PORT-VENDRES
ROUSSILLON

L'exode des rapatriés d'Algérie dignement commémoré

Un peu d'histoire:

Entre mars et septembre 1962, puisqu'il n'y avait pas d'autres alternative que "la valise ou le cercueil'; les villes et villages d'Algérie se vident de leur population européenne comme si un barrage s'était rompu. Des rotations incessantes d'avions et de navires à destination de Port Vendres et Marseille débarquent près de 700.000 Pieds-Noirs sur le sol de la métropole (70 % de la population française d'Algérie). Autant d'hommes et de femmes qui partis dans l'urgence n'emporteront comme seuls biens que quelques vêtements jetés dans des valises et ne reverront pour certains jamais leur terre natale.
Pas grand chose n'était prévue pour leur arrivée. Beaucoup durent dormir dans les rues en arrivant en France, où la majorité n'avait jamais mis les pieds et n'avait ni famille, ni soutien.

Cependant, après l'âpre accueil reçu dans certaines villes, les Pieds-Noirs s'intégrèrent rapidement, contribuant à l'essor économique des années 1960, notamment dans les régions de Provence, et de Languedoc-Roussillon dont le climat rendait un peu plus doux leur changement de vie. Des villes auparavant endormies ont connu un coup de fouet économique qui a contribué à leur dynamisme actuel (Montpellier, Perpignan, Nice, et particulièrement Marseille).

Ces Français qui avaient tout perdu ont tracé leur chemin en créant des PME notamment dans le bâtiment, la confection, les services mais aussi en s'imposant dans les professions libérales tels que médecins, vétérinaires, avocats, notaires ... ou encore dans l'agriculture. N'oublions pas les métiers des arts (musique, cinéma, show-business) et du sport où nombres de Pieds noirs sont des références (Marcel Cerdan, Julie Piétri, Patrick Bruel, Guy Bedos ou encore Pierre Lartigue plusieurs fois champion du Paris-Dakar et président d'honneur de l'association des Pieds-Noirs et amis de St Cyprien).

La France quant à elle aura gagné des citoyens courageux, déterminés à s'en sortir, qui ont beaucoup apporté par leurs coutumes (cuisine, expression ... ) .

En 1962, Port-Vendres a été la tête de pont de l'exode dans le département. Des milliers de Français d'Algérie ont débarqué sur ses quais en seulement quelques semaines. C'est la raison pour laquelle la commune avait programmé ce 26 mai, pour le cinquantenaire de l'arrivée des PiedsNoirs, une commémoration d'envergure. Dans son cadre, les représentants de la municipalité et des associations de rapa-triés ont tout d'abord inauguré, vers 11 h, une stèle commémorative située sur le quai Forgas, à côté de l'église.

"Le temps a atténué les souffrances"
"Suite à leur arrivée, les Pieds-noirs se sont tournés vers leur avenir avec courage et abnégation, a notamment déclaré à cette occasion le maire, Jean-Pierre Roméro. Cinquante ans ont passé. Certes, le temps a atténué les souffrances et les cœurs se sont apaisés. Mais rien n'est oublié~' Le Port-Vendrais Jean-Marie Cacciuttolo a également pris la parole dans la foulée au nom du collectif des rapatriés, qui ont eux-mêmes financé la stèle. Puis, en début d'après-midi, quatre statues de saints particulièrement vénérés par les Français d'Algérie (Notre-Dame d'Afrique, la Vierge de Santa-Cruz, Saint-Augustin et Saint-Cyprien) sont arrivées par bateau. Les participants les ont portées en procession jusqu'à l'église, où une messe a été célébrée vers 17 h 30.
Après une kémia géante préparée par les femmes Pieds-Noires de Port-Vendres et offerte à tous les visiteurs, l'artiste rapatrié André Cataldo a ensuite présenté son spectacle intitulé "Nos belles années en Algérie" dans le courant de la soirée.

Une manifestation digne, qui a su entretenir la mémoire sans pour autant raviver les vieilles rancœurs .

Alexandre Bauer, Photos: William Grimaldi

Avec l'aimable autorisation de monsieur GRANAROLO Jean, directeur de la Revue l'Arc Méditerrannéen 21 rue du moulin 66130 Corbère Les Cabannes
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