EXCURSION dans la MAOUNA
et ses contreforts
Par le Dr V. REBOUD.
Avril 1881.

Chapitre un.

MAOUNA

On donne le nom de Maouna au relief montagneux qui sépare Guelma des ruines d'Anouna, l'ancienne Thibilis.
La Maouna présente, du nord au sud, un développement de 24 km sur 10 ou 12 de large ; complètement isolée au nord, elle se rattache, vers le sud-est, aux montagnes jurassiques des "Achaïch".
L'oued Chéniour au Sud, l'oued Cherf et la Seybouse à l'ouest et au nord, l'enferment dans un vaste demi-cercle ouvert à l'Est.
La partie supérieure est en forme de dos, on donne le nom de Maouna au relief montagneux qui sépare Guelma des ruines d'Anouna, l'ancienne Thibilis.

Des contreforts, plus ou moins accidentés et couverts de bois dans les parties hautes, s'allongent dans la plaine et séparent le bassin de ces torrents.

Le flanc occidental, dans son ensemble, des escarpements rocheux, où croissent l'olivier sauvage, le genet épineux, le Ciste etc., et autour desquels s'étalent quelques lambeaux de champs cultivés.
On rencontre çà et là, sur le versant oriental, quelques fermes arabes ou européennes ; elles sont généralement bâties près des ruines romaines, restes de fortins et d'établissements agricoles, dont les pierres ont servi à leur construction.

L'étendue de ses ruines et généralement peu considérables, à l'exception de l'Enchir-Bou-Mtouia, situé près des sources du Bou-Sora, à 1274 m d'altitude.

Tout le monde connaît la vaste échancrure en forme de selle qui lui avait fait donné par les arabes le nom de Serdj el Aouda, selle de la jument.
Ce large col, taillé dans le grés nummulitique, est dominé, au nord et au sud, par de crêtes qui atteignent 1320 et 1374 m d'altitude.

De ces deux cimes élevées, la vue s'étend au loin non seulement sur les vallées de la Seybouse et du Bou-Hamdam, la plaine de Guelma et les villages qui l'animent, mais encore sur une vaste amphithéâtre de montagnes dont les lignes de faîte se profilent dans le ciel bleu.
En un tour d'horizon, nous pouvons reconnaître l'emplacement de ruines intéressantes et des localités trop peu visitées, malgré les souvenirs qui s'y rattachent.

Au nord et au dessus de Guelaat bou Sbaa, le col de Fedjouge et sa récente pierre commémorative, la voie romaine qui le traverse et que l'on suit encore, admirablement conservée, jusqu'au-delà des ruines d'Ascours prés de Nechmeya ; les maisons du village de l'oued Touta, sur la route de Guelma près de Enchir-Saïd, et, au col, le petit bordj blanchi à la chaux du cheik

Au Nord Ouest, entre l'arête du djebel Debagh les trois têtes du djebel Taya, le vallon de bled g et les nombreux tombeaux mégalithiques de la nécropole de Rouknia.

À l'ouest, en-deca des vastes croupes herbeuses d'El Haria et de l'oued Zenati, l'épaisse buée qui trahit le voisinage de hammam Meskoutine ; plus à gauche, les mamelons du Bou-cibra et du djebel Amara, qui nous cachent le Khenguet-el-Hadjar et les rochers couverts de dessins d'animaux signalés par M. de Vigneral

Au sud et dans le lointain vaporeux, les escarpements du Sidi Regheis dont les contreforts renferment des mines importantes. Plus près, les pentes abruptes du plateau des Achaïchs et les ondulations bizarres des couches stratifiées qui les forment ; la Guelaa qui domine la grande ruine du Bou-Atfan et ses nécropoles mégalithiques.

À l'Est, la chaîne qui barre, du sud au nord, la plaine de Guelma ; à droite, le kef bou-Zeioun et les ruines du municipe de Zetara, à gauche, Nador avec ses mines, ses eaux thermales, ses tronçons de voie romaine, si bien étudiés par M. de G ; le Nador, où M. Papier, notre confrère, place le mont Pappua

Enfin, pour fermer le cercle, les gorges étroites du Nador, où s'engage la Seybouse et que remplit de fumée la locomotive allant à Bône par Niniba (Duvivier).

Ce n'est pas seulement la beauté du panorama qui donne du charme aux courts instants passés au sommet de la Maouna. Remontant le cours des siècles, nous nous trouvons sur la limite de deux provinces romaines, la Numidie et la Proconsulaire qui est représentée par un lambeau de la Numidie s'étendant, à l'est, jusqu'au fleuve Tusca.

On sait que cette divisions de la province d'Afrique est due à Caligula.
P Nous voyons donc à l'Est, la Numidie Proconsulaire qui dépend du proconsul siégeant à Carthage, et dont les légats administrent, sous ses ordres, les principaux districts de la province.

L'épigraphie de Guelma nous fait connaître les noms de quelques-uns de ces hauts personnages, auxquels on peut ajouter ceux qui renferment : les lettres de Saint Augustin.
C'est devant le proconsul que donatistes et catholiques portent leurs réclamations, c'est le proconsul qui interroge les martyrs chrétiens et les envoie au supplice.

À l'ouest, s'étand la Numidie proprement dite, province de l'empire, des légats, de la légion III Auguste, la Numidie dont la partie septentrionale formait le territoire des colonies de Cirta.

Le territoire de Thibilis en était la partie la plus orientale. On voit encore, dans les ruines d'Anouna, le monument élevé par Valerieus Antoninus praeses provinciae Numidiae cirtensis en l'honneur de Constance Chlore : imperatori Caesari Valerio constantio

On sait que la légion III Auguste était chargée de la construction des routes de la Proconsulaire comme de celle de la Numidie. Aussi, n'est-on pas surpris de voir son nom gravé sur la borne milliaire de Niniba
On sait également que sa mission principale consistait à combattre les révoltes des indigènes, soit dans la Numidie, soit dans les provinces voisines.
Le monument épigraphique de grands l'intérêt, découvert entre Frenda et Geryville et élevé par le centurion Q. Nonulus Catulus, décès d'un et qu'elle prit part à une grande expédition dirigée contre les maures, soulevés sous le règne de Marc Aurèle
Le massif de la Maouna et la Seybouse, la "Rubricutus" des anciens, séparaient donc les provinces de la Proconsulaire et de la Numidie, dont l'administration a été si différente

Depuis longtemps, on sait que la Maouna et ses contreforts ont fourni un bon nombre d'inscriptions puniques, lybiques et latines.
En effet, notre confrère, M. Dufour, nous a communiqué la copie d'une grande inscription Libyques relevée par un indigène, ancien élève de l'école de Saint-Cyr, M. Messaoud ben el Maadi prés du bordj de son père, en plein territoire des béni-Ouzzeddin, sur le versant oriental de la Mahouna

Quelques mois après, M. Person, administrateur de la commune de Clauzel, nous faisait remettre par M. Mercier, vice président de la société, une autre inscription remarquable par son étendue et la grandeur de la pierre sur laquelle elle est gravée, inscription copiée par le même officier indigène
M. Person nous prévenait, enfin, que dans sa dernière tournée administrative, il avait trouvé, sur le versant occidental de la Maouna, en face d'Anouna, une grande pierre rectangulaire dont la face supérieure, couchée horizontalement, était couverte de caractère lybiques
Il est est urgent d'aller visiter cette localité nouvelle, constater l'exactitude des copies envoyées et s'assurer de l'existence probable de nécropoles plus ou moins importantes dans chacun des points signalés
Dans les premiers jours d'avril 1881, nous prîmes la direction de Guelma, emportant avec nous le recueil de L.Régnier et quelques vieilles cartes, plus complètes, à notre point de vue, que les plus récentes. À la station d'Hamam meskoutine, notre jeune et très cher collaborateur, le docteur J. Reboud, nous attendait pour nous montrer un grand de tombeaux romain que l'on venait de découvrir dans les bosquets d'oliviers, au dessus de l'hôpital, entre la gare et l'établissement Moreau.
Le cippe, haut de un mètre sur 0,m 60 carrés et massifs, avec couronnement et soubassement, était dressé sur le bord de la fosse, à côté de grandes dalles ayant servi à couvrir la tombe.
Les lettres ont 0, m 06 de hauteur ; sur les deux côtés, la patère et le guttus:

D.M.S PACTUM EIA GRE CVLA Vixit Annis XXXV Hic Sita Est

Nous connaissons déjà "Pactumeia Hagne" et "Pactum Donata" ; c'est donc une troisième dame de ce nom inscrire dans la table des matières du recueil de la société.
Le soir, nous débarquions à Guelma avec le Dr Reboud, qui devait nous accompagner dans une partie de l'excursionen autour de la Mahouna.

Á suivre par le même auteur CALAMA

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