CARNOUX EN PROVENCE
née dans la garrigue de la volonté des rapatriés

La ville de Carnoux-en-Provence a été créée de toutes pièces voilà quelques décennies à peine, dans une vallée sauvage entre Aubagne et La Ciotat, à l'initiative des premiers Français revenus du Maroc puis d'Algérie. Un événement unique en son genre Une vallée provençale comme il yen a tant. À quelques petits kilomètres à peine du Garlaban et de l'univers de Pagnol. Là, étendue le long de la départementale 41E, une petite commune, entourée de garrigue, de pins d'Alep, de chênes kermès et de calcaire, Carnouxen-Provence mène une vie paisible. Une vie encore très jeune: Carnoux est sortie de terre à la fin des années cinquante et, voilà moins d'un demi siècle, a pris le nom de "commune" !

L'histoire de cette ville est exceptionnelle. Unique même. Elle commence en 1956, de l'autre côté de la Méditerranée, au Maroc ... "C'est alors la fin du protectorat et l'indépendance" explique Nicolas Bouland, historien, adjoint au maire de Carnoux, qui a publié une étude universitaire sur le sujet, baptisée "Carnoux, lieu et enjeux de mémoire des Français du Maroc décident de créer la CIF, Coopérative Immobilière Française, sous l'impulsion d'Emilien Prophète dans le but d'offrir aux Français du maroc un lieu de villégiature en métropole': Dès 1957, le promoteur au nom prédestiné recherche un terrain dans le Sud-Est et entend un peu par hasard parler du lieu dit "les Carnoux'; où subsiste d'un lointain passé une seule bâtisse, la crémaillère, ancien relais de diligence postale ... "Le terrain appartient à trois communes, Aùbagne, La Bédoule et Cassis. Il n'y a pas d'eau, pas de route, mais Emilien Prophète est séduit: il achète le terrain aux trois communes et lance la construction d'un lotissement".

Les investissements, privés, sont colossaux. Il faut amener l'eau, l'électricité, le gaz. "La CIF installe tous ces équipements au cours d'importants travaux. Les premières zones sont construites, dans une architecture coloniale ... Les acheteurs sont les Français du Maroc qui n'habitent ici que l'été, pendant les vacances ".
Mais l'opération, malgré les premières ventes est au bord de la faillite en 1961. "C'est un semi échec, devant l'imbroglio administratif. Le lotissement est installé sur trois communes et deux cantons !" précise Nicolas Bouland.

Tout va bientôt changer avec la fin de la guerre d'Algérie et l'arrivée des rapatriés qui s'en suit. "lls arrivent surtout à Marseille ... Beaucoup alors entendent parler de Carnoux et décident de venir s'y installer". Rapidement, le lotissement atteint les 400 habitants; de nouvelles constructions sont lancées et les rivalités entre anciens d'Algérie et ancien du Maroc vont s'estomper. Une petite communauté naît et dès 1963 organise des manifestations festives et religieuses "5000 personnes viennent lors des fêtes ". Le lieu devient un peu, déjà, celui de la mémoire ... "Dans r la pensée se crée l'idée de symbole d'une communauté en exil, assez repliée sur elle-même" ajoute l'historien.
Une autre idée se fait jour à la même époque, portée par la commission syndicale élue par les habitants: celle de faire de ce lieu des Carnoux une commune à part entière. "Demande est faite à l'état, mais trois enquêtes publiques devront être menées bien avant que n'aboutisse le projet. Les deux premières ont été des échecs, les communes d'Aubagne et La Bédoule ne voulant pas céder leurs parcelles de terrain".

Et c'est finalement deux ans plus tard, en 1965, que l'accord de tous est obtenu. "Et le 26 août 1966, Carnouxen-Provence devenait la 119e commune du département, par décision du premier Ministre, Georges Pompidou". Une délégation spéciale de gouvernance est mise en place et le 8 janvier suivant se tiennent les premières élections municipales. Pierre Marquet est élu premier maire de la nouvelle ville ...

Photo Internet
Lieu de mémoire de la population pied-noire
Une ville qui va peu à peu confirmer à la fois sa vocation de développement et son côté lieu de mémoire pour tous ceux qui ont été rapatriés. Ici a été construite l'église Notre Dame d'Afrique dont les cloches et statuettes ont été ramenées d'Algérie ... Des processions sont régulièrement organisées et une immense croix dressée face à l'Algérie a été plantée au sommet de la colline dominant la commune. "De la terre venue des pays du Maghreb a été répandue au cimetière où, jusqu'en 1981, les rapatriés habitant partout en France pouvaient se faire inhumer".
Carnoux devient ainsi le lieu ; de pèlerinage où l'ont vient , de très loin pour la procession du 15 aout ...

Aujourd'hui l'intégration est achevée, la ville s'est ouverte, de nouveaux carnussiens "non rapatriés" sont naturellement venus s'installer. Riche de 7 200 habitants dont à peine 30% sont des rapatriés de première génération Carnoux a malgré tout conservé ce profond attachement à sa propre histoire. "Une histoire unique" souligne l'adjoint au maire.
"La médiathèque Albert Camus conserve un riche fonds de mémoire sur l'Algérie française et la création de la ville. Beaucoup d'universitaires, de journalistes la visitent. La ville est tournée vers l'avenir mais n'oublie pas !.
Une association, Carnoux Racines, a même été créée il y a une trentaine d'années pour "sauvegarder et transmettre l'identité et la culture pied-noire':
Elle est présidée par Melchior Calendra, l'un des pères fondateurs de la ville .
Louis-Julien Cartier

Avec l'aimable autorisation de monsieur GRANAROLO Jean, directeur de la Revue l'Arc Méditerrannéen 21 rue du moulin 66130 Corbère Les Cabannes
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