FIGUES DE BARBARIE

Le magazine Salama et Philippe Lamarque ont le plaisir de vous offrir deux articles parus dans le n°23 de septembre

Gare aux épines ! Soigneusement brossé, le fruit reste assez rugueux, mais un fois pelé, il enchante le palais.
Venu d'Amérique centrale, cet immigré de la gastronomie espère maintenant jouer un rôle dans l'exportation. Quelle étrange destinée qui passe son temps à se croiser !
Naturel, sans hybridation, ce fruit sauvage porte le nom savant d'Opuntia ficus indica, même si pour tout le monde, il reste le karmouss ennçara, la figue des Nazaréens, c'est-dire des chrétiens, puisque ceux-ci sont à l'origine de son acclimatation en Afrique.

D'autres l'appellent Aqarbuz, la mauvaise figue, d'après un jeu de mot qui rappelle que le fusil à silex, ou Muqala, s'appelle aussi l'arquebuse.
La figue de Barbarie colonise les espaces disponibles, du littoral jusqu'à la montagne. Elle partage avec la figue, la datte, la pêche, la pastèque et le melon une place de choix dans les corbeilles de fruits. Preuve que la gourmandise est un vilain défaut, si l'on en abuse, elle provoque une constipation. Ce cactus donne des produits de saveur variable selon l'emplacement du pied. Culture de l'Opuntia ficus indica à Souk Ahras dans l'est de l'Algérie.
Les figuiers de Barbarie peuvent servir de clôtures.

Plus il souffre de la chaleur sur un sol difficile, meilleurs sont ses produits. Ils restent savoureux en terres plus fertiles, où les rameaux des plantes grasses épineuses servent de clôtures dans les pâtures et les champs.
Aux temps lointains des lions qui terrorisaient le bled, et dont le dernier fut abattu il y a un siècle, le plan épineux protégeait les habitations.
Espagnols ou Français : qui l'a acclimaté ?

Selon le Dr Thomas Shaw, pasteur anglican et voyageur britannique excentrique, le fruit serait originaire du Mexique. Il décrit, au début du XVIIIe siècle dans son Voyage dans la régence d'Alger, le figuier de Barbarie comme endémique dans les environs de la ville :
" Nous ne devons pas omettre ici la poire piquante, dont l'espèce est apparemment venue d'Europe, puisque les habitants lui donnent le nom de karmouss ennçara. Beaucoup de familles n'ont pas d'autre nourriture [à la saison]. "

L'auteur ne précise pas que l'essence aurait été découverte par les conquistadors du Mexique à l'époque de Hernán Cortés, qui l'auraient importée à Oran du temps du préside espagnol.
De là, elle se serait répandue dans tout le Maghreb. Ce ne serait guère étonnant lorsque l'on sait que Cortés et sa famille étaient présents au siège d'Alger par Charles Quint en 1541 et que son galion fut coulé dans la baie - où l'épave repose toujours avec son trésor - lors de la tempête qui sévit à ce moment-là.

Une autre hypothèse serait l'origine française de la plante. Qu'il y ait eu une espèce introduite par les Espagnols en 1492, nul ne le contestera, mais la variété, qui se traduit par les différentes couleurs du fruit (noir, vert, jaune ou rouge), confirme l'existence de plusieurs espèces.

Or en 1854, le corps expéditionnaire français au Mexique, qui comptait des tirailleurs, des zouaves, des spahis, des chasseurs d'Afrique et la Légion étrangère, de retour en garnison, rapporta des plants pour le jardin d'essai d'Alger.
Ces soldats ne pouvaient qu'être séduits par le fruit qui, distillé, produit une liqueur comparable à la téquila.
De nos jours, les botanistes en extraient les graines en huile, calment les douleurs cutanées.

Riche en calcium, magnésium et vitamines, pauvre en calories, la figue de Barbarie séduit les élégantes qui veulent garder la ligne.

Source: Philippe Lamarque de l'Académie des sciences d'outre-mer septembre 2015 o N° 23 Salama 57

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