LES SIECLES OBSCURES DU MAGRHEB

CHAPITRE DEUX

..../....La caravane lentement au rythme mesuré du pas des dromadaires passa sans regarder les immenses trésors archéologiques laissés par les Romains. Pour les chameliers ce n'était que des ruines sans aucune importance. Ils ignoraient cette civilisation qui avait baigné les contours de la méditerranée. Cela n'évoquait en eux aucun sentiment. Ainsi, au fil des siècles ils regardèrent sans comprendre et sans essayer d'apprendre que d'autres avant eux avaient donné une âme à ce pays….

     Il ne fallut que trente quatre ans de présence Française pour que monsieur Joly redonne vie aux ruines du théatre antique de Guelma...

LES EMPEREURS DE CALAMA

La série des inscriptions impériale du musée de GUELMA est assez riche. Elles sont d'autant plus dignes d'attirer l'attention que la plupart d'entre elles n'ont pas jusqu'ici reçu le commentaire qu'elle méritent.

Trajan est nommé dans les deux dédicaces de Khamissa aux divinités capitolines. C'est encore son nom qu'on déchiffre sur une base de grès aux lettres rongées, qui doit être une borne de délimitation de territoire.
On a découvert autrefois à Guelma deux monuments épigraphiques en l'honneur de Vibia Aurelia fille de Marc Aurèle. Il n'en reste plus qu'un seul au musée. C'est un hommage de décurion à la patronne du municipe après la mort de Septime Sévère(,). Vibia Aurelia y est salluée, non seulement comme la fille de Marc Aurèle mais aussi comme la sœur de Septime Sévère qui s'était proclamé fils adoptif de cet empereur. Les fouilles d'Announa ont fait trouver une autre inscription en l'honneur de cette princesse Ce nouveau document apporte encore un témoignage de la popularité dont jouissait Vibia Aurelia dan la région surtout il en explique enfin la cause, On avait déjà conjecturé qu'elle avait épousé Antistius Burrus , consul en 181 (1). Cette hypothèse devient une certitude. La famille de Antistius était originaire d Announa où on a découvert sa demeure, des dédicaces en l'honneur de plusieurs de ses membres, et beaucoup d'inscriptions funéraires aux nom d'affranchis ou d esc1aves de la maison (4).C 'est donc à la veuve de Antistius Burrus assassiné sur l'ordre de Commode, son beau-frère, que les habitant de Thibilis ont dédié l' inscription. Celle-ci peut être datée elle fut gravée après la mort de Septime Sévère, sous le règne commun de Caracalla et de Géta, entre février 211 et février 212. Quand la mémoire de Géta eut été condamnée, son nom martelé fut remplacé par les deux épithètes Pius Félix ajoutées au nom de Caracalla,
Une inscription de Mdaourouch célèbre Caracalla, consul désigné et prince de la jeunesse, Elle est de 201, car l'empereur exerça pour la première foi le consulat en 202. Une autre, à peine plus récente est une dédicace en l'honneur de Septime Sévère et de Caracalla . Le nom de Géta y est martelé si faiblement qu'on peut lire avec facilité le passage qui le concernait.
Un second martelage plus profond œuvre d'une autre main, a effacé le nom de Fulvia Plautilla, dont le titre Augusta est encore visible, en fin de ligne. Une derniere inscription s'adresse à Caracalla seul empereur, et à sa mère, Julia Domna . Elle n'est pas antérieure à 213.

Deux dédicace presque identiques, trouvée à Guelma célèbrent Claude le Gothique. Elles sont de 268 .

Plusieurs fragments d'architrave portent le débris d'une inscription de Guelma, du temps de Dioclétien et de Maximien, qui fait mention de la restauration d'un temple par une femme Arminia Fadilla . Une inscription à l'empereur Constance, de 306 nomme le gouverneur de la Numidie Cirtéenne qui la dédia.
C'est Valerius Antoninus qui est désigné ici plus complètement qu'en aucun autre monument.

Constantin reçut à Announa en 313 -314, un hommage de Valerius Paulus, prince de Numidie(1), l'un des derniers personnage équestre qui ait gouverné la province avant qu'elle passât sous la direction de consulaires (1).
Valeriu Paulu, tout en adressant sa dédicace au seul Constantin, se dit pourtant le dévoué serviteur de plusieurs empereurs .Il n'y a pas ici un lapsus du lapicide. Il y avait alors deux empereurs régnants, reconnu en Afrique, Constantin et Liciniuce. Une seconde inscription placée tout près de la première, s'adressait à Licinius. On les lisait toute deux ensemble et Valerius Paulus pouvait, en chacune d'elle, se déclarer fidèle sujet des deux princes
Même M. Pallu de Lessert a fait justement remarquer que 1 hommage du gouverneur à Constantin doit remonter au plus tard, au début de 314, puisqu'au cours même de cette année, les souverains devinrent ennemis et se déclarèrent une guerre où Constantin triompha vite.

Le même empereur est encore nommé sur une borne milliaire où il a le titre de Maximus qu'on ne rencontre guère sur les inscriptions qu'en 315.

La pierre qui porte l'inscription à Constance a été réemployée, sur une autre face et dans un autre sens, pour la gravure d'une inscription du temps de Gratien et Valentinien Il (375- 378) où le proconsul de la province Censorinu, se vante d'avoir fait construire à Announa des portiques et un arc (6).

Basilius Cirrenianus curateur de la république de Calama, ancien prêtre de la province Afrique, est l'auteur d'une dédicace à un empereur du IV'siècle dont le nom est martelé (1). Ce personnage exerçait déjà le mêmes fonctions du temps de Symmaque qui fut pro consul d' Afrique vers 373 . Mais il n'avait pas encore exercé le sacerdoce provincial. Peut-être l'inscription s'adressait-elle à Maxime(l) ?

Un fragment très court signale une tétrarchie dont Gratien était désigné comme le premier empereur. Elle se constitua le 16 janvier 383 quand le jeune Arcadius reçut, à Constantinople, le titre d' Auguste que portaient déjà Gratien Valentinien Il et Théodose.
Elle ne dura qu'un semestre puisque Gratien périt, assassiné par Maxime, le 25 août 383. Aussi les documents épigraphiques qui associent les quatre empereurs, sont-ils très rares.
Deux Milliaires, voisins l'un de l'autre, d'une même route de Smyrne a Sardes portent leurs nom réunis('). Encore ce bornes, ont-elle d'un pays tout voisin de Constantinople. En Afrique, et même dans le monde occidental, il n'est pas d autre document épigraphique qui fasse mention de cette tétrarchie née en orient et si vite détruite(f).

Le même personnage qui dédia cette inscription Julius Ruticius, est nommé plus complètement, Juilus Rusticius Vesper son titre de curator rf.eip(ublicae) dans une autre, découverte en même temps que la première au théâtre de Guelma (,).
Il y avait alors trois empereurs et l'Afrique vivait sous le proconsulat de Flavius Clodianus, personnage nouveau sous ce nom, assisté du légat F1aviu Clodianus inconnu jusqu'ici.

Il est évident que la triarchie est presque contemporaine de la tétrarchie dont il vient d être question. Les empereurs qui la composaient sont Gratien, Valentinien II et Théodose car le proconsul Eucsignius de l'inscription ne peut être que cet Eusignius, gouverneur d'Afrique en 383 auquel Gratien adressa la dernière constitution qu'il ait expédiée avant a mort(·).

Une inscription dont il ne reste que des fragments nombreux gravés sur un onyx friable, rappelle une réfection de thermes de Mdaourouch ou un empereur du 1 v· siècle dont le nom est martelé (1). Peut-être s'agit-il de Julien dont la mémoire fut poursuivie par les chrétiens.

Un autre inscription des mêmes thermes, assez facile à compléter, célèbre longuement une restauration partielle de l'édifice sous le règne de Valentinien et de Valens(~). Le légat de Numidie était alors Fabius Fabianus . Celui-ci nous est déjà connu, à Guelma même par deux inscriptions. Dans l'une(l), il est associé au proconsul Julius Festus dans l'autre, le nom du proconsul manque mais ce ne peut-être encore que Julius Festus.
C'est le même personnage que devait désigner l' inscription de Mdaourouch. Le travail de réfection s'étendit à deux pièces. Dans l'une, se trouvait une piscine. L'autre était une cella soliaris, salle de thermes romain où étaient installée des baignoires particulaires ou de grandes vasques (J). Les deux chambres étaient si ruinées que leur pavement était détruit et que l'air chaud des hypocaustes se perdait. On fit appel à de artistes étrangers on employa le marbre les plus précieux pour tapisser d'une mosaïque nouvelle le sol de deux pièces. L'inscription est fort intéressante; elle aurait plus grande importance encore si la mosaïque s était conservée , car l'inscription servirait à la dater, Un dernier fragment découvert encore dans ces thermes, rappelle le souvenir d'une réfection plus récente, Le nom des trois princes qui régnaient alors, celui du gouverneur d'Afrique, ne sont pas conservés' mais on lit un cognomen du légat, Megetius et ce nom seul suffit à faire retrouver ceux du personnage du proconsul et des empereurs. En effet une inscription de Guelma (1), aujourd'hui conservée au Louvre associe le légat Thirius Crispinus au proconsul Pompeius Il n'y avait alors que deux empereurs. Honorius et Théodose. On ne pourrait donc rapprocher les deux documents si l'on ne savait par deux constitution du code Théodosien (l) que ce Porphyrius était déjà gouverneur d Afrique, en 407, avant la mort d'Arcadius, e t donc lui qui doit être désigné avec son légat Megethius .
Les trois empereurs sont Arcadius, Honorius et Théodose' le proconsul Pompeius Porphirius. Quant à la restauration dont il est ici question elle semble plus importante que la précédente. Il y est surtout parlé d'une pièce voûtée, camoera, et de sa suspensara. Le second terme est nouveau dans l'épigraphie d'Afrique. Il désigne l'ensemble de la construction qui permettait en quelque sorte de suspendre la chambre de bain au-des us d un souterrain Où circulait l'air chaud. Les trois inscriptions que l'on vient d'étudier ont été découvertes en débris, employée comme matériaux dans les murailles des thermes que monsieur Joly a fouillé en 1906. Elles rappelaient des travaux partiels de réfection exécutés tous en l'espace d'un demi-siècle.

L'édifice devait très ancien déjà; ces pièces à hypocauste se détérioraient rapidement à la chaleur : on faisait les réparations au jour le jour. Enfin on utilisa les pierre où était inscrit le souvenir de toute ces restaurations successives pour une dernière plus récente encore.

Le dédicaces à des fonctionnaires impériaux sont très rares.
L une d'elles adressée à Q. Domitius Victor personnage équestre, patron de Guelma est un bel exemplaire de l'épigraphie de la période Antonine(I).

Il ne reste plus que des fragments d une autre à L. Sanius Victor, personnage consulaire, qui fut "curator reipublicae" de la colonie de Guelma au IIl Siècle(').
Une inscription d Announa nomme Julius Pudens qui fut questeur et tribun du peuple(j).
La plus intéressante est encore celle de Q., Postumius Romulus, qui le premier de Thuburcitains revêtit le laticlave.

Sources :Source : Musée de Guelma : F G DE PACHTERE membre de l'école française de Rome. 1909

Site internet Guelma-France