IMPRESSION D'ALGERIE
PETITES HISTOIRES

Léon VAN AERSCHODT

DANSEUSES ET....

      Un sourire aux lèvres un diadème sur la tête, elle entre à petits pas. Elle avance comme une figure qui descendrait d'un relief égyptien. Levant alternativement les bras, elle porte sa main au front. Ses chevilles gracieuses égrènent des frissons d'anneaux d'or qui se touchent ... Son cou, chargé de colliers, tend la tête et semble implorer un baiser. Son corps lascif et gracieux avance ... avance ... avec des ondulations souples d'avant en arrière, de gauche à droite. Autour d'elle serpente une écharpe de gaze bleue, comme une vapeur azurée enveloppant l'idole de caressantes arabesques.. Elle se cambre, se dandine avec mollesse et affection, et suit par les attitudes lentes de son torse et les mouvements langoureux de ses bras, le rythme traînant des tambourins et des flûtes ... Beauté d'Orient, elle arrête, de moment en moment, son geste dans une pose de prêtresse antique ...
Ses mouvements, tantôt lents, tantôt hardis, expriment les sensations de son âme, envolée dans une extase ou délirante de plaisir.
Comme une houri venant du paradis de Mahomet, ses grands yeux noirs chargés d'amour, s'alanguissent dans un désir ... Son buste arqué se berce dans un roulement de hanches; des soupirs entrouvrent ses luxurieuses lèvres et son corps, avec l'indolente souplesse d'une volupté heureuse, se dresse et retombe dans un charmant abandon.

DÉCHIREMENTS.
Elle était belle. Cheveux blonds, yeux bleus.
Il y a un mois à peine, vous teniez dans vos bras, ce corps de fée aux langueurs exquises. Elle renversait, avec abandon, sa tête en arrière, pour sourire avec plus de grâce. Et dans ce sourire, passait avec une fierté câline l'éclat joyeux du bonheur. Ses bras blancs, avec l'élégance d'un col de cygne, entouraient votre tête de la fraîcheur rose de leur jeunesse
... C'était le printemps, c'était la vie, c'était l'amour!
Puis, un jour, vous avez senti, dans votre cœur, un déchirement affreux, vous vous êtes penché, en pleurant, sur un corps glacé, vous avez posé un baiser sur des lèvres muettes ..

vous avez prononcé un nom de femme ... Vous avez appelé ce cadavre par son nom! Et des larmes sont venues éteindre votre voix; des sanglots l'ont entrecoupée ... Vous avez gémi de douleur et de désespoir.
La tête tristement baissée sur la poitrine, vous avez suivi quelque chose de noir qu'on emportait, Quand vous vous êtes arrêté, c'était devant une fosse... Dans cette fosse vous avez vu descendre un cercueil et de cette fosse vous avez entendu monter le bruit sourd, qu'un peu de terre en y tombant, vous envoyait comme un dernier adieu!
En rentrant chez vous, vous avez pleuré en silence, seul dans votre chambre.
De temps en temps, vous êtes retourné au cimetière. Vous vous êtes accoudé à la grille d'une tombe... Et chaque fois, vous avez pleuré. Il vous a semblé que l'âme de cet être aimé flottait, dans ces lieux mystérieux, entre les croix de pierre et les monuments funéraires. Vous avez regardé vaguement les peupliers, les cyprès, les ifs taillés en pyramides qui balançaient entre les tombes ...
Vous avez passé seul, avec votre douleur dans l'âme, à côté de ces pelouses fleuries et de ces couronnes fanées, dont l'amitié et l'afiection s'étaient plû à embellir le plus humble tertre funéraire où repo-sait un être aimé. Tandis que vous sentiez en vous un charme mélancolique, la brise soupirait dans les arbres, un sanglot mourait dans votre cœur, et un oiseau chantait une complainte sur la branche d'un saule.
Pourquoi êtes-vous retourné au cimetière?
Pourquoi vous êtes vous arrêté devant cette tombe en disant dans un soupir :
" Elle est là !.
" Pourquoi avez-vous jeté des fleurs devant cette humble croix, et vous êtes-vous agenouillé? Pourquoi avez-vous prêté une voix au silence, en demandant une réponse à votre désespoir? .
C'est que là, à vos pieds, étaient, peut-être, ensevelis vos plus doux souvenirs, vos plus grandes affections, votre idéal, votre rêve et que vous espériez encore arracher à cette pierre tombale, un dernier murmure de consolation et d'espérance.
N'avez-vous jamais vu près des mausolées de marbre blanc, le voile noir d'une veuve qui, tenant un mouchoir à la bouche, secouait la tête à chaque sanglot qui soulevait sa poitrine? N'avez-vous jamais vu des enfants beaux comme des anges, pleurer sur une tombe devant une couronne flétrie, qui disait avec un ruban mauve et .ies lettres blanches : " A notre mère bien-aimée! "
N'avez-vous jamais vu? Alors, oh alors, vous avez compris ce que c'est qu'aimer! ce que c'est que souffrir! Et vous avez senti combien il est pénible de vivre, après avoir perdu ce qu'on a aimé.

CIMETIÈRE ARABE
          Que penser alors d'un peuple, sans entrailles, qui enterre ses morts à la hâte et les abandonne, sans autre sollicitude, le long d'une route? Un monticule de sable, aux deux extrémités duquel se dresse une brique de boue, ou un morceau de pierre.
Pas de croix, pas de couronne, pas de fleurs. Pas de clôture. Des tombes oubliées sur le sable qu'emporte la brise. Aucun nom. Aucune date. Tout y est anonyme.
elles jouaient gaiement, comme en un jour de fête. Elles étaient joyeuses. Est-ce donc pour rire et causer que les Arabes viennent au cimetière?
Peut-être bien!, cependant ils viennent aussi jeter, sur les tombes de leurs morts, un rameau vert, et déposer, dans un orifice qui se trouve à l'une des extrémités du tertre, un petit pain et quelques cailloux qu'ils arrosent d'un peu d'eau. Pauvre pitance pour ceux à qui Mahomet promit ce qu'il y a de plus agréable, dans l'asile que Dieu a préparé pour ceux qui ont la piété. (( Des jardins arrosés par des fleuves, une vie éternelle, des épouses purifiées et la bienveillance du Seigneur qui a l'œil ouvert sur ses serviteurs (i). "
(1) Coran, chapt III, vers .~.

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