MASSACRE DU JEUNE FRÉDÉRIC DÉFONDEAU.

A propos du massacre des cinquante canonniers dirigés imprudemment sur Alger, pour y aller chercher des munitions par ordre du général en chef, j4ai à retracer la mort malheureuse d’un jeune homme qui était l’espoir de sa famille et qui donnait les plus chères espérances ;
Il faisait partie de cette escorte et en a été une des premières victimes de la fureur et de la barbarie des Arabes.
J'ai vu débarquer ce jeune homme au camp de Sidi-Ferruch quelque temps après le débarquement de notre armée ; il se nommait Frédéric Défondeau ; il était fils d'un chef d'escadron du train des équipages.

Ce pauvre enfant était veau en Afrique, en amateur, pour voir le pays ; comme il connaissait au camp tous les officiers de même arme que son père, il partait le jour aussi bien que la nuit et suivait le premier convoi du train des équipages qui marchait, en s'aventurant avec les escortes qui accompagnaient les convois, toujours dans l'intention d'aller reconnaître le pays ;
Il avait ainsi poursuivi ses courses aventureuses, et était venu jusque sous les murs du fort de l'Empereur, où nous avions nos avant-postes où l'on construisait les batteries qui devaient battre en brèche cette forteresse.

Le jeune Défondeau allait toujours affrontant tous les dangers; on avait beau lui dire qu’il avait tort de s’aventurer ainsi sans nécessité et de l'exposer à des dangers imminents, puisque rien ne l'y obligeait ; néanmoins il suivait toujours son désir insatiable de parcourir et de voir le pays, curiosité qu'il a payée de sa vie.

C'est toujours dans ce même désir de connaître Blidah et Médéah que le jeune Défondeau avait suivi l'armée que le maréchal Clausel y avait conduite ; mais, par un hasard malheureux, il voulut suivre cette faible escorte qui allait chercher des munitions, tenant à profiter de cette occasion pour retourner à Alger, étant satisfait des deux villes qu'il venait de voir et ne calculant pas les nouveaux dangers auxquels il s'exposait en se rendant à Alger sous une escorte aussi minime, lorsque les Arabes étaient éparpillés sur toute la route et profitaient des moindres occasions pour tomber sur nos convois et sur nos détachements isolés ; c'est ce qui arriva à cette escorte des cinquante canonniers envoyés par le général en chef;
Ils furent surpris et tous massacrés, ainsi que les deux officiers qui les commandaient, et le jeune Défondeau n'y fut point épargné, quoiqu'il se défendit vaillamment et vendit bien chèrement sa vie ; mais il lui fallut succomber sous les coups des Arabes féroces, qui n'eurent point pitié de son âge et de son courage héroïque.
Lorsque cette nouvelle se répandit dans Alger, toutes les personnes qui le connaissaient donnèrent des regrets à sa fin malheureuse, surtout ceux qui l'avaient connu au camp de Sidi-Ferruch, lors de son débarquement sur la plage africaine.

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