l'indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d'un gouvernement algérien. " (Ben Tobbal, grand dirigeant de la Révolution algérienne, s'adressant en 1961 à des militants du FLN au Maroc, mécontents des Appels du FLN et du GPRA, invitant les Juifs et les Européens à se considérer Algériens et à rester dans leur patrie. - Archives du FLN par M. Harbi)

" Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé.(*) " (R.M - " Accords d'Evian " - Le Seuil, 1990) :

Jean-Pierre LLEDO
A propos du Débat (difficile)
du lundi 26 mai 2008 à 19h

Organisé à la Mairie de Paris par la Ligue des droits de l'Homme, la Section de Paris des Amis du Monde diplomatique et présidé par Georges Morin, pdt de l'Association Coup de soleil

A l'occasion de la parution dans Le Monde diplomatique de mai 2008 du reportage de Pierre Daum et de Aurel :
Sans valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie "
et après la sortie du film de Jean-Pierre Lledo,
" Algérie, histoires à ne pas dire "

avec
Pierre Daum, Mohammed Harbi, Jean-Pierre Lledo, Gilles Manceron et Benjamin Stora,
&&&&

Malgré l'importance de la question, le débat n'a pu, comme je le craignais, avoir vraiment lieu.

Les historiens invités partageaient une même vision de cette partie de l'histoire franco-algérienne. Or pour qu'il y ait débat, il faut des avis divergents, voire opposés.

Les Pieds-Noirs présents dans la salle, lorsqu'ils prirent la parole, furent souvent interrompus - bien qu'ils fussent le sujet même de la rencontre ! - par le président " modérateur ", lequel ne fut par contre aucunement perturbé par des logorrhées démagogiques pourtant hors sujet.

Partialité à la tribune, partialité dans la salle, les conditions étaient créées pour que la sérénité soit exclue du débat. Au lieu d'écouter respectueusement les témoins, et d'essayer de réfléchir ensemble, on eut donc droit à des affirmations, des parti-pris idéologiques et des envolées coulées dans des effets oratoires régulièrement salués. Mais en confondant histoire et idéologie, les invitants n'avaient-ils pas ouvert la voie à ces dérapages ?

Ayant dans un premier temps refusé d'y participer, j'étais revenu sur ma décision contre l'assurance de bénéficier d'un temps suffisant pour exprimer de la tribune ma différence. Ce contrat n'a pas été respecté.

Je tiens aussi à m'élever contre la préparation non-démocratique de cette rencontre, à laquelle je n'ai pas été associé, et dont je n'ai connu le déroulement prévu que le jour même, dans un mail de Coup de Soleil qui insistait par ailleurs lourdement sur le fait que des " menaces " pèseraient sur la rencontre. Mail largement diffusé aux adhérents, comme un appel aux troupes pour défendre la citadelle qui allait être prise d'assaut, ce qui n'a pas peu contribué à alourdir l'atmosphère avant même le début d'une rencontre " publique " mais où pour y participer, il fallait préciser par mail si l'on appartenait " à une Association ".

Il reste, il est vrai, que la question-taboue dans les milieux algérien et de la gauche française " De quoi les Pieds Noirs ont-ils eu peur en 1962 ? " est ainsi pour la première fois un sujet mis (difficilement) en débat en leur sein (à Paris).

Et peut-être est-cela le plus important, comme me le font remarquer beaucoup d'autres participants ?

Ci-après un compte rendu non-exhaustif, sélectif, subjectif, à chaud.
L'in-extenso, objectif, du débat filmé sera visible sur le site du Manifeste des Libertés.
J'y ajouterai en italique les commentaires que j'aurais bien aimé faire.

TRIBUNE
Georges Morin
Il présente la soirée, les intervenants, les règles du débat, et invite au respect.
Il donnera la parole en priorité aux auteurs de l'article et du film, qui ont fait " des enquêtes ".

Donner le même statut à un article de 2 pages, fondé sur moins d'une dizaine de témoignages, réalisés en quelques semaines et à un film qui nécessita un an de préparation et 10 mois de tournage, me semble osé.

Pierre Daum Il nous explique qu'après avoir accompagné un groupe de Pieds-Noirs revenant en Algérie, il eut une illumination : tous les P-N n'étaient pas partis, en 1962 ; il en était resté 200 000, et par conséquent " ceux qui étaient partis avaient dû avoir quelque chose à se reprocher ". Son papier serait aussi le fruit " de longues recherches ", pendant lesquelles il prit aussi connaissance d'un film, dont il ne sut nous donner ni le titre ni le nom du réalisateur.

Jean-Pierre Lledo

J'ai l'intention de commencer par dire ce que je pense de l'article de P.D., mais Georges Morin m'en empêche : je dois dans un premier temps ne parler que de mon film. Ce que je fais, tout en signalant - Morin n'ayant pas cru nécessaire de le faire - qu'il était toujours interdit de projection en Algérie. Et que suite à cela, les autorités algériennes, malgré leur pression, n'ayant pu susciter dans la presse que très peu " d'attaques ", allaient chercher des appuis notamment de Français : l'historien J-L Planche, très proche de l'histoire officielle en ce qui concerne les événements de 45, venait en effet de me dire juste avant la rencontre qu'il avait envoyé à Alger un avis " très méchant " sur le film à " un ami membre du FLN ", et que ce dernier sans lui demander son avis l'avait fait publier dans un hebdo arabophone !

J'informai aussi le public, que P.D, m'avait contacté en Novembre, que je lui avais remis de nombreux contacts de P-N " restés ", et même, après son insistance, un DVD du film bien avant sa sortie. Je dis aussi mon étonnement qu'il n'en ait fait aucunement mention, alors que mon film pourrait se résumer précisément par le thème du débat : " de quoi avaient eu peur les P-N ? ", (sauf que ce sont des Algériens d'origine berbéro-arabo-musulmans qui répondent), et que mon film fut une seconde fois interdit de projection alors qu'il se trouvait en Algérie.

J'expliquai aussi mes 2 réserves quant à cette rencontre :
- La LDH Toulon venait de censurer ma réponse à une attaque de Brahim Senouci (soulignant qu'en Algérie mes droits de réponse ont toujours été jusque-là publiés.)
- des historiens ayant travaillé sur l'exode et ses raisons en avaient été exclus.

Je signalai enfin que le film cité par P.D, d'Asselmeyer, un réalisateur français, s'intitulait " Ils ont choisi l'Algérie " et donnait la parole à des P-N qui s'étaient engagés dans la lutte pour l'indépendance. J'informai aussi que ce film produit par le Ministère de la Culture fut présenté le jour de la Première, dans une version doublée en langue arabe, tous les personnages ayant parlé en français, sans que le réalisateur en soit averti. Et qu'à la sortie, le réalisateur fut accosté par une personnalité :

- Votre film est excellent. J'espère que dans le suivant, vous parlerez des Algériens.

Sans commentaires !

Historiens

Gilles Manceron.
Il prend la défense de LDH Toulon.
Il aurait bien invité JJ Jordi si je le lui avais demandé.
Il trouve " intéressant " l'article de P.D. Mais ajoute que dans les années 70, il y eut des départs de P.N suite " à des déceptions ". Quant à mon film : " il s'en prend avec talent à des tabous de l'histoire officielle ", mais :
- On ne peut en conclure comme Lledo à une volonté d'épuration ethnique de la part du FLN pour expliquer le départ des P-N. Ce courant était minoritaire, comme l'a dit Harbi - L'OAS a joué aussi un rôle
- On ne peut faire l'histoire de l'Algérie avec ce film. La Calère d'Oran n'est pas représentative de toute l'Algérie

- L'art ne fonctionne pas avec du globalisant, mais avec de la métonymie. Je n'ai jamais eu l'intention de faire de " l'histoire ". Mon film est sur la Mémoire, un domaine bien spécifique de l'histoire, de plus par le biais d'une structure narrative proche de la démarche romanesque. Rien à voir avec la méthode compilatrice utilisée par Stora, par ex. dans " Années Algériennes ".

- Les personnages nous font pénétrer dans la grande histoire par le biais de faits de guerre qui mettent en œuvre, 4 fois de suite, autour de dâtes marquantes de la guerre, une logique ethnique. On y tue du " gaouri " ou du " Ihoudi ". Ce n'est pas moi qui l'affirme. Mais des Algériens d'origine berbéro-arabo-musulmane ! Pas une, pas deux, pas trois, mais une bonne douzaine de personnes ! " Les partisans du nettoyage ethnique étaient minoritaires, comme l'a affirmé Harbi ? Je veux bien. Mais qu'on me laisse constater que c'est ce courant qui s'est imposé, tout au long de la guerre puis après l'indépendance.

- Qui nierait que l'OAS a joué aussi un rôle dans l'exode ?! Encore qu'il faudrait ajouter que l'OAS, a aussi tenté dans un premier temps d'empêcher l'exode des Européens paniqués, allant même jusqu'à tuer pour en freiner le flux. En vain. Constatons juste que le terrorisme du FLN à balles, à bombes et à kidnapping contre des civils, a commencé avant son existence et après sa disparition.

- Manceron n'a qu'à faire son enquête et il verra comment dans tous les endroits où ont habité de simples P-N, les souvenirs sont positifs. En présentant mon film dans différents pays du monde, j'ai rencontré des Algériens et tous m'ont cité de tels souvenirs, même dans le Sud des Aurès. Faut pas confondre le vécu des gens, avec l'analyse du système.

Georges Morin, président de séance.

Il ironise : " Y a tellement d'Arabes qui sont partis après 62, on n'allait pas demander aux Pieds-Noirs d'être plus patriotes ! "

Benjamin Stora

A chaque fois que quelqu'un fait quelque chose sur l'Algérie, il a l'impression de casser des tabous. Alors que des tonnes de choses ont été écrites. Et notamment sur la violence. Il se met alors à énumérer longuement toute une historiographie, (dans laquelle il figure en bonne place), qui m'oblige à demander à Morin puis directement, si ce n'est pas hors sujet

film J-P.L :
- il est tombé dans le défaut majeur des novices : l'anachronisme, lequel en expliquant le passé par le présent, nous ramènerait à faire une anthropologie de la sauvagerie…
- Et Stora de nous faire la leçon : en histoire, il n'y a pas que des continuités, mais aussi des ruptures…. Il aurait donc pu y avoir d'autres histoires possibles… Car si ca se répète, c'est qu'il n'y a pas d'histoire… mais un intemporalité archaïque.
article P.D :
Stora n'en dit rien de précis (parce qu'il y est cité comme " meilleur historien " ?).
Par contre, il poursuit sans doute à propos de mon film :

- il faut mettre fin aux guerres de mémoires, arrêter de jeter de l'huile sur le feu et arriver à des compromis mémoriels. Il appelle les historiens pro " Algérie française " à nous expliquer le sens de ce combat.

Si tout a été dit sur l'Algérie, notamment par Stora lui-même, si rien de nouveau ne peut donc être dit, là où il est passé, si donc mon film ne fait qu'enfoncer des portes que lui a déjà ouvertes depuis longtemps, alors Stora peut-il nous expliquer pourquoi ses livres se vendent à Alger, tandis que mon film, lui, est interdit ?
Ne devrait-il pas réfléchir aux propos de son aîné Marrou qu'un autre de ses aînés Vidal Naquet aimait répéter : on ne peut plus parler de la résistance aujourd'hui (années 50) comme on en a parlé juste après ?

L'histoire se renouvelle-t-elle uniquement avec la découverte de nouvelles archives ? Ou aussi grâce à de nouveaux questionnements qui sont presque toujours liés à l'actualité ? Notre historien ne devrait il pas savoir que le temps humain est un temps télescopé, et qu'il ne vit le passé qu'au travers de son présent, lequel ne fait jamais que raviver les traumas refoulés ?

Et si les causes de l'armée française et de l'ALN sont certes opposées, que faire si la torture de Massu ressemble à s'y tromper à celle d'Amirouche ? Et si les causes de l'ALN et du GIA ne sont pas identiques, quelle différence y-a-t-il pour le catholique et le juif d'hier ou le musulman d'aujourd'hui, tous trois pareillement étêtés ? La bombe qui arrache le bras d'une petite algéroise arabe en 1995, serait-elle différente d'une bombe qui arrache le bras d'une petite algéroise pied-noire en 1956 ? Et si les causes des gouvernements français et algérien sont certainement inassimilables, que faire si les mêmes lieux de torture resserviront après l'indépendance, un tortionnaire de la Sécurité militaire bien connu en Algérie, dit le Rouget, allant même jusqu'à dire : " Si Alleg nous tombait entre les mains, nous, on saurait le faire parler ! " ?

Un historien doit-il tenir compte des faits gênants, et inventer de nouvelles catégories pour les comprendre, ou les faits doivent-ils être aseptisés afin d'entrer dans ses anciennes catégories ?

Oui, bien sûr, toutes les histoires sont possibles, et personne n'en connait à l'avance la fin, sauf qu'il y en a une qui s'impose ! Et que c'est celle-là qu'il faut prendre en compte.
Il n'y a de guerres de mémoire qu'entre les partis, officiels, états. J'ai constaté au contraire que sur des événements tragiques où le sang a coulé, il y avait au contraire concordance de mémoires entre les simples gens qu'ils soient P-N ou berbéro-arabo-musulmans!
Est-ce le boulot des historiens " d'éteindre le feu "… et celui des pompiers de chercher la vérité ? Pour éteindre le feu, en tous cas moi je préfèrerai un vrai pompier. Et pour la vérité historique, un historien digne de ce nom.
Stora se défend de faire de l'histoire idéologique, ce serait l'insulter. Mais ne se contredit-il pas alors en demandant à un historien pro-OAS de faire l'histoire de cet engagement ?!!!

Mohamed Harbi

Il n'intervient ni sur l'article de P.D, ni sur le thème de la soirée, ni directement sur le film auquel il réaffirme son soutien (il s'en était longuement expliqué dans le débat filmé du 14 Mars, cf site du film : http://algeriehistoiresanepasdire.com)
Par contre, avant de se déclarer en accord avec Stora sur les travers du finalisme en histoire, et le danger pour les cinéastes de ne pas tenir compte de cela, il développe une série de considérations qui visent à expliquer la violence de l'ALN :
- c'est le colonialisme qui a empêché un développement pacifique de la lutte
- les initiateurs de la lutte armée avaient peur de l'échec
- la répression a laminé les élites politiques, ouvrières et estudiantines.
- Le FLN était plus une conjonction de forces diverses, qu'un ensemble cohérent
- Le courant d'épuration ethnique a été minoritaire

Le colonialisme aurait empêché un développement pacifique de la lutte anticoloniale ? Je crois que c'est exactement l'inverse.

C'est le colonialisme qui produit un mouvement et une pensée que l'on appelle le nationalisme. Je ne sais si une étude quantitative du mouvement national a été faite mais sans risque de me tromper, je peux affirmer que durant les 50 premières années, ce mouvement n'a fait que croître (nombre de partis, militants, journaux, reunions, meetings, actions, syndicalisations, etc… ). Ce qui a arrêté cette croissance, c'est précisément la guerre ! Et la conséquence : la fin du pluralisme. Et le putsch contre toutes les autres forces politiques, acte fondateur du FLN, deviendra vite la " tradition " des nouvelles élites.

Le colonialisme aurait généré la lutte armée, nécessairement ?

Comment expliquer alors que d'autres formes de résistance ont aussi été générées ? Ne faudrait-il pas dire que cette résistance au système colonial a généré diverses pensées politiques, dont une a été le nationalisme plus ou moins " radical " ?

La lutte armée n'a-t-elle pas aussi été une manière de dépasser la crise politique du MTLD, comme nous l'ont expliqué ses initiateurs ?Mais depuis quand les armes ont-elles permis de mieux penser et de trouver de nouveaux concepts politiques aptes à faire sortir d'une crise politique ? Les initiateurs de cette fuite en avant n'en ont-ils pas été les premières victimes (ce que l'on appelle chez nous, la victoire du militaire sur le politique).

Peut-on expliquer le recours à la violence ethnique par le fait de la montée des élites rurales prenant la place des élites citadines plus politisées ? La violence ethnique est-elle une explosion de violence spontanée populaire ou l'expression d'une pensée ethnique, laquelle est élaborée par des intellectuels ? Reda Malek, Ben Khedda, Ben Tobbal étaient-ils des ruraux illettrés ? N'ont-ils pas dit dans l'ordre :

" L'Algérie n'est pas un manteau d'arlequin " (R. Malek ds une réunion d'étudiants avant la guerre)…
" Heureusement, le caractère sacré arabo-musulman de la nation algérienne était sauvegardé. " (R.M - " Accords d'Evian " - Le Seuil, 1990) :

" En refusant notamment la nationalité algérienne automatique pour un million d'Européens, nous avions prévenu le danger d'une Algérie bicéphale " - (" La fin de la guerre d'Algérie ", Casbah Ed. 1998 - Ben Khedda, qui fut président du GPRA)

" Ces textes sont purement tactiques. Il n'est pas question qu'après l'indépendance, des Juifs ou des Européens soient membres d'un gouvernement algérien. " (Ben Tobbal, grand dirigeant de la Révolution algérienne, s'adressant en 1961 à des militants du FLN au Maroc, mécontents des Appels du FLN et du GPRA, invitant les Juifs et les Européens à se considérer Algériens et à rester dans leur patrie.
- Archives du FLN par M. Harbi)

Cette constance à refuser d'entrevoir théoriquement et pratiquement la possibilité d'une Algérie multiethnique, est-ce en raison de la montée en puissance des ruraux, ou le péché congénital de toute pensée nationaliste qui se fonde sur des critères ethniques, lesquels ne peuvent mener qu'à une seule stratégie et tactique, celle de l'épuration ? Dans le cas algérien, l'Algérie qui avait été " arabo-musulmane " avant la colonisation devait le redevenir après. La nouvelle géographie humaine ? Une population " coloniale " à éradiquer !

DEBAT avec PUBLIC.

En prenant dès le début le parti d'interrompre brutalement notamment 3 intervenants, très divers, Morin, ne contribue pas à ce qu'un débat serein s'instaure :

Maurice Faivre, ex-général qui pourtant n'avait tenté que d'énoncer quelques chiffres, contredisant notamment celui de 200 000 présents en 62. Selon le Comité des Affaires algériennes, il restait en Algérie en Septembre 62, 100 000 personnes dont 50% n'étaient pas P-N. Ceux qui arrivent à obtenir la feuille de données dont la diffusion est aussi interrompue pourront connaitre son point de vue.

Dominique Cabrera, cinéaste P-N dont les parents ont quitté l'Algérie en 62, la première à avoir réalisé un film sur les P-N restés (" Rester là-bas "). Elle signale elle aussi que P.D a pris contact avec elle. Il se gardera d'évoquer ce film. Forcément puisqu'il censure notamment le récit d'un de leurs témoins communs.

Fanny Colonna, prof de sociologie, algérienne, engagée dans la lutte pour l'indépendance, et ayant vécu en Algérie jusqu'en 93, raconte les premiers temps de l'indépendance dans son quartier : « des moudjahidine en armes tentent de pénétrer dans l'appartement des voisins du dessus. Etant très visiblement enceinte, j'arrive à les convaincre de n'en rien faire. En ce qui concerne l'étage du dessous - le nôtre - nous avons été cambriolés sans arrêt et x fois, durant tout l'été, les enfants et moi étant dans l'appartement : ils venaient de jour et entraient par la porte, je les croisais dans le couloir…. »

L'Algérie comme maison de retraite, était-ce l'horizon pour les P-N ?! ".

D'autres P-N arriveront quand même à faire entendre leurs voix, Mr Shapira, Mr Spina, Mme Ferrandis, Mr Achache, et à énumérer les raisons du départ de leurs familles : nombreuses, diverses, mais toutes résumées par la Peur.

Une peur objectivement fondée : le beau-père de Mr Bonnier, viticulteur de Bel Abbes, estimé par ses ouvriers, et voisins est égorgé chez lui, fin Juin 62, par, dit-on, des gens d'ailleurs… et non par racisme congénital comme le disait avec le concours de la " chercheuse " Branco, l'article de P.Daum.
Peurs auxquels il faut ajouter diverses tracasseries et autres harcèlements administratifs visant à décourager de rester.

Il faudra que plusieurs personnes lui demandent pourquoi ses parents sont partis, pour qu'agacé Stora, juif constantinois, veuille bien daigner répondre :
- J'étais petit et j'ai suivi mes parents. Mes parents sont partis parce qu'ils aimaient la France et comme la France est partie, ils sont partis avec elle ! tente-t-il d'ironiser.
Mr Spina, constantinois aussi, plus âgé, lui rappelle alors que sa famille est partie après l'assassinat de Cheïkh Raymond, ce qui a le don de le faire sortir de ses gonds.

" D'où tu connais mon histoire ?! " s'écrit hargneusement en quittant la salle, l'historien qui quelques instants plus tôt appelait à la pacification des mémoires.

Et si, puisque de ce pas il nous quitta, on allait voir dans un de ses derniers livres " Les trois exils " ?

" L'heure terrible du choix arriva dans l'année 61. L'assassinat de Cheïkh Raymond fut ressenti très douloureusement par toute la communauté juive d'Algérie. En 61, les violentes manifestations du FLN dans les villes à forte majorité juive soulevèrent un vent de panique. En quelques semaines, les communautés juives et chrétiennes se vidèrent comme par enchantement. " (page 135. Les Trois Exils).

Cet " enchantement " est ainsi vécu par sa propre mère : " Raymond a été assassiné en 1961. On l'a tué dans un marché, à Constantine. Tout le monde a été horrifié. ". (page 159, idem).

Les parents de Stora sont-ils donc partis parce qu'ils " aimaient la France " ou bien à cause de ces mots, qui n'étaient pas que des mots " Horrifié… panique… heure terrible du choix… se vidèrent… " ? Et ceci avant même que ne se manifeste l'OAS.

Et c'est d'ailleurs, avec son autorisation, que nous irons chercher dans un autre passage de ce même livre (page 139) la réponse à Maître Gonon qui à 2 reprises posa avec véhémence la rhétorique question : " Et l'OAS n'a-t-elle pas été la responsable du départ ?! ".

" Dans les premiers mois de l'année 56, les agressions se multiplient, le samedi de préférence : contre le rabbin de Batna, en mai 56 ; contre les cafés juifs de Constantine, et en Juin 56, contre la synagogue d'Orléansville qui est incendiée. En Novembre de la même année, une bombe placée dans la maison d'Isaac Aziza, rabbin de Nédroma, le tue ainsi que plusieurs membres de sa famille. ".

Liste concernant uniquement nos " frères juifs indigènes ", non exhaustive, et seulement pour les premiers mois de l'année 56, soit 5 années avant la création de l'OAS.

Boualem Makouf, ex-responsable de la JFLN après l'indépendance, et opposant au coup d'Etat de Boumediene, apparemment ulcéré par l'intervention de Fanny Colonna disant comment enceinte elle dut affronter des hommes en armes qui cambriolaient son appart devant elle et ses enfants, se lance avec beaucoup de pathétique dans une longue description des tortures que d'autres patriotes algériens que lui subirent dans des bagnes.

Agacé dans un premier temps que le président de séance ne lui fasse pas remarquer qu'il était hors sujet, il m'a bien fallu me rendre à l'évidence. Il y avait bien pour l'orateur, un lien de cause à effet entre les exactions commis par l'armée française, et celles de l'ALN contre les Pieds Noirs.

Makouf, comme pour beaucoup d'autres, doit ignorer la remarque de bon sens de Camus : " Une grande, une éclatante réparation doit être faite, selon moi, au peuple arabe. Mais par la France tout entière et non avec le sang des Français d'Algérie " (" La bonne conscience ", l'Express, 21 Oct 55).

Comme il semble aussi ignorer, malgré " La Question " d'Alleg, que le pathos ne fait que diminuer l'horreur de la torture. Même quand il s'agit de décrire celle des autres.

Le coup de grâce à la thèse de Pierre Daum (qui n'en pouvait, mais… ) selon laquelle n'étaient restés que ceux qui n'avaient rien à se reprocher, viendra, (involontairement ?), de Mohamed Harbi, lorsque répondant finalement à la question du débat, il souligne en conclusion que " l'ex-Maire de Skikda qui se rendit coupable de crimes de sang en Août 1955 " reviendra tranquillement s'installer à Skikda pour ….. faire des affaires….. avec d'anciens moudjahidine…………..

Comment ne pas terminer enfin avec le vibrant et pathétique appel qu'une militante de la cause féminine, Sanhadja Akrouf, crut devoir lancer " à ses frères pieds-noirs".

Me tournant le dos sans doute pour que je ne me sente pas gêné, elle appela donc " ses frères pieds-noirs qui, hier encore de notre côté… ", mais si profondément traumatisés par la violence de l'islamisme qui s'était abattu sur notre pays, poussés eux-mêmes à l'exil, ne feraient plus la différence entre la violence (sacrée) hier de l'ALN et celle (honnie) aujourd'hui du GIA, et en conséquence de quoi étant donc aujourd'hui " … passés à l'ennemi "… elle les appelait du fond du cœur à se ressaisir, et leur tendait même la main pour les sortir de cette mauvaise passe.
Heureux malgré tout que nos combats passés pour les droits de l'homme aient laissé quelques traces de charité, et tout en te remerciant pour ta grandeur d'âme, permets moi Sanhadja de te confier deux ou trois choses.
L'ennemi pour moi, c'est ce territoire où la pensée n'a jamais besoin d'autorisation.

Après tant d'années passées loin des poseurs de bombes, et autres amis gardiens de temple, ose donc aussi passer à l'ennemi, et va là où se poser quelques questions dérangeantes, vaut toujours mieux que rester prisonnier de ses vieilles certitudes, surtout quand on est déjà une très, très, très grande fille…

Vouloir sauver les autres, n'implique-t-il pas d'abord de se sauver soi-même ?
PS.
Jacky Malléa, est venu de Perpignan pour annoncer la création d'une Association des pieds noirs progressistes et de leurs amis (PNPA). Il précise qu'elle sera " solidaire du peuple algérien ".

Moi, je croyais qu'un " Pied-noir progressiste " c'était quelqu'un qui se considérait " algérien " et qu'à ce titre, un de ses premiers devoirs serait de réclamer son droit à la Nationalité dont il a été exclu depuis l'adoption en 1963 du Code de la Nationalité, qu'en France, l'on qualifierait " d'extrême-droite ", puisqu'il y était stipulé que pour être automatiquement algérien, il fallait avoir des ascendants… " musulmans " !
Mais pas un mot du problème dans la déclaration d'intention.
Malléa a dit que cette Assoc serait " solidaire du peuple algérien ".
De quel peuple s'agit-il ? Celui de Tahar Djaout assassiné par le GIA ? Ou celui d'Ali Benhadj qui l'ordonna ?

Celui qui sauva des Européens le 20 Août 55 et le 5 Juillet 62 à Oran ou celui qui les arrosa d'essence, comme il le fit aussi des harkis et leurs familles ?

Un de ceux qui appelle à la constitution de cette Association, est Jean Philippe Ould Aoudia, le fils d'un des enseignants assassinés à Alger, aux côtés notamment de Max Marchand et de Mouloud Feraoun, par le Chef des commandos Deltas de l'OAS, 3 jours avant les Accords d'Evian.

Cette abomination à l'endroit du père autoriserait-t-elle le fils à devenir censeur, et même à se déclarer fier de l'être, lorsqu'à la sortie, je protestai vivement que le site LDH Toulon dont il est un des animateurs, ait censuré ma réponse à Brahim Senouci ?

Paris 28 Mai 2008 Jean-Pierre Lledo

(*) : J'ai envoyé une copie à un ami Berbère et sa réponse fut rapide : A croire que les arabes étaient là avant nous et que nous sommes des Algériens de deuxième zone! mais attention un jour cela pourra changer!!!!