L'OLIVIER

L'olivier : symbole des français d' Algérie
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J’aime les arbres comme des êtres humains. Il y a près de la maison de mon fils un énorme olivier, il faut six personnes étendant leurs bras pour faire le tour de son tronc et capter son énergie. Il a un tronc noueux, torturé, signe de sa résistance et sa longévité face aux agressions qu'il a subies par le passé.

Son écorce est rugueuse mais on ne peut s’empêcher de la caresser et ses branches s’élancent vers le ciel. Il ressemble à un géant à qui on peut confier tous ses secrets.
Il porte ses rameaux et ses fruits à bras tendus, et offre ce mélange de grâce et de majesté propre aux arbres qui ont le tronc large et la feuille petite.

L'olivier plonge ses énormes racines noueuses dans cette terre vierge et aride, elles sont la preuve de sa volonté farouche de s'accrocher à la terre et à la vie malgré tout.
Comme tous les arbres, il reste debout et digne créant un lien constant entre la terre par ses racines et le ciel par son feuillage. Enfin il est le symbole de la vie par ses fruits. L'olivier est un arbre sacré, pourvoyeur de l'or liquide.

J'aime la beauté tourmentée de leurs troncs, il est le bonheur des traditions d'antan où on vivait au rythme des saisons : ramassage, pressurage, floraison, taille.
Le français d'Algérie ressemble à l'olivier.

Malgré son départ de sa terre natale, il ne peut oublier son passé et ses racines qui lui apparaissent d'autant plus fortes et noueuses.
Toutes les souffrances et violences dont il a été l'objet l'ont fait ployer mais il est resté debout malgré tout, en l'honneur du travail et du courage des aïeux qui reposent là-bas sur cette terre qui l'a vu naître. Ils avaient l'âme fière et savaient se battre contre les cieux lorsqu'ils se déchaînaient, pour faire vivre leur famille.

Le français d'Algérie a aimé sa terre avec passion, il a lutté, allant au bout de ses forces pour faire sortir de ce désert cette terre rouge et fertile. Sur plusieurs générations, ces pionniers ont travaillé, souvent à mains nues, épierrant leur lopin de terre, creusant profond pour trouver cette eau si précieuse.
Beaucoup ont abandonné et laissé leur terre.

Les autres, obstinés, sont restés, ils ont planté des oliviers, des arbres fruitiers, de la vigne, du blé. Ils se sentaient arbres et leurs pieds s'enracinaient.
Lorsqu'il a fallu partir, tout abandonner, ils étaient comme ces arbres que l'on déracine. Les déraciner : c'était les tuer. Beaucoup n'ont pas eu le courage de survivre, d'autres sont partis vers d'autres rivages, sur des terres plus accueillantes.

D'autres encore se sont ré-enracinés sur le sol de la mère patrie qu'ils vénéraient mais celle-ci ne les a pas accueilli comme ses enfants.

Alors ils ont travaillé encore et encore, changeant de métier, parcourant la France à la recherche d'un travail et ils ont rebondi, ils ont réussi pour leurs enfants, pour montrer à la France qu'ils pouvaient s'en sortir seuls, sans assistance, ni aide psychologique, par la force de leur Foi en l'homme et par leur travail.

Ils savaient qu'on n'a rien sans efforts, ils ont élevé leurs enfants dans l'amour de leur terre natale, l'amour des enfants, le respect des femmes et des vieux parents.

Travailler pour réussir voilà leur devise. Ils sont à la fois nostalgiques de leur passé mais ils ont les bras ouverts à l'avenir, et le regard tourné vers l'horizon.

Jocelyne MAS
Ecrivain: http://www.jocelynemas.com

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