L'ENSEIGNEMENT PUBLIC EN ALGÉRIE

LYCÉES ET COLLÈGES DE GARÇONS
1925

Effectifs

L'effectif total des établissements secondaires publics de garçons de l'Algérie s'élève au chiffre global de 7.015 élèves, en augmentation de 219 unités sur le chiffre du précédent rapport.
La répartition par département est la suivante :
Alger.2.862 élèves, soit 82 de plus qu'en 1923-1924.
Oran : 2.353 élèves, soit 58 de plus qu'en 1923-1924.
Constantine..800 élèves, soit 79 de plus qu'en 1923-1924.
Totaux= 7.015 élèves, soit 219 de plus qu'en 1923-1924.

Répartition par catégories.

La répartition par catégories donne les résultats suivants:
Pensionnaires. 1.398 avec un gain de 36 unités
Demi-pensionnaires. 342 avec un gain 12 unités
Externes 5.275 avec un gain 171 unités
Totaux: 7015 avec un gain de 219 unités

Répartition par nature d'enseignement
.

- Deux classes ou groupements accusent un effectif déficitaire: la classe de mathématiques élémentaires (-15) et les classes élémentaires (-63). Par ailleurs, on constate partout des augmentations: +14 en mathématiques spéciales; +36 en philosophie ;+132 dans les classes du 2° cycle; +109 dans celles du 1er cycle; + 6. Seulement dans les divisions enfantines.
De ces variations, les unes sont sans doute purement fortuites, comme celles qui intéressent la classe de philosophie; certaines mêmes sont anormales et contradictoires (diminution des effectifs en mathématiques élémentaires alors que l'effectif augmente en mathématiques spéciales).
Par contre, les données relatives au 1er et 2 e cycle, d'une part, aux divisions élémentaires et enfantines, d'autre part, semblent avoir une valeur plus positive. Sans, doute, y a-t-il lieu d'en conclure que si l'enseignement secondaire proprement dit jouit d'une faveur tous les jours plus grande, les familles pauvres ou simplement aisées, .pour éviter des dépenses somptuaires, envoient de préférence leurs enfants dans les écoles primaires jusqu'à l'âge de 10 ou 11 ans.
Ainsi qu'il fallait le prévoir, la suppression du latin obligatoire a renforcé considérablement les effectifs de la division B dans le premier cycle (+265) au détriment de la division A (-189) et certainement aussi au détriment de l'enseignement primaire supérieur vers lequel auraient été dirigés nombre d'élèves fermement résolus à ne pas faire de latin. Ces chiffres indiquent de façon incontestable qu'une fraction Importantes des usagers de l'enseignement secondaire tient à un enseignement moderne.·
L'examen des variations d'effectifs dans les quatre divisions du 2e cycle ne donne aucune indication bien nette: on constate cependant une légère tendance à l'augmentation dans la section D (+19+16+8==43).

"
Répartition par nationalités.

- L'élément français a fourni à Constantine un contingent plus nombreux que par le passé (+62), tandis que les chiffres demeurent sensiblement les mêmes à Alger et Oran.
L'élément israélite, en augmentation de 45 unités à Alger et de 22 à Oran, perd 36 élèves à Constantine) .
Le recrutement des indigènes est partout en progrès (+32 à Alger; +28 à Oran; +49 à Constantine).
Il n'y a pas de, variation notable dans le chiffre des étrangers.

B. -
Enseignement. - Examens

En règle générale, l'enseignement est donné de façon assez satisfaisante si l'on tient compte des conditions défavorables dans lesquelles nous sommes placés au point de vue du personnel.
Français. - La crise du français est ici comme ailleurs et peut-être davantage, étant donné que nos établissements reçoivent un grand nombre d'élèves qui, au début de leurs études tout au moins, n'ont pas l'habitude de s'exprimer dans notre langue avec toute :la correction désirable.
L'étude du grec est de plus en plus délaissée.

Langues vivantes
.

Les langues vivantes sont enseignées par des maîtres actifs et compétents. L'arabe domine comme c'est naturel, puis viennent les langues septentrionales, et en premier lieu l'anglais; l'allemand est cependant en progrès surtout au lycée de Constantine. L'italien n'existe guère que comme deuxième langue. L'espagnol n'est enseigné que dans les lycées d'Oran et d'Alger.
Les mathématiques sont enseignées presque toujours avec méthode et clarté.
La classe de mathématiques spéciales du Lycée d'Alger tend de grands services que traduit insuffisamment le résultat apparent au concours d'entrée des grandes écoles: en effet, un trop grand nombre d'élèves quittent cette classe pour achever leur préparation à Paris et une bonne part des succès obtenus par les lycées parisiens revient aux professeurs du lycée d'Alger.

Histoire géographie.

- Ces enseignements qui n'ont pas de sanction aux examens (ils sont subis, sans grand enthousiasme par les élèves soucieux surtout du diplôme à conquérir. Les classes portent souvent les effectifs à des chiffres énormes et sont une cause de plus d'insuccès.

Les classes élémentaires et préparatoires sont confiées en majeure, partie à des instituteurs et Institutrices qui connaissent leur métier, l'affirment et s'en acquittent avec un zèle réel.

Examens. - Les résultats aux examens du baccalauréat ont été les suivants :
Philosophie: 250 présentés, 170 reçus, soit le 68'%';
Mathématiques: 113 présentés, 67 reçus, soit le 59,2 %
. A (latin-grec): 31, présentés, 25 reçus, soit le 80,6 %';
B (latin-langues) : 201 présentés, 93 reçus, soit le 46,2 %'
C (latin-sciences) : 121 présentés, 78 reçus, soit le 64,4 %' ;
D (sciences-langues): 225 présentés, 97 reçus, soit le 43,1 %.

Au lycée d'Alger, deux élèves ont été reçus à l'Ecole Polytechnique, 1 à l'Ecole Centrale, 4 à Saint-Cyr; 2 jeunes filles ont été adn1ises à l'agrégation de mathématiques.

Au brevet d'arabe, sur 40 candidats présentés, 17 ont été admis (40 %).

L'éducation physique est donnée parfois par des militaires, selon les méthodes de Joinville; les chefs d'établissements sont d'accord pour se plaindre de ce que les moniteurs ne savent généralement pas manier les enfants. Ailleurs, des professeurs civils sont chargés de cet enseignement et n'obtiennent eux aussi que des résultats médiocres dus à l'Insuffisance du temps consacrés aux exercices d'éducation physique et au fait que les élèves préfèrent de beaucoup le jeu libre à la leçon traditionnelle. Des séances de tir ont lieu partout et intéressent les élèves.

C. - Situation morale
Les élèves plus turbulents qu'indisciplinés sont généralement animés d'un bon esprit et les fautes graves sont rares. Les observations qu'on a à leur faire portent plutôt sur le mensonge et l'esprit de fraude, la tendance au vandalisme et au larcin, le manque d'ordre, l'indolence, l'impolitesse, le manque de tenue, la trivialité du langage. Au demeurant et dans l'ensemble, nos élèves méritent notre affection, ils gardent un cœur sensible et ne sont pas incapables de mouvements généreux.

D. -
Situation matérielle

La situation matérielle s'est améliorée en bien des endroits; des transformations, des modifications importantes, des améliorations de tout ordre ont été réalisées. à Ben-Aknoun notamment les water-closets ont été entièrement refaits; l'ancien réfectoire des agents a été transformé; un escalier a été construit qui relie directement l'infirmerie au parc; celui-ci a été défoncé et considérablement embelli.
Au lycée d'Oran, un crédit de 105.000 francs a été accordé pour la réfection des plafonds des dortoirs, le remplacement ou l'installation de lavabos, etc ...
A Constantine, les lavabos des dortoirs ont été aménagés et une salle de douches installée avec tout le confort désirable; les cours ont été goudronnées et la salle de gymnastique bétonnée.
Enfin, il a été procédé un peu partout aux travaux habituels d'entretien, peinture et blanchiment.
La situation matérielle, dans l'ensemble est cependant bien loin d'être satisfaisante.

A Oran, Constantine, Tlemcen, Mostaganem, l'insuffisance manifeste des locaux nous oblige à refuser des élèves
A Philippeville, le collège est logé dans un vieux bâtiment humide et maussade à souhait, que les grands-pères des élèves actuels ont déjà connu tel quel; on peut envisager une construction nouvelle à brève échéance.
Enfin, Sidi-bel-Abbès attend avec impatience un local neuf pour son établissement d'enseignement secondaire; les travaux de cette construction vont être entrepris incessamment.

II. - LYCEES, COLLÈGES et COURS SECONDAIRES DE JEUNES FILLES

A. -
Effectifs

L'effectif scolaire qui atteint le chiffre global de 2.701 élèves, est en augmentation sur l'année, précédente à Alger (+81) et à Constantine (+38). A Oran, l'état sanitaire particulièrement mauvais pendant le mois d'avril, a provoqué une baisse momentanée de l'effectif qui, au -1er mai, était inférieur de 13 unités à celui de l'année précédente, mais s'est relevé ensuite.

Répartition par catégories.

- Le nombre des internes n'a pas sensiblement varié; celui des demi-pensionnaires s'est accru de 19 unités à Alger, grâce à l'ouverture de l'annexe de Mustapha-Supérieur. Les augmentations d'effectifs portent principalement sur l'externat.

Répartition par nature d'enseignement
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- Les classes secondaires ont augmenté leurs effectifs, par contre les classes primaires et enfantines sont en déficit; l'explication pour les filles, de même que pour les garçons, c'est dans la hausse continue du prix de la vie.


Répartition par nationalités
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- Le nombre des françaises augmente à Alger (+85) et à Constantine (+96); une diminution est constatée à Oran, dont nous avons déjà fourni l'explication. L'élément israélite conserve à peu près ses effectifs; quant aux élèves musulmans et étrangères, leur nombre peut être considéré comme insignifiant.

B. -
Enseignement. - Examens

Classes de lettres. - Le fait nouveau a été la transformation de la classe préparatoire en sixième. La plupart des élèves ont opté pour le latin. La diversité des professeurs, la difficulté des deux études nouvelles (latin et langues vivantes) ont bien un peu déconcerté les fillettes, mais l'année, somme. toute, semble devoir donner des résultats. Il est regrettable que l'on ne puisse confier au même professeur les enseignements du latin et du français.

Les classes de sciences, dans les années les plus avancées, reçoivent un assez grand nombre d'élèves intelligentes et laborieuses qui obtiennent des résultats très honorables ainsi qu'en témoignent les succès aux examens.

Examens.

- Les brevets de l'enseignement primaire sont complètement délaissés..
Le diplôme secondaire lui aussi perd du terrain que le baccalauréat gagne. La cause en est dans l'attrait qu'exerce le baccalauréat sur l'amour-propre des élèves et des familles par sa nouveauté et par les perspectives qu'il ouvre.
Malgré une préparation hâtive et trop superficielle, nos élèves ont obtenu aux examens du baccalauréat des succès parfois encourageants.
Des résultats particulièrement brillants sont signalés à Alger, classe de philosophie, où 32 candidates sur 38 sont admises, soit plus de 84 %
Au lycée d'Alger encore, 9 candidates se sont présentées à l'Ecole Normale de Fontenay, section - des Sciences, et deux ont été admises.

Education Physique

- Il n'y a pas de professeur en titre dans un certain nombre d'établissements où l'enseignement de la gymnastique se réduit à peu prés a rien. Ailleurs, les résultats sont médiocres par suite de l'installation défectueuse du lycée. On peut dire que d'une façon générale, en ce qui concerne l'éducation physique, nous en sommes encore à la période des tâtonnements.

C. - Situation matérielle
La situation matérielle s'est sensiblement améliorée à Alger, grâce à l'ouverture déjà signalée d'une, annexe à Mustapha-Supérieur.
Les locaux et cours de récréation sont insuffisants au lycée d'Oran où de notables améliorations ont cependant été introduites.
La situation matérielle laisse partout à désirer dans le département de Constantine; à Philippeville, les Cours secondaires sont installés dans un local vétuste et froid dans lequel il est impossible - et c'est regrettable - d'accueillir même des demi-pensionnaires.

A Bône, les crédits sont si réduits que les travaux mêmes d'entretien ne peuvent pas être faits.
A Constantine, le lycée est mal situé, en pleine ville arabe et les odeurs et les bruits du dehors rendent le travail difficile. Les locaux sont d'ailleurs insuffisants et il y a lieu de songer à transporter cet établissement sur le Coudiat..

III. - ENSEIGNEMENT SECONDAIRE LIBRE

Cet enseignement comprend huit établissements dans le département d'Alger (5 à Alger, 1 à Blida, 1 à El-Biar, 1 à Saint-Eugène) et 4, dont un récemment ouvert, dans le département d'Oran.
L'effectif total dans le département d'Alger est de 680 élèves contre 634 l'an passé. Le gain est presque tout pour Notre-Dame-d'Afrique qui, seule avec l'école Montalembert, pousse quelques élèves jusqu'au 2éme cycle.
Dans le département d'Oran, l'effectif total est de 257 élèves contre 240 en 1924. Si l'on considère que le nouvel établissement ouvert à Oran, compte 28 élèves, on constate que les trois autres ne progressent pas.

Site Internet GUELMA-FRANCE