LE GUIDE DE L'ALGERIE

(extraits)

Le besoin d'un Guide en Algérie se faisait sentir depuis longtemps d'une manière impérieuse, car on a peu écrit sur cette contrée si intéressante et cependant si peu connue. Mais, depuis qu'elle est devenue la noble conquête de la France, son territoire est exploré dans tous les sens, ses profondes solitudes se changent en de riches plaines au milieu desquelles s'élèvent de beaux et riants villages. De jeunes et luxuriantes plantations ombragent déjà un sol naguère aride et nu; les arts, l'industrie répandent partout le bien-être et la vie, et font de cette vieille terre africaine une belle contrée de l'Europe méridionale, vers laquelle se porte chaque année une masse de voyageurs et de laborieux colons. C'est donc non-seulement à ces deux classes, mais aussi à l'homme qui, sans voyager, veut connaître ce pays si nouveau, que nous offrons notre Guide.
Son cadre, trop resserré dans la première édition,

l PRÉFACE. nous avait pas permis de présenter un tableau aussi complet que nous l'aurions voulu de tous les éléments de richesse et d'avenir que renferme cette colonie; l'agriculture surtout, qui doit être la hase fondamentale de sa prospérité future, n'avait pas reçu tout le développement qu'elle mérite. Dans cette édition, nous nous sommes principalement étendus sur le nouveau genre de culture que notre civilisation va introduire dans ce vaste pays, dans ces pittoresques et profondes vallées dont le sol ne demande qu'à recevoir pour produire. L'ordre suivi dans la première édition ne nous ayant point paru assez rationnel, nous l'avons modifié, afin de rendre notre Guide plus clair et d'un ensemble plus facile à saisir. Nous y avons joint un vocabulaire et une phraséologie française-arabe, qui seront d'un grand secours au touriste. Les intéressants récits que nous avons empruntés à de savants voyageurs et aux pieuses excursions de Mgr l'évêque d'Alger et de son grand vicaire, feront mieux connaître !e caractère et les mœurs des nombreuses tribus qui peuplent cette immense région que de gros et laborieux volumes. Enfin nous croyons avoir assez agrandi notre cadre pour offrir au lecteur un panorama complet de tout ce qui peut l'intéresser, soit comme savant, soit comme artiste, comme agriculteur, ou comme négociant. La plupart des faits que nous énonçons ont été puises aux sources authentiques; d'autres nous ont été communiqués par des personnes éminentes soit dans t'armée, soit dans l'administration civile de l'Algérie. Pour rendre cette édition aussi commode et aussi complète que possible, et éviter surtout de nombreuses répétitions qui ne font qu'embarrasser te voyageur, nous l'avons divisée en trois sections

1 La quarantaine imposée dans les ports de France aux provenances de l'Algérie fut d'abord de 30, puis de 16 jours; au commencement de 1833, elle fut réduite à 10 jours pour les bâtiments en lest ou chargés de marchandises non suspectes. Néanmoins, comme l'autorité locale, et avec elle le ministre de la guerre, insistaient pour que le temps de cette quarantaine fût encore diminué, ou tout au moins pour qu'on en déduisit la durée de la traversée, le ministre du commerce fit observer que les relations établies entre la régence d'Alger et des pays non habituellement sains, tels que l'Égypte et la Syrie, ne permettaient pas encore cette réduction il ajouta que les commissions sanitaires de nos possessions du nord de l'Afrique devaient au préalable adopter les mesures les plus rigoureuses contre le danger de ces communications, et que le ministre du commerce ne pouvait que maintenir le règlement sanitaire précédemment observé, au mois de juin l'introduction où se trouvent les avis au voyageur, les moyens de locomotion, les poids et mesures, les monnaies, les vocabulaires;

2°L'aperçu géographique, statistique, historique, le commerce,
3°la description des contrées, des villes, villages, etc.

C'est donc avec une pleine confiance que nous offrons notre Guide comme l'ouvrage le plus complet en ce genre jusqu'à ce jour

Néanmoins, comme l'autorité locale, et avec elle le ministre de la guerre, insistait pour que le temps de cette quarantaine fût encore diminué, ou tout au moins pour qu'on en déduisit la durée de la traversée, le ministre du commerce fit observer que les relations établies entre la régence d'Alger et des pays non habituellement sains, tels que l'Égypte et la Syrie, ne permettaient pas encore cette réduction il ajouta que les commissions sanitaires de nos possessions du nord de l'Afrique devaient au préalable adopter les mesures les plus rigoureuses contre le danger de ces communications, et que le ministre du commerce ne pouvait que maintenir le règlement sanitaire précédemment observé.

Au mois de juin La quarantaine imposée dans les ports de France aux provenances de l'Algérie fut d'abord de 30, puis de 16 jours; au commencement de 1833, elle fut réduite à 10 jours pour les bâtiments en lest ou chargés de marchandises non suspectes.
Néanmoins, comme l'autorité sanitaire précédemment observé. Au mois de juin ces provenances en patente nette pouvaient être admises indistinctement dans tous les ports de France.

Cet exemple ne tarda pas à être imité par plusieurs gouvernements étrangers. Ainsi les provenances d'Afrique, qui avaient été jusqu'alors soumises dans les ports de Sardaigne à une quarantaine de rigueur, n'eurent plus à subir, en 1835, que celle qui était dès lors instituée à Gênes à l'égard de ces mêmes provenances. Au mois de juillet 1836, la quarantaine de 14 jours imposée à Gibraltar aux provenances d'Alger fut réduite à 10 jours.
Nous ne pouvons mieux terminer l'introduction de notre Guide qu'en donnant au voyageur les premiers éléments d'un langage qui est aussi nouveau pour lui que les hommes qu'il vient visiter, et avec lesquels il désire communiquer ses pensées et ses besoins. Bien que notre cadre soit très resserré, nous n'avons pas moins introduit dans notre vocabulaire et phraséologie un assez grand nombre des mots et des expressions les plus usuels dans la conversation

L'Algérie est arrosée par un grand nombre de cours d'eau qui répandent la fraicheur et la vie dans les contrées qu'ils traversent.
Après un cours d'environ 45 milles et avoir traversé et fertilisé la belle vallée qui porte son nom et reçu de nombreux affluents, il va se perdre dans la Méditerranée, à 5 kilom. N.-O. de Kol-Mita.
Le Maza-Fran ( l'ancien Savus ) après un cours d'environ 18 milles, se jette dans la mer à l'est de (illisible)

. La Chiffa coule du nord au sud, et se perd dans !e Maza-Fran après un cours très-sinueux et très-encaissé d'environ 14 milles

. Le Hamise est aussi une rivière importante qui prend sa source dans les hautes montagnes des Beni-Yaïte elle prend différents noms d'après les districts qu'elle baigne. La Regia, qui se jette dans la mer à 12 kil du cap Matifou, ne coule qu'en hiver. Les nombreux tributaires qui prennent ordinairement le nom des districts qu'ils baignent.

En retournant vers l'ouest, nous trouvons, Le Sig ou Habra, qui, après avoir reçu le tribut d'un grand nombre de petites rivières et ruisseaux, va se perdre dans le fond du golfe à Séguia. Le dernier cours d'eau important qu'on trouve dans ces districts de l'ouest est la Tafna, devenue historique par le traité conclu sur ses bords entre le maréchal Bugeaud et Abd-el-Kader. Nous n'avons indiqué dans cette esquisse que les principaux cours d'eau de l'Algérie, sans parler de leurs centaines de tributaires qui arrosent, fécondent et rafraîchissent les pays qu'ils parcourent. Notre but a été, en présentant ce petit tableau au voyageur, de lui faire voir quel parti on peut tirer d'une contrée qui possède tant d'éléments de richesses agricoles

EAUX THERMALES.
Sans compter une quantité considérable de ruisseaux et de fontaines dont les eaux sont chargées de sel et de nitrate, l'Algérie abonde en sources thermales et minérales les unes sont sulfureuses, les autres ferrugineuses; celles-ci ne sont que tièdes celles-là ont un degré de chaleur insupportable.

Les bains chauds de Mérega, sur la rivière de ce nom, et ceux d'El-Hamman-Meskouten, au sud-ouest de Bône, sont les plus fréquentés; on les recommande pour les rhumatismes, la jaunisse, les affections nerveuses, etc.

La température des eaux d'Hamman-Meskouten s'élève jusqu'à 90 degrés centigrades.

Près d'Oran se trouve source dont l'eau est presque bouillante en sortant de terre, et non loin de là s'en trouve une autre d'un volume assez considérable pour faire tourner des moulins, dont l'eau est comme glacée au sortir de terre

BOTANIQUE.
Bien qu'en général l’Algérie ne soit pas une contrée très boisée, on trouve cependant sur le versant septentrional et vers une unité d'autres points d'épaisses forêts où prospèrent le pin le chêne-liège le ?, dont la hauteur atteint jusqu'à vingt mètres; le chêne blanc, le chêne à cochenille, qui donne une grande quantité d'une espèce dé cochenille dont on se sert pour teindre la laine en rouge croît partout.
Le chêne bellot se trouve dans les montagnes près d'Alger de Mascara et dé Tlemcen sa hauteur varie de 7 à 10 mètres; les naturels mangent son gland. Il est question de planter aussi le chêne quéréotex, à noix de galle et aussi, trois espèces qui produisent des substances propres à la teinture, et qui offrent une branche de commerce très-lucrative.

–Le lentisque se trouve dans l'Atlas, sur les collines et dans les jardins. – Le térébinthe croit dans les terrains incultes du grand Attas cet arbre atteint jusqu'à 20 mètres de hauteur son fruit est acide et se mange broyé avec les dattes.
– Le cyprès vient sur l'Atlas à une hauteur de 20 mètres.
–Le palmier chamérops croît partout, mais il préfère les collines incultes on fait avec ses feuilles macérées dans l'eau des cordages et des paniers.
Le palmier dattier croit avec abondance dans toute l'Algérie; mais ses fruits mûrissent à peine dans les districts septentrionaux;

c'est plutôt un arbre d'agrément pour les jardins et les maisons de campagne. Mais sur le versant méridional du grand Atlas, le dattier est pour les habitants une seconde providence; son fruit supplée à tous les besoins de la vie.

Dans sa plus grande force, le palmier donne 2 à 300 livres de dattes.-Le thuya prend peu de développement sur l'Atlas et les collines incultes où il se plaît.
Le myrte affectionne les mêmes localités que le thuya on le cultive dans les jardins; son fruit se mange et est rafraîchissant; son écorce sert aux tanneurs.
L'arbousier croit dans l'Atlas; son fruit est très-suave et a quelque ressemblance avec la fraise.
Le soumac épineux acquiert une hauteur de 6 à 7 mètres, son fruit, bien qu'acide, est d'un goût assez agréable; son écorce sert à teindre en rouge et à tanner le cuir.

Les arbres fruitiers de l'Algérie sont les mêmes que ceux d'Europe on cueille le fruit de l'amandier dans les premiers jours d'avril; l'abricot ordinaire mûrit en mai, les naturels l'appellent « boucher des chrétiens », parce qu'il occasionne souvent des fièvres et des dysenteries.

En juin, on mange la figue, des cerises et des prunes; en juillet et août, viennent les mûres, les poires, les pommes, la figue kermez, les pêches et les brugnons.
Ensuite ce sont les grenades et une espèce de poire piquante nommée kermez-nassarah, ou figue des chrétiens.
On trouve aussi dans cette contrée des noyers, les oliviers et des châtaigniers d'un assez bon rapport.

Le citronnier a des fleurs et des fruits toute l'année, mais l'oranger ne porte que vers la fin de l'automne le raisin mûrit vers la fin de juillet, et les vendanges se font en septembre; le vin est en général assez agréable

Les blés de l'Algérie varient de qualité suivant le terroir qui les produit; le plus estimé est une espèce de gros froment qui croît aux environs de Médéah.

On ne connait qu'une espèce d'orge; on y trouve aussi du seigle et un autre genre de blé dont le grain est corne c'est le triticum durum. Les Arabes l'appellent "jennah-nesser".
Le blé se sème vers la mi-octobre, l'orge 15 jours plus tard, et la moisson se fait à la fin de mai.

Dans les districts bien arrosés, on sème du riz, du blé de Turquie, et une espèce de millet blanc, nommé par les Arabes (illisible)
Quant à l Avoine, elle est peu cultivée; les chevaux mangent ordinairement de l'orge.
Le blé, une fois foulé et vanné, est serré dans des greniers souterrains nommés matamores, dont les plus petits contiennent environ 50 hectolitres.

Pour la culture du tabac, on choisit toujours des terrains gras et humides on le sème dans les premiers jours du printemps; sa hauteur est de 6 à 14 décimètres.
Les principaux légumes sont les fèves, les lentilles et les garvanços (espèce de pois chiche); on les plante vers la fin d'octobre (saison des pluies Les fèves se récoltent vers le commencement de mars, et deviennent dans cette saison la principale nourriture des habitants.

Ensuite vient la récolte des lentilles et des garvanços.
Les racines et les herbages se succèdent toute l'année avec abondance; les navets, les carottes et les choux sont bons et peu chers; vous trouvez des laitues, de la chicorée, du cresson, du cerfeuil, des épinards, différentes espèces de betteraves et d'artichauts, depuis le mois d'octobre jusqu'en juin.
Les choux-fleurs et le céleri sont fort beaux sous ce climat on les sème en juillet,et on les récolte en mars suivant.

C'est vers la fin de juin que commence la saison des melons musqués et des melons d'eau, fruits excellents dans ces brûlantes contrées, mais dont l'usage doit être modéré.

Tel était l'état agricole de cette ancienne Mauritanie quand les Français y ont porté leurs armes victorieuses escortées du génie de la civilisation européenne.
De notables améliorations se sont déjà opérées, et de nouvelles se poursuivent chaque jour avec zèle et persévérance

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