CAMUS AUJOURD'HUI

La Ville de Nice, à l'initiative de son Député Maire Christian Estrosi, poursuit en cette fin d'année 2013 la commémoration du Centenaire de la naissance d'Albert Camus. Elle a débuté avec un colloque sur les différents aspects de l'œuvre d'Albert Camus, les 12 et 13 avril derniers au Centre Universitaire Méditerranéen.

Ce colloque, présidé par le philosophe Jean-François Mattéi, a réuni des spécialistes, venus de divers horizons, de l'ensemble du parcours humain, littéraire et engagé du Prix Nobel de Littérature.

Les lectures-spectacles des 10 décembre (Bibliothèque Louis Nucéra) et 18 décembre (Théâtre National de Nice) ont permis à des élèves du Lycée Masséna de célébrer le centenaire de la naissance de Camus. Les voilà embarqués dans une belle aventure avec pour pilote Jacques Bellay, comédien et metteur en scène au Théâtre National de Nice, assisté principalement d'Eva Siegle, professeur de Lettres, ainsi que de Claude Di Benedetto, professeur de musique, de Catherine Bessone et Martine Lanari, professeurs du Lycée Masséna et au Théâtre de Nice.

A travers quelques morceaux choisis et mis en musique par ces jeunes lycéens apparaissent certaines facettes du romancier, du dramaturge, du philosophe. Mais c'est surtout à une rencontre sensible et vivante que nous sommes conviés, celle d'un écrivain humaniste et d'une jeunesse qui trouve en lui tant de questions à partager sur le monde et sur l'homme. Lorsque le projet de célébrer le centenaire de la naissance d'Albert Camus a été proposé aux élèves du Lycée Masséna, ils ont, d'emblée, évoqué les œuvres qu'ils connaissaient le mieux, à savoir L'Etranger et La Peste. Sans doute 3 parce que ce sont des textes - qu'ils ont étudiés en classe avec leurs professeurs, mais aussi parce que ce sont des textes qui les ont marqués et qu'ils aiment tout simplement.

- A l'heure où il est difficile de se faire lire nos élèves, où le temps accordé à la lecture devient une peau de chagrin, où Il la concurrence de l'image est redoutable, reconnaissons que - Camus nous rend service et reste un auteur privilégié par les lycéens.

Ainsi Jonas, un élève de première, a-t-il tenu à lire un extrait de l'Etranger, roman qu'il avait découvert pendant les grandes vacances et dont l'écriture, l'histoire tout autant que le personnage, l'avaient fortement impressionné.
De son côté, Luna nous a lu un extrait de La Peste il s'agit du passage dans lequel, Tarrou et Rieux pendant un court instant oublient l'épidémie et partagent, le temps d'un bain de mer, un moment fraternel et heureux.

Il a fallu ensuite encourager les recherches, donner des "pistes" pour aller plus loin. Et c'est le théâtre de Camus que les élèves ont exploré pour rapporter des scènes qui semblaient entrer en résonnance, avec leur univers personnel et à leur époque.

Il nous a semblé en effet que les extraits de Caligula, des Justes ou de l'Etat de Siège, choisis par eux, répondaient à leur quête d'idéal et d'absolu ... et à leurs doutes.

La passion qui dévore Caligula, la violence des poseurs de bombes, la dictature...alimentent le questionnement de nos jeunes élèves, eux qui ont entre 15 et 18 ans et qui s'interrogent sur l'Homme et le monde, sur le terrorisme, sur les liens entre l'individu et la société dans laquelle il vit.
Le travail a été long, exigeant et difficile. Jacques Bellay inlassablement reprenait le texte obligeait les comédiens, c 'est-à-dire des élèves qui n'étaient jamais montés sur scène à ressentir, exprimer, dire, bouger. .. devenir les personnages qu'ils incarnaient.
~ Cependant il nous a fallu sélectionner les textes et sachant que notre spectacle ne devrait pas excéder une heure demie, nous avons fait un tri.

Pour ce qui concerne l'engagement de l'écrivain, les élèves ont découvert "Les lettres à un ami allemand", un texte dense dont l'abord est difficile; nous avons choisi de le fragmenter et d'en confier la lecture à plusieurs d'entre eux.
Et puis il y a la sensibilité de Camus, sa terre natale, cette AIgérie si présente dans son œuvre et les textes plus poétiques.
Nous avons alors puisé dans les souvenirs d'enfance, ceux qu'il évoque dans le manuscrit inachevé, Le Premier homme dont Jacques Bellay nous lira des passages et dans les Noces.

Il dira également un extrait du Discours de Suède et la Lettre à Monsieur Germain que l'écrivain reconnaissant adresse à son Instituteur, celui qui a permis au petit enfant pauvre d'être le grand Albert Camus.

Enfin pour trouver un fil conducteur, eh bien, nous avons choisi d'explorer la liste des dix mots préférés de Camus, ceux que l'on trouve dans ses Carnets, rédigés entre 1935 et 1959 :
"Le monde, la douleur, la terre, la mère, les hommes, le désert, l'honneur, la misère, l'été, la mer."

L'ensemble se présente comme une mise en abyme puisque le metteur en scène est Jacques Bellay qui joue son propre rôle: il est chargé de mettre en place avec des élèves, qui jouent aussi leur propre rôle, un spectacle autour de textes de Camus.
Nous avons évidemment aussi de la musique, et nos élèves des classes de la section TMD (musique et danse) se sont impliqués avec passion dans le projet, (certains d'entre eux voulant à la fois jouer d'un instrument et jouer la comédie).
Ils ont été encouragés et soutenus par leur professeur Claude Di Benedetto, qui, lui aussi est monté sur scène et a joué le rôle du professeur de musique.

Bien sûr on a pas pu tout dire sur "Camus" regrette un élève ... mais on pu peut-être, à travers ce spectacle, sentir combien - la rencontre a été forte et sensible entre ces lycéens et l'un des plus grands écrivains du XXème siècle.
Eva Siéglé, Professeur de lettres
Avec l'aimable autorisation de monsieur Jean Granolo que nous remercions, directeur de la publication "l'ARC MEDITERRANEE SUD EST", Touristique-Economique, Culturel.-mail commercialsudest@yahoo.fr-Tel. 04.68.84.14.59.