Exode

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Disait une chanson, il y a quelques années.
Cela parlait d'un autre drame de l'histoire
Car pour ce qui est du nôtre, on n'en parle nulle part.
Et pourtant sous un triste soleil de juillet,
Il y a cinquante-deux ans, eux aussi… Ecoutez :

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Qui arrivaient d'Oran, qui arrivaient d'Alger,
Qui avaient tout perdu, qui avaient tout quitté.
Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Ils s'appelaient Vincent, Rachel ou bien Kader,
Certains priaient Jésus, Yahvé et même Allah.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers,
Avec pour tout bagage une valise à la main,
Des larmes plein les yeux perdus dans le lointain,
Des enfants épuisés, le désespoir des vieux….
Et ceux qui arrivaient, étaient les plus chanceux
Car derrière eux, là-bas, d'autres avaient péri
Dans d'horribles tueries ou avaient disparu.
Et l'on ne savait pas, et l'on ne saurait plus !
Mais cette cruauté et toutes ces souffrances,
Ne surent émouvoir les gens d'ici, en France...

Oui, c'étaient des Français, on l'avait oublié,
Pour la patrie, jadis, ils avaient combattu :
" C'est nous les Africains, Qui revenons de loin... "
Mais cela, désormais on n'en parlera plus.
Un seul espoir restait, l'accueil qu'on leur ferait ;
Celui-ci fut glacial pour les déracinés.

Je veux parler aussi des Harkis, nos frères,
Qui luttèrent vaillamment contre les fellaghas.
Beaucoup d'entre eux, hélas, furent assassinés
Car l'Etat refusa de les rapatrier.
Aujourd'hui on leur parle de réparation,
Et l'on dit que la France va demander pardon
Pour ces crimes impunis qu'ils n'ont jamais commis.
Ils hurleraient les mots s'il fallait les hurler
Pour qu'un jour leurs enfants sachent qui Vous étiez !

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers,
Qui arrivaient d'Oran, qui arrivaient, d'Alger,
De Sétif, de Blida, de Bône ou de Constantine,
De Tlemcen, Mascara, Mosta et Misserghin.
Cinquante-deux ans plus tard, vous êtes toujours là
Et vous savez qu'un jour la Justice viendra...
Et même si certains ne veulent pas écouter,
C'est pour vos descendants que vous témoignerez :
D'avoir été, toujours un peuple de pionniers.

Vous êtes vingt et cent, vous êtes des milliers,
Solidaires et confiants face à l'adversité.
N'oubliez pas Oran, n'oubliez pas Alger
Dans cent ans encore vous serez des milliers.

Perpignan .28-29 janvier 2012.
Maurice Calmein.
Site Internet GUELMA FRANCE