MESSAGERIE:LACROIX-GUELMA-GOUNOD-CANROBERT

Aya,aya.. atlar atlar; monti,monti vou avi di blaces en haut, andkoum blassa l'fougue
Allez montez, montez, vous avez de la place en haut
traduction J-C Cadène de Temlouka

RIONS UN PEU

LE TOUR DE FRANCE.
(Souvenirs d'enfance).

Purée, qu'est-ce qui nous a fait tchatcher ce tour de France ! Tous les soirs, au bureau des chômeurs après que "Monte et Carlo" il ait donné les résultats, nous, on s' refaisait l'étape comme si on était. La plaine, ça nous on connaissait. Pour arriver à Bône, y avait la "bougie", droite qu'elle était la route et plate : un vrai régal. Mais la montagne ...! comment on voulait nous faire croire à nous , que le "tour Mâlet", il était plus haut de beaucoup que notre fedjouz, et qui pouvait tomber d'ia neige dessur au mois de juillet ! Pour nous, que le goudron de la route y nous collait les espadrilles, nous on disait qu'est-ce qui sont menteurs ces Marseillais...(!).
Ce tour de France, i nous a fait rêver. Notre champion à nous c'était LOLO (FOULQUIER). Y'avait aussi SASSANE mais lui, il était pas Guelmois; Lolo c'était la fièvre; rien qu'on criait sur le "cours Bonnet" allez LOLO ooooo ; les ailes on lui donnait ; quand y gagnait, dessur la dépêche de Constantine, monsieur JAN écrivait : "Un Guelmois gagne le tour de Guelma". C'était pas beau ça ? pour dire qu'on était très heureux , entre la fontaine chaude ..., le bureau des chômeurs ..., la course cycliste du 14 juillet, celle des chevaux du mois d'août et les bals de la halle aux grains (qu'on regardait de l'extérieur, à cause qu'on avait pas d'argent et qu'on était trop jeunes) jusqu'au jour où ... elle arriva ... la "tombola caramel".J'vous explique. En France, y'avait quelqu'un qui voulait vendre des caramels à la place de nos "frigolos la maison Cassarino". Alors ce "chitane", il a eu l'idée diabolique : l'emballage de chaque bonbon c'était la photo d'un coureur cycliste, çuilà qui avait rempli le premier le carton avec les 50 coureurs, çuilà, ... y gagnait un vélo de course tout neuf, avec un cadre en "tube vitus" ultra léger ! hé oui ...un dérailleur "simplex" de 6 vitesses, un pédalier double plateaux ( y avait pas le même nombre de dents), une selle "brown" (!) un bidon d'eau (!) des cale-pieds en alliage d'aluminium (!) et des freins j'vous dis pas, rien qu'en les regardant, la bicyclette elle s'arrêtait.Alors, toute la journée au siège social, angle de la gendarmerie, c'était :
- Roro, j'te change 10 LAZARIDES contre 1 COPPI ?
- Hé, va fangoule ... qu'est-ce que tu veux qu'je fasse avec LAZARIDES et d'abord lequel ? APO ... , C'est une "gamate"... si tu veux, j'te donne 5 ROBIC ... contre 1 BARTALI...
- Asma y a BOUZID ; t'y a pas 2 VIETTO ? j'te donne les 10 LAZARIDES ... de Roro ! Bouzid y s'retournait et y disait avec les mains ... tiens ... çuilà ... tu le veux ? Bouzid y devait avoir un rhumatisme au majeur car toujours, ce doigt, il était raide et erpendiculaire à la paume de sa main, quand il manifestait un désaccord.
Quelle tchaclala ce tour de France !
Et pis un jour, c'était un dimanche à cause des frigolos, sans rien le dire ... qui on voit arriver sur une bicyclette toute neuve ...? que le cul y me tombe si c'est pas vrai ... SIMON ... Simon le costaud ... Simon "Boussenine". Boussenine c'était pas son nom, mais il avait les incisives comme les bourricots d'Hammam Meskoutine ... (comme ça on m'a dit). Nous ôtes on s'est regardé, blanche la figure elle était ; comment ce "falso" il avait fait pour gagner ! lui qui à l'école y savait pas où il était le "tour Mâlet", il avait gagné ce vélo de course "ALCYON"; quelle rabia tous on avait !
Si encore ce "keboul" il était modeste, mais rien qui montait la rue "Sadi carno" en danseuse, y faisait le tour de la place Saint Augustin, et y redescendait jusqu'au café WALTER, là y s'retournait et en avant, ce "zamate" y remontait la côte au ralenti, comme dans les films, pour montrer ses mollets et sa bicyclette.
Alors la rage elle nous a monté à la fugure ; ALI, "le touil", il dit : chouf, avec mon "tahouète",j'lui casse un peuneu ... c'était pas une bonne idée mais c'était bien du Ali, son acteur préféré c'était EROL FLYN à cause de l'arc ; il n'était pas méchant, c'était de l'esbrouffe ; nous, quand on le voyait pétrir avec assiduité et concentration une petite boule qu'il extrayait de sa narine la plus grosse, on attendait ... quand l'idée elle venait, d'une pichenette il se débarrassait de sa boulette, en visant çuilà qu'il était le plus proche ... des fois il arrivait à la coller ... j'vous dis pas la suite.
Cette fois là, il proposa :
- Si on faisait comme le lundi au "bab-souk" ? Rolland (dit Roro)il l'regarda et soupira :
- Ali, inta mejnoune; au bab-souk personne y nous connaît et pis la selle d'un brel, c'est pas la selle d'une bicyclette !
Pour la première fois, l'élite intellectuelle des treize ans de Guelma se trouvait prise à défaut, rassemblée face à la boulangerie SAID et le café CROCE, elle cogitait pour trouver une solution ... sans risque.
- Alors Ali..., tu ferais quoi ?
- Ci tri simple, ce halouf quand il arrive devant chez BOUTIN, il est fatigué de monter en danseuse, c'est là qu'il faut agir ; regardez bien, dès qu'il tourne, qu'il arrive sur le plat, pour ne plus se fatiguer ... il pose son cul sur la selle.
- Bon, d'accord Ali, c'est toi qui va.
- Ti es pas fou, c'est moi qui'ai l'idée, j'peux pas faire les deux à la fois; c'est à ROLLAND d'y' aller ...
- J'ai rien dit moi, alors pourquoi tout de suite Rolland et d'abord pourquoi moi ?
- Pourquoi ??? pass'que toujours tu dis que t'ies LUC BRADEFER (B.D. des années 50) ... et pis y aura JOSETTE ... si elle te voit, elle te prendra pour MANDRAKE (B.D. des années 50).
Rolland dit Roro (nom de guerre) n'hésita plus, un peu inquiet tout de même, il demanda :
- D'accord, mais j'suis pas seul... ?
- Mais non t'y'es pas seul, nous on t'attend ... t'y'a rien à craindre ... on te protège de loin ... tu vas pas te dégonfler !!!
Roro y s'décide, y va vers les calèches, histoire de faire semblant de rien, il parle avec BLANCHETTE (qui était noir de peau) et DJEBAR les cochers, y sort de sa poche une page de la dépêche de Constantine, y fait un beau et grand cornet, y coiffe un cône de crottin de cheval, à peine un peu visqueux et il attend. Les cochers, eux, y savent et ils regardent avec intérêt... dans le cas où ... ils devraient intervenir ... par auto-protection. Cachés derrière les colonnes du café Boutin, nous, on attend le signal que JOJO y doit faire et pour l'instant y discute tout seul, avec personne rien que pour avoir une contenance, juste à l'angle et y regarde par dessur l'épaule de m'sieur CHEMAMA le coiffeur. Tout d'un coup, Jojo y siffle deux fois "paye tes dettes ... paye tes dettes... (comme les cailles elles chantent).
C'est Simon, il arrive, il est superbe, des gros mollets, des gros biceps, et un magnifique short blanc, çuilà du dimanche ... il grimpe en danseuse jusqu'au tournant, face à nous ôtes.
Roro y s'met à courir, son cornet droit comme un cierge et, au moment où Simon y amorce la pose de son cul sur la selle, Roro y lui colle son paquet sur la belle selle "Brown".
C'est ainsi que, chacun à notre tour ... on a pris la plus belle tannée de notre vie.

N.D.R.L. : Ce récit est une fiction. Tout Guelmois qui se serait reconnu, peut s'adresser pour d'autres détails à la rédaction.Gilles Martinez

PETIT GLOSSAIRE :Chitane,Falso,Keboul,Touil, Zamate, Tahouete, Diable, Hypocrite, Bâtard, Grand ,Fanfaron ,Lance-pierre.

Une Bône histoire qui tient dans un mouchoir

CET' histoire, d'abord c'est pas une histoire, que c'est la vérité vraie, qu'elle est arrivée à de bon !... Même que c'est Bingueche qui se l'a racontée à Chichette, et Chichette y l'a dite à Augu, et Augu y me l'a racontée à moi. Et Augu c'est pas un menteur ; juste y rigole un peu...
Alor'... Oualà... ça s'est passé en dedans l'homme-ni-bus, pasqu'à Bône, diocane à madone ! c'est pas comme Alger, y a pas de tram-ouai. Des calèches y a, ac' des chevaux qui font taxi et puis y a l'homme-ni-bus qui fait Cours Bertagna - Place Saint-Cloud et qui revient estationner en bas le port à côté l'estatue de Thiers. (Vous savez, celle là qu'elle fait pipi quand y pleut !...)
Et l'homme-ni-bus on se l'appelle comme ça pasque les banquettes y sont en long, que c'est pas comme dans l'aut'tobus qu'elles sont de travers. Comme ça c'est plus mieux, les ouayageurs y s'arégardent en face et y se font la causette... Ma, quand y a beaucoup de monde, on se les met debout au milieu, et ceuss là pour pas qu'y tombent y se tiennent à la barre qu'elle est au milieu en dessour le plafond.
Alors... Un soir... Y a Salvator, çuilà qui se fait les merguez à la plage Chapuis, qu'il avait tout vendu de bonne heure, le premier y monte en dedans l'home-ni-bus, y s'assoit au milieu, et les ouayageurs y montent, et y montent, et y montent. En plus ce kaouète de receveur y criait :
- Allez, m'sieurs-dames montez, montez qu'y a encore de la place. Les z'otes, là bas, avancez au fond...
Affogué il était Salvatore entre la mère Michu qu'elle a le terma (les fesses) comme une pastèra, qu'elle devrait payer trois places à elle toute seule, et une moukère ac' un couffin grand comme un zembil ; que tout juste y pouvait respirer le pôvre !
Y met en route quand c'est plein, le chauffeur.
Ma le receveur y crie :
- Achpète (attends) un peu ô coulot ! Qu'on se monte les zorphelines qu'elles arrivent !
Et cet enfoiré y fait monter en plus une smala complète de pitcha-quelles ac' la Chère Sœur de l'Enfant Jésus que sa cornette elle bouchait la vue à tout le monde...
Debout au milieu elles restent, les pauv' petites, serrées comme les alatches dans la barrique du moutchou ! Et pas un falso qui se bouge pour leur donner la place. Alorss' elles essayent de se tenir à la barre endessour la toiture. Ma' les michquines qu'elles sont trop petites, pas même elles touchent la barre et les grandes qu'elles ont les manches courtes, ac' les bras levés on se leur voit les espoils en dessour les bras que les laouëts y zyeutent et y rigolent...
Alorss' la Chère Sœur elle z'y dit :
- Mazmoizelles, prenez vos mouchoirs, vous se le passez en dessurla barre et tenez-vous avec, que c'est plusse mieux.
En cinq cinq les pitchaquelles, toutes, elles se mettent le mouchoiret elles se le tiennent en rigolant.
Mais oualà que ce falampo de chauffeur y veut faire son malin. Et en avant le gymkana que manque un peu y s'écrase à les piétons ! Et dzig !
"hoirs, voua se le passez en dessur la barre, et tenez-vous avec, que c'est plus mieux, et dzag et zdag!! ouille î ouille ! ouille ! Qu'une michquine elle se lâche le mouchoir... Et le mouchoir ? A ousqu'il tombe ? La schcoumoune ! Juste en dessur le pantalon à Salvatore ! Et là ousqu'y fallait mieux pas !...
Y voit pas le mouchoir, lui, ce oualioun, ma y voit tout le monde y rigole. Et lui y se demande : " Pourquoi eusse y rigolent et moi je rigole pas ?... Elle se le regarde, la petite, et elle se le regarde... Mais prendre le mouchoir à cet endroit, elle ose pas ! Et les autres y se tordent les boyaux de rire. Manque un peu la mère Michu elle se fait dessur ! Et Salvatorey serche pourquoi y rigolent tous, pasqu'y veut rire comm les autres Et, d'un coup, tchac !... y se voit du blanc à la braguette ! Aye ! Aye ! Aye ! qu'y pense : "j'ai oublié de fermer le magasin."
Vite, vite, y se met le chapeau en dessur, que les zorphelines y voyent pas et y rentre ça qu'y croyait que c'était sa chemise en dedans le caleçon Et y se prend l'air sérieux du gatt qui fait pipi en dessur la braise... Elle dit rien la michquinette, mais manque un peu elle pleure que Salvatore y lui a sarraqué son mouchoir. Et les gens encore plus y rigolent, sauf la mère Michu.
Reusement on arrive à la cathédrale en haut le cours Bertagna, et Salvatore tout couillon y s'escampe en vitesse comme un péteux... Direct y rentre chez lui à la Colonne. Pas même y se boit l'anisette chez Sauveur. Rien !... Et rien y dit chez lui, pass' qu'y veut pas que la honte elle lui monte à la fugure.
Et puis y pense plus. Même il oublie tout.
Et oualà que le soir, quand y s'enlève le falzard pour se coucher, la Carmella, sa femme, qu'est-ce qu'elle se voit pas ? Un machin blanc qui tombe par terre. Laisse qu'elle se le ramasse en vitesse.. Atso !... Que zacco l... Un mouchoir... de femme ! et de lusque encore ! En batiss' ac' des fleurs brodées de temps en temps... Oh ! dé !... Qui je suis, moi, pour que tu me fais ça ! ?... 0 cougoutz ! Splique-moi qu'est-ce qu'y fait dans ta braguette ce mouchoir ?... Aga-moi à le blanc des yeux et raconte pas de tchalefs !...
De cul y tombe Salvatôre, pasqu'y pense pas à l'homme-ni-bus. ducoup il a perdu là tchatche. Il est comme l'estatue la bouche ouverte qu'y sort rien !
Et au plus y dit rien, au moins y parle. Et au moins y parle au plus la Carmella elle se remonte la manivelle et elle se prend une rabia maouss !...
- Aga moi ce coulot ! ac' sa fugùre de couscous ! ce falso qui dit rien !... Si ti es pas péteux, à dis-le moi le ousque ti as trouvé ce mouchoir ?...
-Sainte Anna l'âziza ! si ma mère, la pôvre chérie, vivante, elle était encore, direct je retourne chez elle ! Pas une minute je reste ac' un fou-racheau comme toi !... Et encore tu dis rien ? Calamar !... Mieux tu te la fermes, hein !...
Tiens ! Si j'aurais pas peur que je viens veuve je te jette à la Seybouse que les poules y te sucent tes yeux de poisson crevé que tu m'arrégarde plus comme ça ! ! !
Alors le bœuf y lui monte à la figure à Salvatôre :
- Zeck ! Ké mouchoir ?... Va te le pillancoul !...
, -Oh ! dés ! A qui tu parles ? TU te prends la confiance ou quoi ?... Fais entention !...
-Aga voir, tu me manques encore, je te fous un taquet, ta langue de vipère en dedans la gargamelle, je te la rentre !... Un coup de tête empoisonné je te donne : six bosses je te fais !...
-Assez de tchalefs ou je t'envoie chez Thado, direc au cimitière, chez ta mère, en dedans sa caisse de morts !...
- Madona ! Entention, tu parles pas des morts, qu'elles sont encore fraîches dans la famille !... Mamamille ! Qu'est-ce qu'y faut se voir et qu'est-ce qu'y faut s'entendre !...
-Ma Carmella elle comprend qu'elle a dépassé la limite et elle est escagassée que son Salvatore qu'elle prenait pour un fouracheau, y fréquente intimement une femme à mouchoir brodé ! Alors depuis elle crève de jalousie, mais elle jette le voile en dessur ses soupçons et elle fait sa sucrée pour que son homme y fasse pas tchoufa...
-Et lui, ce maquereau, métenant y se gonfl' la poitrine comme un artiss'de ciléma...

Collectif Guelma France 2005