LETTRE A M. FÉRAUD
SECRÉTAIRE DE LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE
SUR
LES JUIFS DE L'ALGERIE ET DE TUGGURT
1866

          Dans le "Recueil de la société archéologique" de l'année; dernière, vous avez publié la traduction du récit d'El-Antéri au sujet de l'expédition du comte Oreilly en 1775; vous m'avez exprimé le regret de ne pas avoir expliqué, par une note, les motifs de la conduite des Juifs en celle occasion où, au dire d'EI-Antéri, les Musulmans furent :
" contents de voir la profonde haine qu'ils (les Juifs) avaient pour les Chrétiens: "
          Vous m'avez aussi signalé la note que le savant M. Berbrugger avait ajouté, en publiant ce récit dans la "Revue Africaine" d'Alger cette note est ainsi conçue:
La majeure partie des Juifs d'Alger descendent de ceux qui furent chassés d'Espagne à la fin du XIVe siècle.

         " Simon Durand, dont la pierre tumulaire datée de 1444 est encastrée dans le rempart neuf, à droite en ( sortant de la nouvelle porte Bab-el-Oued, fut le premier rabbin de ces bannis à avoir quitté le pays Ces faits n'ont certes pas besoin de commentaires; ils parlent assez d'eux-mêmes· et permettent déjà de comprendre que les Juifs ne penseraient pas être heureux sous la domination espagnole.
Mais nous n'avons pas besoin de chercher en Espagne des causes à la joie des Juifs d'échapper à cette domination tyrannique; ouvrons l'histoire de l'Afrique et nous verrons, en toutes circonstances, cette haine espagnole pour' les Juifs. Partout où les Espagnols arrivent en Afrique, ils persécutent les Juifs; ils les dépouillent, les chassent du pays ou même les vendent comme esclaves.

Prenons pour exemple la première moitié du XVIe siècle.
A cette époque, l'Espagne est victorieuse sur les côtes d'Afrique; chaque victoire qu'elle remporte, chaque pas qu'elle fait en avant dans ce pays, est marqué pour les Juifs par de grandes misères.

En 1509, lorsque le cardinal Ximenès en personne s'empare d'Oran, il est puissamment aidé par les Juifs, qui ne savaient pas alors que la haine des Espagnols les poursuivrait jusque sur la terre d'Afrique; ils espéraient qu'une nation plus humaine et plus civilisée que les Arabes, et au milieu de laquelle ils avaient vécu, leur serait plus favorable; et faut-il le dire, bien que chassés d'Espagne, il y. avait encore chez eux une espèce d'attachement pour cette patrie ingrate. Mais les Espagnols eurent soin de les désabuser bientôt Lorsqu'on n'eut plus aucun besoin du secours des Juifs, de très-fortes contributions particulières leur furent imposées.
En 1510, Pierre de Navarre s'empare de Bougie. Outre le pillage et les sommes d'argent qu'on exige des Juifs, un grand nombre d'entre eux sont faits prisonniers et vendus comme esclaves.

Dans la même année, les Espagnols s'emparent de Tripoli que l'on réunit à la vice-royauté de Sicile. Les Juifs de ce pays éprouvent le même sort que ceux de Bougie.
En 1535, l'empereur Charles-Quint, en personne, attaque Kheir-ed-Din (Barberousse) et s'empare de Tunis. On fait un effroyable massacre des Juifs, et un grand nombre d'entre eux sont vendus comme esclaves. Un Juif, cependant, par de grands sacrifices d'argent, avait sauvé de la mort un millier de chrétiens que Barberousse avait condamnés lors de la nouvelle de l'arrivée des Espagnols. Il est vrai aussi qu'un Juif, nommé Sinant, était le lieutenant de Barberousse dans celle ville.
Les mêmes malheurs atteignent de nouveau les Juifs de Tripoli, lorsque les impériaux arrivent dans celle ville pour la deuxième fois.

En 1541, lorsque les Espagnols vont attaquer Alger, ils s'arrêtent à Bougie pour y prendre des renforts et des vivres. Les Juifs y sont de nouveau maltraités, emprisonnés, imposés, et un grand nombre de leurs livres sont brûlés.
En 1544, Tlemcen ouvre ses portes au comte d'Alcaudette, gouverneur d'Oran, et à l'armée espagnole; presque tous les Juifs de la ville sont vendus comme esclaves.

Ainsi, comme on le voit, dans un espace de trente-cinq ans à peine, sept fois les Juifs eurent à souffrir de cette haine de l'Espagne, toujours vivace et frappant en Afrique aussi violemment et aussi tyranniquement qu'en Espagne. Mais ce ne sont pas là des faits isolés; d'autres petits faits, de petites exactions, des impôts, des persécutions partielles, relient ces événements entre-eux et prouvent surabondamment que ce n'était pas seulement comme casus belli que cela avait lieu, mais que c'était systématiquement et pour continuer les traditions de l'Espagne du XIVe siècle et du XVe.

Il est certain que les Juifs, en se réjouissant de l'échec du comte Oreilly, ne le faisaient pas par haine pour les chrétiens (comme dit EI-Antéri), mais seulement par crainte de la domination espagnole. Car aucune expédition des chrétiens contre la régence, autre que celles des Espagnols, n' est signalée par les livres des rabbins du Magret, de la Tunisie, de la Barbarie ou de la Régence.
Lorsqu'on trouve de nombreux textes qui parlent des craintes, des malheurs ou de la joie des Juifs, selon le résultat des expéditions espagnoles, nulle part on ne voit mentionnées les expéditions françaises contre la Régence; par exemple, celles contre Alger même de 1688-84 et de 1688, Il en est de même pour les expéditions des autres peuples. L'Espagne seule fait exception. Je crois avoir suffisamment démontré que ce n'est pas sans motifs.

J'arrive maintenant aux détails concernant l'anniversaire de 1775. Cet anniversaire, comme je vous ai dit plus haut, se célèbre par un jour de jeûne et un jour de réjouissance, le 10 el le 11 du mois de tammouz, correspondant, pour l'année 1775, aux 10 el 11 du mois lie djoumada, aux 9 et 10 juillet. Cet anniversaire s'annonce déjà le samedi qui précède ces dates; et déjà aussi, à l'office du malin et du soir, on récite les poésies composées par les rabbins algériens, dans lesquelles se trouvent certains détails concordant avec les données d'EI-Antéri.
Les auteurs de ces poésies sont au nombre de cinq:
Nehoraï ben Saadja Azubib, Jacob ibn Nayym, Ischoua Sidoun, Aaron Cohen Jonathan et Abraham Tubiana.

Les pièces sont au nombre de vingt-sept, modelées sur les poésies du moyen-âge qu'on intercale dans les rituels de prières des jours de fêtes el des samedis: ces poésies n'ont pas de cachet particulier, elles sont même assez monotones. Quelques-unes seulement sont intéressantes au point de vue historique. Je vais en extraire les faits principaux signalés dans ces poésies.
" On connaissait à l'avance que l'expédition devait avoir lieu, et des prières publiques étaient faites pour appeler la protection divine. On attendait déjà l'ennemi le jeudi (29 juin), et le peuple:, éploré, remplissait les temples et adressait à Dieu de ferventes prières (1).

La flotte n'apparut que le vendredi 1 er jour du mois de tammouz (30 juin). Les vaisseaux s'établirent d'abord sur plusieurs lignes en face du fort EI-Kifan.
L'ennemi développe sa ligne, le 2 tammouz, en face du cap Matifou
" Mais, pendant huit jours, l'ennemi reste inactif, il tient conseil
" Pendant ce temps, Arabes et Turcs se préparent au combat t On les poste surtout près du fort Ikhnis ou batterie de l'Oued-Khenis..
" Le samedi, les préparatifs étant terminés, les troupes commencèrent le débarquement, protégées par les batteries de la flotte
" Elles se dispersèrent surtout du côté de l'Harrach, et elles poursuivirent les Arabes dans la campagne et dans les jardins
" Le dimanche, 10 tammouz, une grande lutte a lieu
La victoire est indécise. De part et d'autre, on peul se l'attribuer. Mais la colère céleste éclate contre les chrétiens; un orage effrayant les force à rétrograder.
. Le lendemain, la flotte disparaît. Ce qui est bien certain, c'est qu'on ne comprend rien à ce départ
précipité. On l'attribue à la volonté du ciel, parce qu'on ne se rend pas compte comment, après la lutte du 10 tammouz (dimanche, 9 juillet), que l'orage seul avait terminée, l'ennemi ait pu se résoudre à abandonner ses projets."
Rien de décisif cependant n'avait eu lieu; c'est ce que constatent plusieurs de nos poésies. Néanmoins une de ces pièces (dit que le onze tammouz, au matin (lundi, 10 juillet), on trouva sept mille cadavres chrétiens; cela ferait supposer que la lutte avait été grande, tout en regardant ce chiffre comme fort exagéré. Car ce qu'il faut reconnaître, c'est que nos poètes exagèrent aussi le chiffre des combattants, qu'ils portent à quarante mille hommes Ils évaluent aussi le chiffre des navires à quatre cents et cela à deux ou trois reprises.
Enfin, un dernier détail est mentionné dans la pièce no VI, strophe 15 : ( les Turcs dit le poète, coupèrent les têtes, les pieds et les mains, les apportèrent au Bey pour 'recevoir la récompense promise. ) Ce prince avait sans doute fixé une somme pour chaque infidèle qu'on aurait tué. C'est peut-être à ce fait qu'il faut rattacher le passage d'El-Antéri relatif aux Juifs. Les Arabes ne voulant pas souiller leurs mains au contact des cadavres chrétiens, forcèrent probablement les Juifs à mutiler ces mêmes cadavres pour pouvoir montrer à leur prince leur vaillance et, en même temps, recevoir les récompenses fixées.
Voilà les seuls détails intéressants donnés dans les élégies et les cantiques qu'on récite à l'occasion de l'anniversaire de la défaite des Espagnols en 1775.
Celle époque (milieu du XVIIIe siècle), me donne aussi l'occasion de vous parler d'un autre fait concernant les juifs de notre province. Cette fois c'est un arabe qui les persécute

Cette fois, c'est un Arabe qui les persécute; c'est aussi peu rare que les persécutions espagnoles. Je veux parler des Juifs de Tuggurt, et de leur conversion forcée à la religion musulmane
Les Juifs autrefois, étaient fort nombreux à Tuggurt :
Ils étaient venus surtout du Mzab et de la Tunisie. Ils avaient quelques rabbins assez distingués au milieu du XVe siècle et au commencement du XVIe, témoin les lettres casuistiques qui leur sont adressées par Salomon, fils de Cémach Duran, et par· son fils Cémach (2). Ils étaient en assez fréquente relation avec les Juifs des pays environnants. Aussi leur conversion fit dans le pays assez de bruit, et étonna tous ceux qui les connaissaient.
Aujourd'hui, qu'un siècle a passé sur cet événement, la légende a apporté son contingent dans cette affaire; il y a deux versions actuellement sur la manière dont celle conversion a été imposée aux Juifs de Tuggurt.
La première, la plus romanesque et la moins vraisemblable, l'attribue à l'amour d'un membre de la famille Ben-Djellab pour une jeune fille juive. Les Ben-Djellab étaient les princes du pays, et, depuis longtemps, indépendants en quelque sorte, par suite de la situation même de ce pays. Ils possédaient comme fiefs Tuggurl, Souf et quelques localités environnantes.
Ce Ben-Djellab tomba amoureux d'une jeune fille juive.
Il voulait en faire sa femme ou plutôt une de ses femmes, mais à condition qu'elle se convertirait à la religion musulmane. Il aurait bien pu, dans son omnipotence, en faire son esclave; mais il préféra obtenir l'amour de celte jeune fille de son plein gré et ne voulut pas, en cette occasion délicate, faire acte de tyrannie. Il y réussit la jeune fille consentit à se convertir, et à l'épouser; mais elle ne voulut pas avoir à rougir devant sa famille et ses coreligionnaires, et elle mit pour condition à son consentement que tous ses coreligionnaires embrasseraient avec elle la religion musulmane, Ben-Djellab, informé de l'unique obstacle qui existait à l'accomplissement de son mariage, l'aplanit de suite.
Il fit appeler les principaux Juifs chez lui, et leur intima l'ordre de se convertir dans trois jours ou de quitter le pays.
L'autre version, plus vraisemblable, est aussi beaucoup plus conforme aux mœurs du pays et surtout du temps.
Dans la seconde moitié du dernier siècle, Ben-Djellab, grand-père de celui qui était à Tuggurt lorsque les Français arrivèrent en Afrique, était prince de Tuggurt, du Souf et du pays d'alentour. Chaque année on célébrait son anniversaire par une fête publique.
Les Juifs, tout en n'ayant pas trop à se féliciter de leur position, y prenaient cependant une part assez active, et chaque année ils faisaient au prince de riches présents. C'étaient surtout des bijoux; car les Juifs de Tuggurt alors, comme aujourd'hui encore presque tous ceux de la Kabylie et des tribus, étaient bijoutiers.
Or une année (il y a environ cent ans), ils fabriquèrent un régime de dattes dont les branches étaient en argent et les fruits en or.
Le vendredi, lorsque le prince sortit de sa mosquée, ils lui présentèrent ce régime comme don gracieux. Celui-ci, charmé, émerveillé même du travail, résolut de leur témoigner sa satisfaction. Rentré chez lui et entouré des principaux personnages du pays, il demanda comment il pourrait récompenser les Juifs. On proposa diverses choses, qui quelque liberté, qui quelque allégement d'impôt. Mais ces propositions étaient faites à regret et reçues avec déplaisit
Tout-à-coup l'un d'eux dit au prince: ( Puisque tu veux les récompenser d'une manière extraordinaire, accorde leur la permission de se convertir et l'honneur de les recevoir parmi les vrais croyants.
Cet avis aussitot émis, plut à tout le monde et Ben-Djel1ab l'adopta. Voulant de suite le communiquer aux Juifs, il fit appeler le principal d'entre eux, Mokkadem ou Guisbar, il lui exprima toule sa satisfaction du présent des Juifs et la manière dont il entendait les en récompenser.
A cette proposition de Ben-Djellab, le Mokkadem demeura terrifié et ne put proférer aucune parole. Cependant, revenant à lui-même et surmontant sa frayeur, il dit au prince qu'avant de lui donner aucune réponse, il voulait communiquer cette proposition à ses corréligionnaires.
Ben-Djellab fut étonné de la froideur avec laquelle le Juif avait reçu sa proposition; il le laissa néanmoins partir ..
Mais ce qui le surprit bien plus, ce fut la réponse qu'il reçut le lendemain. Une députation de Juifs vint se jeter à ses pieds et l'implorer de ne pas donnor suite à ce qu'il voulait bien appeler une récompense; ils étaient Juifs et ne souhaitaient qu'une chose, c'était de rester Juifs.

Ben-Djellab, qui croyait leur accorder une grâce extraordinaire, devint furieux à ce refus et se trouva blessé dans sa dignité de chef et de musulman. Il leur ordonna de suite de choisir, dans les vingt-quatre heures, devenir musulmans ou quitter le pays sans espoir de retour.
Grande fut la consternation des Juifs. Bon nombre d'entre eux, espérant trouver dans la fuite un abri contre cette persécution, s'éloignèrent dans la nuit de Tuggurt et voulurent gagner les villes voisines, Mzab, Tmassin, Bou-Saâda ou la Tunisie. Mais Ben-Djellah envoya à leur poursuite, et presque tous les fuyards furent repris et décapités.
Cependant la majeure partie des Juifs, prévoyant ce qui arriverait et ne trouvant aucune autre issue à leur situation que la conversion, au moins apparente, se soumirent à l'ordre du prince et embrassèrent, extérieurement du moins, la religion musulmane.
Aujourd'hui encore que le nom des descendants de ces convertis portent, rappelle les faits de celle scconde version. On les appeHe Mehadjerin, les bien récompensés.
Au début de leur conversion, ils espéraient pouvoir, au bout d'un certain temps, quitter le pays et revenir à la religion juive. Comme les Anussim. d'Espagne (nouveaux chrétiens; Juifs convertis par l'inquisition), ils professèrent extérieurement la religion musulmane; dans l'intérieur dc leurs demeures, ils continuaient toujours l'exercice du culte Juif. Quelques-uns d'entre eux ayant quitté Tuggurt et s'étant rendus dans d'autres villes de l'Afrique où ils vécurent parmi les Juifs, furent poursuivis par les dénon-. ciations de Ben-Djellab et exécutés comme rénégats de la foi musulmane. Ces tentatives intimidèrent les autres qui, pour échapper à un pareil sort, se montrèrent de zélés et même de fanatiques musulmans. Tous firent le pélerinage de la Mecque. Cependant les Mehadjerin restèrent toujours dans leur ancien quartier et ne firent aucune alliance de famille avec les autres musulmans; c'est ce qui a maintenu leur nom, leur type et leurs habitudes intérieures. Car l'on dil qu'aujourd'hui encore ils fêtent le samedi ou sabbat des Juifs, mais en secret Comme p~ur les Nouveaux Chrétiens) il faut attribuer à ce fail d'isolement deux motifs; l'un, c'est qu'euxmêmes désiraient rester isolés et sans alliance avec les autres musulmans, surtout dans les premiers temps; l'autre, c'est le peu d'estime que les musulmans professent pour les convertis.

Cependant, aujourd'hui, ils sont les principaux habitants du pays et surtout les plus riches; ils possèdent presque tontes les maisons et tous les jardins de cette oasis; le commerce est presque exclusivement leurs maisons.

Les Mehadjerin ont souvent hérité de quelque parent Juif demeurant soit à Bou-Saâda, soit à Tmassin, soit à Mzab. Mais les juifs n'ont jamais été admis à faire valoir leurs droits sur l'héritage de quelque parent Mehdjerin décédé. La législation musulmane s'y opposait.
D'un autre côté, les Mehadjerin ont toujours refusé de révéler l'endroit où leurs ancêtres avaient enfoui les rouleaux de la loi et autres livres juifs au moment de leur conversion.
A plusieurs reprises, des Juifs les sollicitèrent à faire cette révélation, mais toujours ils s'y refusèrent. L'un d'entre eux vint à Biskra, il y a quelques années, chez un Juif qui était son ami intime, pour se faire soigner d'une maladie grave.
Son ami eut beau le supplier, le conjurer de lui indiquer l'endroit où se trouvait enterrés ces livres; il ne voulut pas y consentir et mourut dans la maison de cet israélite sans avoir rien dit à ce sujet.

On peut attribuer ce refus des Mehadjerin à une crainte continuelle et fondée. Leur origine juive n'est pas encore oubliée; loin de là, tout à concouru à donner à ces fails le caractère d'une légende et à rappeler ce souvenir aux Arabes du pays.

Une révélation quelconquee sur les anciens livres juifs qu'on a enfouis, pourrait amener pour eux de grands malheurs, auxquels ils veulent sans doute se soustraire. Leurs appréhensions sont même si grandes, qu'ils n'ont jamais discuté religion avec des Juifs; souvent des conversations ont été entamées sur ce sujet et toujours ils ont interrompu les Juifs en les priant de parler d'autre chose.
Quelques faits concernant ces convertis de Tuggurt se trouvent dans un journal angolais. Ils ont été communiqués par un missionnaire protestant, qui dit avoir trouvé chez eux le désir d'émigrer et de revenir à la religion de leurs ancêtres.

Ce fait me parait assez douteux; car leur intérêt et leur sécurité sont tout-à-fait contraires à cette assertion du missionnaire anglais.
Cependant ils ont pu s'enhardir à parler à cœur ouvert à un Européen; ce qu'il n'ont jamais osé faire avec un Juif indigène.

Une pareille persécution eut lieu dans la tribu des Zemoul, et bon nombre de Juifs qui l'habitaient furent forcés de se convertir pour embrasser l'islamisme; quant à ceux qui restèrent fidèles au culte de leurs pères, ils durent quitter le pays.
Les motifs et l'époque de cette persécution sont encore méconnus.

Un auteur Arabe parle cependant d'un cimetière juif existant à côté du cimelière arabe sur le terriloire des Kouali, du côté de l'Oued-Feskia . Cela prouverait que les Juifs habitaient cette tribu depuis de nombreuses années.

Cette lettre est déjà bien longue et je ne désire pas abuser de l'espace que la Société veut bien m'accorder dans le Recueil de celle année. Sans cela, je vous aurais encore parlé des expéditions espagnoles de 1516 et de 1542.
Il y a, dans quelques poésies juives, certains détails sur ces événements qui peuvent intéresser l'histoire de l'Algérie.
D'ailleurs, je me propose de faire sous peu une monographie des Juifs du nord de l'Afrique, pour laquelle je demanderai l'hospitalité dans le prochain Recueil de notre Société.
Agréer, etc.
An. CAHEN,
Grand Rabbin de la province de Constantine.1866

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