L'AMOUR CHEZ LA FEMME ARABE en 1861
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Les Mauresques, mariées à des Français, fussent-elles très convenables en tous points, rencontrent toujours un froid accueil chez les dames européennes. Pourquoi ce préjugé ? Est-ce parce que les femmes arabes ne demandent à l'amour que des sensations bornées? Ignorant les horizons infinis de la passion, elles dégradent l'amour qu'aiment à quintessencier les Européennes.

A Oran, au milieu d'une fête de nuit, une dame espagnole, surprise sous les orangers du château en conversation intime avec un caïd des Hachems, dut quitter la ville, tant le scandale fait autour d'elle fut grand. Les dames qui gèrent leurs propriétés en Algérie traitent les Arabes comme un pédagogue ses écoliers, et rien n'est plus comique que de voir de faibles femmes commander en despotes à ces Hercules, tremblants et courbés devant Omphale. La femme a été la pierre d'achoppement du mahométisme qui a créé le gynécée et n'a pas su fonder le foyer, cette force civilisatrice par excellence.

Les femmes arabes sont cotées comme marchandises. Une belle créature vaut de 1,000 à 1,500 fr., une moukère commune de 200 à 300 fr. Le marché se fait entre le futur et le beau-père; de même que se traite le prix de vente d'un cheval entre le maquignon et le client.
-Regrettes-tu ta femme? demandai-je un jour à un Maure d'Oran.-
- Je crois bien, me répondit-il, elle m'a coûtée 1.000 fr.
Ainsi ce brave Maure n'avait pas perdu de femme, mais un millier de francs.

Par les chemins d'Afrique, il n'est pas rare de rencontrer des femmes meurtries et en sang, marchant devant leurs seigneurs et époux campés commodément sur un cheval ; elles viennent demander justice et divorce au cadi de la ville. Le maître vient également plaider sa cause pour faire ressortir les torts de la femme et se faire rembourser par les parents le prix qu'il a déboursé, moyennant quoi il achète une autre femme.

Un habitant de Philippeville avait, par commisération, logé une femme kabyle. Elle était la propriété privée d'un turco (nom donné aux premiers Arabes engagé au service de la France, les premières troupes étaient des turcs), qui lui donnait plus de coups que de morceaux de pain.

Lella Zorah couchait dans une chambre du premier étage sur une natte. Le turco ne paya pas le loyer et l'abandonna en changeant de garnison. Cette pauvre Zorah, cherchant à se placer, se surchargeait le corps de tatouages. Elle venait au milieu de nous, toute resplendissante avec ses pieds rouges de henné, ses grands yeux brillantés de koheul, son visage sillonné d'étoiles et de losanges, d'arabesques bleues. Mais personne ne s'en souciait.

Assez embarrassé de son étrange locataire, qu'il avait fini par nourrir, l'habitant de Philippeville prit le parti d'en proposer l'achat à ses connaissances. Un Anglais l'acheta 800 fr et l'emmena à Londres. Le Koran donne plein pouvoir aux maris sur leurs femmes. " Les femmes sont votre champ, dit-il; allez-y quand et comme vous voudrez. "

Le Koran autorise l'époux à frapper ses femmes, quand elles se montrent rebelles à sa volonté. Il est vrai que les commentateurs, l'imam Chouchaoui entre autres, ont cherché à atténuer cette dure loi en disant que le mari doit employer d'abord contre la femme rebelle la réprimande; en second lieu, la privation du lit conjugal, et enfin, si ces deux moyens n'aboutissent pas, il peut la frapper avec un objet doux, simple et large.

Mais, le principe étant consacré, la plupart des Musulmans n'ont admis aucune restriction. On a vu de misérables indigènes, sur une odieuse calomnie, sur un soupçon d'infidélité, couper le nez à leurs femmes et les renvoyer ainsi mutilées à la tribu de leur père; d'autres leur brûler les pieds devant un feu ardent ou leur fendre la tète d'un coup de yatagan.

En vain les femmes énergiques se plaignent-elles devant leur cadi des mauvais traitements qu'elles subissent; ce juge fait rarement droit à leurs justes plaintes, Mieux vaut donc encore pour elles souffrir muettes et résignées les duretés de l'époux, jusqu'à ce que la mort les délivre et les métamorphose en houri du paradis de Mahomet.

Les femmes arabes jouent le rôle d'ouvrières universelles dans les tribus. Tout à la fois meunières, boulangères, cuisinières, blanchisseuses, tailleurs, etc., elles servent de factotums à leurs maîtres, demi-dieux qui méprisent les oeuvres de peine et tuent le temps à courir la fantasia, ou à jouir au soleil d'un éternel farniente.

L'Africain s'est à tous points modelé sur le type de son prophète. Il est pasteur, commerçant et voyageur; mais il méprise le travail manuel. Il n'a pas, comme les chrétiens, le touchant exemple d'un Messie charpentier. Les femmes arabes connaissent si peu la valeur du lien conjugal, qu'elles se croiraient plutôt fautives en ne faisant point cuire à point le couscous-sou, le nec plus ultra de la ménagère arabe, qu'en étant infidèles à leur maître, Si elles ne craignaient pas la matraque et le yatagan, elles seraient toutes adultères.

Dans les douars et sous les tentes, il y a plus de dissolution qu'au milieu de nos villes. Le désert a aussi ses licences .

Chez les Kabyles, les femmes, beaucoup plus libres que les femmes arabes, vont à visage découvert. Le Kabyle ne prend du Koran que ce qui lui convient, et laisse à son épouse une part d'autorité et de liberté dans le gourbi.

B.Gastineau-1861

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE