Courriel reçu.....?

Parlez-moi de Guelma.....
...la ville de mon berceau, douillet berceau dans un nid de duvet, de laine et d'inassouvie tendresse................
Parlez-moi de Guelma, la ville de mon enfance insouciante et heureuse que le moindre petit pain rassasie sa petite panse..............
Parlez-moi de Guelma, de mes copains d'antan, de nos jeux espiègles, de nos fanfaronnades extravagantes, des candides bêtises, des rires qui résonnent dans ma tête aujourd'hui pleinement creuse....................
Parlez-moi de Guelma, de ses rues larges et ensoleillées où nous trottions tels de petits poulains libres et fiers sans brides et sans peur..............
Parlez-moi du Majestueux Théâtre Romain, ouvrage d'art et de splendeur, digne gardien de notre ancestrale Histoire que de fois bafouée ; de ma Cité Indigène, " Boumarché Arabe" où les petits enfants ne sont pas ceux des voisins mais des frères de notre même famille réunie.................
Parlez-moi du faubourg de la Gare, isolé mais présent, où mes petits copains courageux et rageurs tenaient bien souvent la dragée haute à bien de " crâneurs envahisseurs " venus d'outre-quartier, faire outrage à nos jardins et nos mandariniers............
Parlez-moi de ma calme Cité Bon Accueil, de sa paisible verdure, de son air parfumé de lilas et de lauriers. Cité du bon goût, et de la douceur d'y vivre..................
Parlez-moi de Bab-Essouk , esplanade garnie de grands tas de délicieux melons mûris au soleil de mon pays, de pastèques au cœur énorme et sucré , des alléchantes odeurs de grillades, de merguez appétissants qui titillent les narines, de cette soif étanchée à la source de gourdes dodues pleines de petit-lait frais garni de beurre doré à la saveur exquise. Ici, il n'y a ni riches ni pauvres et même plus …les plus pauvres réconfortent les plus démunis. Si l'argent est rare, la pauvreté n'est pas un vice, on s'entraide et on pardonne ; le déjeuner ou le diner …Dieu y pourvoira................
Parlez-moi de la rue du Fondouk, des planchettes à roulements, de vélos sans frein, ni chaîne et de l'inévitable chute, de nos pieds nus qui claquent le sol lors de nos folles courses nocturnes des joyeuses nuits du ramadan. " Sauve mon camarade ! ". Inoubliable farandole de notre jeunesse à jamais perdue!
Parlez-moi , je vous écoute toujours de la boutique de Ammi Benhamla , de ses bonbons, de ses réglisses ,1/4 de litre d'huile d'olive, ¼ de litre de " guez " (pétrole lampant).................
Parlez-moi de la rue Mogador, de ses garnements gouailleurs, à temps perdu dangereux farceurs mais de renommée, excellents footballeurs baroudeurs.
Rappelez-moi ces maisons, Dar Medjeldi de la rue St-Louis, Dar Abdelkader de la Rue du Fondouk, diar Bouji (Poggi) de la rue Mogador, Dar kabertini de la rue Scipion, dar Lalmani de bab-skikda ; des maisons qui avaient réuni des centaines de voisins unis comme les doigts de la main ; des maisons où l'on ne sentait jamais la faim grâce à ces petites assiettes baladeuses qui tissaient entre nous ce fil invisible de l'amitié , de la solidarité dans le même destin.
Rappelez-moi aussi, combien de nos camarades plus grands qui égayaient nos rues de leurs illimitées parties de foot et qui les ont précipitamment désertées pour répondre présents sur les champs d'honneur pour libérer notre Algérie combien de siècles asservies depuis les Vandales jusqu'à Nov.sacré..............
Parlez-moi de la rue St-Louis, de rue des Pyramides, de la rue Caton, de la rue Bélisaire , de la rue Duquesne, de la rue Scipion, de la rue Négrier , aujourd'hui oubliées , dont chaque boutique , chaque endroit , chaque coin nous rappellent ces bons vieux guelmois et leur fantomatique silhouette , leur bonhomie légendaire et leurs bons mots justes et pleins de justesse qui codifient à jamais les péripéties de la vie.
Racontez-nous avec tout votre charme, le centre ville, cette place St-Augustin des jours de fêtes, de ses calèches colorées, de ses taxis biens astiqués , de son kiosque à musique qui égayait les dimanches de paroissiens joliment encostumés, de ce square , plein de verdure, tant convoité ,gardé comme un bijou par cette cane incorruptible du vieux Boughaba dont la vigilance défie les âges. Quels bons souvenirs de ces fêtes foraines, de leurs attirantes lumières, de leur manège, de leurs chevaux de bois, de leurs voitures électriques, des chants de Farid el Atrache et de Abdelwaheb qui nous ensorcelaient après avoir perdu quelques sous à vouloir gagner un mirifique cadeau qui aiguisait notre inassouvie envie.
Rappelez-moi en cette fin d'année scolaire, notre école, école d'Alembert où quelques jours avant les grandes vacances, notre maitre fermait l'œil sur nos absences répétées car tout le monde en réalité s'attelait à la réussite de cette Tombola tant attendue. Ce jour-la on gagnait de petits cadeaux en achetant avec tellement de joie ces petites enveloppes-surprises. Et la fête battait son plein…..............
Parlez-moi des bons et anciens cafés maures d'antan ; kahwat Toba, kahwat Hannachi, kahwat Saïd, kahwat Regui, Kahwat El Eulmi, Kahwat Sciaffa, kahwat el Askri où les jeunes zazous manipulent discrètement la politique entre une 'Ronda , une belotte ou des parties de dominos interminables ,arrosées de thé à la menthe derrière le brouhaha roulant et incessant des campagnards qui marchandent à tue-tête les objets de leur commerce sous un brouillard de Job, de Bastos 25 ou de Camélia-sport.......... .
Parlez-moi aussi de Hammam Si Ali, de Hammam Benzerguine, de Hammam Toba où les femmes sous leurs mlayas noires traditionnelles viennent faire peau neuve sans oublier la ribambelle de bambins qui les accompagne, sans parler de la gestionnaire du bain maure qui s'arrache les cheveux quant au gaspillage inconsidéré de l'eau chaude. ................
Parlez-moi de notre mosquée, djamaa el kébir, et du ramadan tant attendu par les bambins.
Racontez-moi ce muezzin, hardi alpiniste grimpant le ventre creux au sommet de l'unique minaret pour annoncer la rupture du jeûne quotidien ventilant gaillardement un emblème vert tandis qu'au loin tonne le brave petit canon d'un boum qui précipite les jeûneurs impatients dans la chaude chorba " fric " préparée par les mains délicates et expertes de notre bonne fée du logis.
Rappelez-moi les longues veillées agrémentées de zalabias dorées, de makroud au miel doux ,de halwa lokom , de halwa turc et d'aromatiques tasses de café pur .Après le repas ,viennent les pieuses prières des Tarawih pour les Hommes, les échanges de visites familiales pour les femmes, les soirées religieuses des Aîssawyas pour les uns , les jeux et les réunions jusqu'à l'aube pour les autres..................
Parlez-moi des fêtes du Mouloud Ennabaoui echarif, de l'Aîd esseghir, de l'Aîd El Kébir, de bougies, des pétards, des fusées, des boites à " carbure ", des habits neufs ,des souliers luisants et chantants et leurs blanches socquettes , des sous pleins les poches, des chants de filles et leurs bendirs magiques , des calèches garnies de jolies fillettes chantant à tue-tête des mélodies à la mode, " Aw Melih Aw melih " (Il est bon , Il est bon) criaient-elles à l'adresse du cocher qui flatté , sourit béatement de sa bouche édentée................
Arrêtez…Arrêtez .S.V.P, Que de souvenirs se bousculent dans ma mémoire et la vôtre toujours fécondes, qui nous cachent ces virtuels joyaux de la vie pour nous les rappeler subrepticement en ces moments peu glorieux où notre chère ville est devenue ce que deviennent les roses quand le temps les a flétries

Aujourd'hui la ville grouille d'individus sans scrupules, d'énergumènes sans foi ni loi qui s'acharnent à la défigurer pour une relégation qui ne saurait dire son nom............................ A la bonne vôtre ….

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Messaoud Bonjour,
je viens de vivre l'un des plus beau jours de ma vie, ce voyage dans le passé est une véritable piqure de concentré de bonheur, je viens de déguster le miel de toute ma jeunesse en dix minutes de lecture.
Je suis né dans la rue Mogador plus exactement au 20 de cette rue " la maison Poggi " un mois de décembre 1947.

Ecole Anatole France (j'avais comme directeur Monsieur MEDDOUR), Ecole d'Alembert en 6ème .
Ma jeunesse dans Ma GUELMA ........telle que vous l'avez décrite chaque mot, chaque rue, chaque évènement, chaque personnage a éveillé en moi une drôle de sensation qui ressemble au bonheur extrême.
Mais alors lorsque vous évoquez le vieux Boughaba et sa canne légendaire qu'il lançais sur nous, telle une hélice d'hélicoptère qui nous faisais trébucher vous avez réveillez ma mémoire quelque peu endormie
Merci oui UN ÉNORME MERCI pour ce cadeau
l'histoire m'avait séparé de mes copains d'enfance de ma Guelma, oui ce Destin qui a fait que nous quittions notre ALGERIE, car en effet mon père était officier dans l'armé Française ........ oui HARKI ........
J'ai 67 ans cadre retraité je suis père et grand père et bien sur FRANCAIS aussi .
Et je me sent au plus profond de mes entrailles GUELMI et bien sur Franco-Algérien .
et je lance comme une bouteille à la mer mon adresse mail si un jour vous passez en Normandie sachez qu'un guelmois y vie et serait heureux de vous rencontrer

Cher frère Messaoud,
A mon tour de vous avouer que votre commentaire sur " Parlez-moi de Guelma " m'a vraiment fait plaisir et je suis heureux que ma petite littérature contribue d'une façon ou d'une autre à rendre heureux mes compatriotes qui se trouvent dans tous les recoins du monde.
C'est le destin qui éparpille et c'est l'amour de la terre natale qui nous rassemblera. Oui Guelma était une ville merveilleuse par le calme, l'insouciance, la beauté et la joie d'y vivre.
Vous l'avez remarqué : je ne fais aucune distinction entre les Guelmois (Européens, arabes, juifs, chrétiens, musulmans ou autres) .
Mr Messaoud vous êtes FRANÇAIS : c'est l'Histoire qui l'a voulu mais vous êtes restés au plus profond de vous-même, guelmois et surtout Algérien.
Dans mes écrits, je m'élevais contre les Harkis qui ont semé la Haine et la Mort dans les douars. Mais il y a Harkis et …Harkis, il y avait des bons et d'autres étaient vraiment cruels. Leurs enfants, dans les 2 cas, n'ont rien à se reprocher : Ce sont des ALGERIENS à part entière.
Nous avons presque le même âge et peut-être même que nous étions des camarades (sans le savoir) de cette rue Mogador .Je vivais au n°4 (Bab skikda). J'ai senti votre désarroi mais le passé est vraiment passé. Votre Algérie est toujours la vôtre, mon frère ! Aujourd'hui, je connais beaucoup de Harkis qui ont beaucoup à se reprocher et qui vivent dans la quiétude à Guelma.
Savez-vous Messaoud, que le retour à la Terre Natale est une VÉRITABLE THÉRAPEUTIQUE.

Site Internet GUELMA-FRANCE