SI DIEU EST AMOUR
par Jean Daniel
(extrait)
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Il est de plus en plus choquant de voir les musulmans de France mieux protégés que les chrétiens d'Algérie.

Saint Augustin, priez pour eux

Alerté par Jean d'Ormesson puis par Jacques Julliard, c'est à mon tour d'aborder l'ingrate question du sort injuste fait aux chrétiens d'Orient.

Je le fais d'autant plus volontiers que, depuis quelque temps, les Algériens se sont mis eux aussi à faire des bêtises. Heureusement, ce sont eux qui le disent.

Il faut lire cet appel angoissé d'un certain nombre de personnalités algériennes pour que les autorités d'Alger reviennent sur les dispositions juridiques qu'elles viennent de prendre contre les chrétiens d'Algérie.

De quoi s'agit-il? Qui sont-ils?

On n'avait que le souvenir poignant des moines de Tibéhirine qui savaient qu'en grec le mot témoin veut dire martyr et qui sont morts pour le salut de leurs bourreaux.

Il s'agit des quelque 15 000 Arabes ou Kabyles qui ont choisi de se convertir. Et alors?

On ne peut pas dire que les irresponsables qui ont pris la décision de fermer les églises et les temples aient choisi le meilleur moment.

D'abord parce que jamais les Français qui reviennent dans l'Algérie de leur enfance n'ont été aussi bouleversés par la chaleur de l'accueil qui leur est réservé. Ensuite, parce que l'on nous dit qu'un gigantesque programme d'équipements touristiques est en voie de réalisation. Enfin, et surtout, parce qu'il deviendrait de plus en plus choquant, à l'heure où s'affirme en France une conception de la laïcité qui garantit la liberté de conscience à tous les croyants, de voir les musulmans de France et d'Europe mieux protégés que le très petit nombre des Algériens convertis au christianisme.

J'ai rapporté jadis un entretien au cours duquel deux leaders algériens, et non des moindres Ahmed Boumendjel et Mohamed Benyahia m'avaient confié leurs inquiétantes prévisions.

Selon eux, après l'indépendance, il faudrait longtemps avant que puisse s'instaurer dans leur pays une cohabitation harmonieuse entre musulmans et non musulmans et même entre Arabes et non-Arabes.

L'identité arabo-musulmane de l'Algérie avait été trop bafouée, la guerre trop dévastatrice. Rien à voir avec la Tunisie et le Maroc.

Que faisaient-ils des prescriptions du Coran accordant la " dhimmitude" (une protection en tant que minorités) aux gens du Livre, c'est-à-dire aux juifs et aux chrétiens?

Il fallait attendre, disaient-ils, et s'adapter aux circonstances.

Que faisaient-ils des Kabyles chrétiens comme leur grand poète Jean Amrouche ? C'était des exceptions intouchables.

Mais enfin, les prévisions de ces leaders algériens francisés et francophiles étaient pessimistes. Et ils le sont encore plus aujourd'hui parce que les nouveaux chrétiens seraient convertis par des missionnaires évangéliques très actifs en Afrique et en Amérique latine. C'est possible, mais d'ici à fermer des églises! Quelle régression!

Tout se passe comme si la neutralité religieuse de l'Etat, si respectée en France, devenait obsolète en Algérie.
C'est un adieu à la Charte de la Soummam, Constitution de la révolution algérienne.

2. Ex oriente lux
Le problème pour les chrétiens d'Orient se pose autrement.

Ils sont chez eux et ils y ont même été avant tout le monde.

Ce sont eux que l'on a essayé de convertir. Ce sont eux, pourtant, dont on doit tester le loyalisme.

Sans doute y a-t-il eu de larges périodes de l'histoire où tous les adeptes des monothéismes ont cohabité de manière séparée mais harmonieuse, y compris et surtout à Babylone.

Or c'est dans ce lieu même qu'aujourd'hui les chrétiens d'Irak sont victimes de harcèlements et de persécutions qui relèvent purement et simplement du racisme.

Il se trouve, malheureusement, qu'au nom du dieu des chrétiens, associé pour la circonstance à la démocratie, des expéditions militaires désastreuses comme celle qui est en cours en Irak font peser d'injustes soupçons sur tous les adeptes de la religion chrétienne.

Les fanatiques de l'islam radical invoquent alors des raisons de sécurité pour éliminer la chrétienté en terre d'islam. D'où l'exode.

Comment défendre, alors, les chrétiens d'Orient?

D'abord, ils n'ont pas d'Etat - à l'exception, peut-être, des Libanais. Ensuite, ils ne bénéficient même pas de la situation à laquelle se résignent plus ou moins les Arabes chrétiens en Israël.

Ne restent alors que deux atouts.

Le premier est que l'émigration en Occident, notamment en Europe, des musulmans du Maghreb et du Proche-Orient est devenue plus importante encore que celle, hors des pays où ils sont persécutés, des chrétiens d'Orient.

On peut alors imaginer, dans ces conditions, la possibilité de négocier une réciprocité de traitement pour les deux communautés.

Le second atout est entre les mains des Arabes laïques, c'est-à-dire non pas de ceux qui sont incroyants mais de ceux à qui la religion impose le respect de la croyance des autres. Si Dieu est amour ...
Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE