ÉVENEMENTS DE SÉTIF,
par Roger Benmebarek
Préfet honoraire
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CAHIERS DE LA MÉMOIRE
N° 2
http://www.rogerbk.com
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Avertissement

      La présentation ci-après des « Événements de Sétif Mai 1945» est le reflet fidèle de la mémoire de l’auteur, placé en 1945 et 1946, au coeur de la Commune Mixte de Takitount, à Périgotville, dans le sillage de son père qui en fut l’Administrateur, succédant à René Rousseau, mort victime du devoir, le 8 mai 1945.
      Ceci est un aperçu résumé de son témoignage, doublé d’une contre-enquête, qu’il mène par ailleurs, avec le souci de la plus stricte objectivité, voulant expérimenter les principes de recherche préconisés par son rapport remis au Premier Ministre, le 13 janvier 2006, pour préfigurer une Fondation pour la Mémoire de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc.

       La thèse présentée ici n’engage que son auteur.
R.B.

Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur memoireatm@aol.com

X Meurtres -- Barrages
D’après la carte Algérie Michelin 151. 1951 ©

ÉVENEMENTS DE SÉTIF
MAI 1945

par Roger BENMEBAREK
Préfet honoraire

Carte 1/ 2 000 000 Algérie 1951

Les faits
L’interprétation des faits

§ 1- La situation générale de l’Algérie le 8 mai 1945
§2 - La manifestation urbaine du matin du 8 mai à Sétif
§3 - L’extension des troubles
§4 - Le rétablissement de l’ordre
Les conclusions d’une enquête objective
§1 Ce que ne furent pas les « événements de Sétif »
§2 - Ce que furent les « événements de Sétif »
§3 - Ce que fut le rétablissement de l’ordre
Que sont aujourd’hui, les « événements de Sétif » ?
Photos.

         Les événements de mai 1945 en Algérie, dits « événements de Sétif », avant d’être appelés par certains « massacres de Sétif », laisseront sûrement des questions sans réponse, mais les faits peuvent être appréhendés objectivement et preuves à l’appui. La démarche ci-après tente d’élaborer une réponse aux dérives de nombreux commentateurs qui se situent aux confins d’une histoire instrumentalisée et d’un imaginaire exacerbé.

1.
Les faits

         Le matin du 8 mai 1945, jour de la victoire mettant fin à la seconde guerre mondiale, une manifestation organisée à Sétif par les scouts musulmans, qui aurait du exprimer la joie, tourne au drame. Des crimes sont commis après que la police ait donné l’ordre de replier une bannière interdite. Le bilan est lourd : 21 personnes, de souche européenne, sont massacrées dans les rues de cette petite ville de 40 000 habitants, chef-lieu d'un arrondissement du Constantinois, 36 sont blessées.
         Le même jour, à partir de 14 heures, le lendemain, puis le surlendemain, 80 européens sont tués, hommes, femmes, enfants. Les faits se produisent pour la plupart, dans la commune mixte de Takitount, située au nord de Sétif, dans la Kabylie des Babors. Les premiers, l’Administrateur de la commune mixte, René Rousseau et son adjoint, Yves Bancel, tombent dans un guet apens sur la RN 9 reliant Sétif à Bougie. Ils sont enlevés, puis sauvagement abattus. Au même moment, non loin, l’abbé Navarro est abattu alors qu’il traversait à moto, le village d’El Ouricia, à 12 kms de Sétif. Pendant trois jours, les villages de Périgotville, Amouchas, Kerrata, Chevreul, Sillègue, connaissent des meurtres, des viols et des pillages.
        L’armée intervient pour rétablir l’ordre. Le nombre des victimes de ces opérations est imprécis et il fait toujours débat. Certains n'hésitent pas à parler de génocide ! Les responsables français, militaires et civils, s’en tiennent à 1 500 victimes. Les estimations américaines, en 1945, font état de 40 000 morts et ce chiffre montera contre toute raison à 70 000 ! Les historiens modérés font état de 6 000 à 6 500. Ce dernier chiffre n’est toutefois pas plus établi ; il parait excessif, confronté aux données de la région à l’époque et selon des responsables locaux d’alors. Le bilan le plus vraisemblable est 2 500.1 Les autorités officielles algériennes retiennent actuellement 40 000. 1 Evaluation A. Benmebarek, Administrateur de la Commune Mixte de Takitount, en 1945 et 1946,

2.
L’interprétation des faits
.

       L’interprétation des faits s’organise autour de faits dûment prouvés et reconnus par tous, d’autres établis par une recherche avancée dans les archives publiques et privées et le recueil des témoignages contemporains des faits et d’autres enfin, logiquement déduits des précédents à l’issue d’une réflexion objective.

§ 1 - La situation générale de l’Algérie le 8 mai 1945.

          1. Le 8 mai 1945, la France est encore en état de guerre. En mai 1945, en cas de crise, les départements français d’Algérie peuvent être soumis au régime strict de l’état de siège. Celui-ci ne sera totalement levé que le 12 décembre 1945 : tout déplacement est soumis à la délivrance d’un sauf-conduit, tout port d’arme est interdit, tout rassemblement est proscrit. Toute manifestation doit être autorisée et encadrée. A tout moment, l’autorité civile peut transférer ses pouvoirs de police aux autorités militaires qui sont ainsi appelées légalement, à réprimer par les armes, quel qu’en soit le prix, tout comportement subversif. Un arrêté pris dès le 8 mai au soir, autorise ce transfert, sauf pour Sétif et Guelma intra muros.

          2. Une situation de réelle pénurie sévit. L’Algérie insuffisamment industrialisée, manque de produits essentiels. La pénurie est cependant généralement écartée par les commentateurs, en tant que cause directe des émeutes. Le ravitaillement est certes difficile et la sécheresse pénalise les récoltes. Le marché noir est certain. Mais lors des opérations, dans les mechtas (hameaux), on a trouvé des réserves. La zone la plus impliquée dans les émeutes, au nord de Sétif, a diversifié ses cultures et dépend d’une économie de montagne où les habitants vivent pauvrement, mais souvent en quasi autarcie. L’Administrateur de la Commune Mixte, Rousseau, est attentif aux aspects économiques et sociaux de sa mission.

          3. La vie politique a repris ses errements d’avant-guerre. Le prestige du Maréchal est encore grand au sein des anciens combattants et de la population indigène, mais les soucis immédiats de la masse de la population sont le ravitaillement et la lutte contre le marché noir. Le débarquement des forces alliées, le 8 novembre 1942, a replacé l’Algérie dans le conflit mondial et Alger, capitale de la France en guerre, a connu maints imbroglios politiques. Ceux-ci n’ont cependant pas eu de retentissement dans le bled, où on est loin d’écouter la radio, commodité à laquelle accède rarement la population rurale. Chez les indigènes, les journaux ne sont lus que par la minorité lettrée, dont les militants nationalistes. De fait, la guerre retient au loin les hommes des deux communautés, participant nombreux à la guerre. Les sujets politiques ne manquent pourtant pas : après l’assassinat de l’amiral Darlan et la rivalité de Gaulle - Giraud, l’épuration, le retour des partis de gauche et du PCA (Parti communiste algérien), l’émergence politique de la France combattante, le rétablissement du décret Crémieux, le retour des juifs dans la vie professionnelle, l’ouverture des camps de détention du sud algérien, etc. …
          Les nationalistes encore minoritaires, reprennent leur activité séparatiste, après avoir du freiner en leur sein, les agissements du CARNA, une fraction du PPA (Parti Populaire Algérien) prônant l’action violente pour arracher l’indépendance de l’Algérie et qui, dans ce but, avait offert sa collaboration aux nazis et aux italiens. Désavouée par le leader du PPA, Messali Hadj, cette fraction semble encore agissante tant que Messali et ses adjoints sont en prison, à Lambèse. L’administration d’Alger libère toutefois ces derniers au début de 1943, et les répartit en résidence forcée dans diverses localités, dont l’un, qui ne reste pas inactif, dans le village de Périgotville, au nord de Sétif. Une Commission des Réformes auditionnera Messali qui demande l’indépendance et Ferhat Abbas (UDMA), qui prône l’autonomie. Ce dernier a lancé le « Manifeste du peuple algérien » en mars 1943. La concertation semble engagée et l’ordonnance du 7 mars 1944 est une reprise améliorée du projet Blum-Violette d’avant-guerre. Mais l’assimilation est rejetée par le PPA et par l’UDMA.

         La présence américaine n’est pas sans effets sur la vie quotidienne de l’Algérie, avec les trafics d’armes et le marché noir de produits de l’intendance américaine. La réputation anticolonialiste des Etats Unis ajoute aux visées nationalistes. On suspecte même le Consul général, Robert Murphy, d’une action souterraine antérieure à 1942. La perspective d’une Charte des Nations unies proclamant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, fait que l’ex-PPA et les Amis du Manifeste s’agitent pour faire connaître leur mouvement aux alliés. En début de 1945, leur virulence redouble dans les villes et villages, notamment dans la région de Sétif, où ils sont fortement implantés. Les cellules AML y sont noyautées par les militants du PPA.

         4. Le 1er mai, des heurts surviennent à Alger et à Oran. Le bilan est de 3 manifestants tués, 19 blessés, 22 agents blessés.2 Les défilés réclament la libération de Messali Hadj, au plus haut de sa popularité. En résidence forcée à Chellala-Reibell, celui-ci a été soudainement transféré à Brazzaville. Néanmoins, on ne peut considérer que les masses populaires, notamment rurales, suivent ses idées. Les nationalistes se recrutent ailleurs, principalement au sein des professions libérales, parmi les petits fonctionnaires, dans les milieux religieux, et au sein des travailleurs de métropole


2 La guerre d’Algérie par les documents, Service Historique de l’Armée de Terre, 1990

          5. Depuis 1942, les autorités d’Alger sont progressistes. Le Gouverneur Général, Yves Chataigneau, est de sensibilité socialiste. La droite, pétainiste, est muselée par les risques d’épuration. L’agitation nationaliste inquiète et suscite des manoeuvres militaires démonstratives en Kabylie. Y a-t-il menace immédiate ? Messali est toutefois éloigné le 20 avril.

          § 2 - La manifestation urbaine du matin du 8 mai à Sétif.

         1. Les autorités ne prennent pas de mesures drastiques de sécurité en ce 8 mai, jour d’allégresse populaire. Elles autorisent des défilés propres aux indigènes. De fait, elles sont limitées par les forces de l’ordre disponibles. Pour l’Algérie grande comme plus de 4 fois la France, elles disposent de 40 000 hommes utilisables3. L’armée est engagée en Europe.

          A Sétif, 40 agents de police et 20 gendarmes, ne permettent de border le parcours du défilé. Aucun renfort n’est demandé. Des éléments militaires sont cependant maintenus en alerte, faisceaux formés, dans l’enceinte de la caserne, avec consigne de ne pas faire usage des armes. Le GUI 21, c’est 4 compagnies de troupes indigènes, unités d’instruction de la garnison. Les chefs souligneront leur loyalisme.

          2. L’intention de défier les consignes d’ordre est pourtant manifeste.
D’une part, les organisateurs indigènes demandent à défiler séparément ; leur cortège sera mené par les scouts musulmans. Les consignes d’ordre sont signifiées la veille et réitérées le matin même, par le sous-préfet; elles sont reçues par les organisateurs.Preuve en est, qu’avant le départ du défilé, le chef des scouts rappelle et contrôle l’interdiction du port d’armes et du brandissement de bannières autres que drapeaux français et alliés. D’autre part, un drapeau nationaliste est confectionné dans la nuit, son porteur, un scout, est désigné. Ce fait, revendiqué aujourd’hui par les anciens dirigeants du PPA, manifeste sans équivoque l’intention de défier l’ordre public. En 1945, en état de guerre, le déploiement d’un drapeau autre que national ou allié, est un acte de subversion caractérisé. C’est une atteinte à l’unité de la nation et à l’intégrité du territoire. Il est conforme à la Constitution et à la Loi, que le sous-préfet, autorité de police y veille. Le port de pancartes réclamant la libération du leader nationaliste Messali et les slogans criés (Libérez Messali, Nous voulons être vos égaux, Indépendance de l’Algérie), sont menaçants pour l’ordre public, mais pas juridiquement illégaux. Il fallait s’y attendre avec l’éloignement du leader à Brazzaville, le 20 avril.

           3. Des coups de feu partent après la tentative d’un commissaire d’arracher une bannière interdite. Le défilé de plusieurs milliers de manifestants (estimé à 8 000), commence à 8h 30. Dans le centre ville, la bannière aux couleurs nationalistes, des pancartes sont brandies, des slogans sont criés. Vers 9h, le commissaire chargé de l’ordre, légalement, ordonne le repliement du drapeau subversif. Frappé, il tombe à terre. Un coup de feu part. D’où vient-il ? La confusion est telle que l’auteur du premier coup de feu, meurtrier, ne peut être désigné et ne le sera jamais. C’est un objet de controverse. La première victime est-elle le porteur de bannière, Bouzid Saâl, ou cette fillette de 9 ans, Arlette Nakache, regardant le défilé, un bébé dans les bras ?

           4. La durée des violences est brève (au plus, une heure et quart) ; on relève un nombre important de victimes. Les premières sont européennes. Le détachement militaire (2 compagnies) alerté, intervient 2 minutes plus tard. Il accourt, mais ne tire pas. A sa vue, la manifestation se disperse dans le désordre.(3 ibidem). 20 gendarmes entrent en action. Des meurtres sont commis dans les rues avoisinantes et plus loin, au marché aux bestiaux. Une 3e compagnie se positionne autour des bâtiments publics à 9h 45, une autre reçoit à 11h, l’ordre de faire évacuer le marché. Elle y découvrira 5 cadavres d’européens. Au total, on dénombre 21 tués et 36 blessés. A 10h45, les forces de l’ordre reprennent le contrôle de la rue. A 11 h, le calme est revenu.
Les auteurs des massacres, qu’il faut bien distinguer de la foule des manifestants, en cours de dispersion, nombreux certes, agressifs envers les européens rencontrés, mais pas forcément prêts à assassiner, ont eu à parcourir, entre 9h 30 au plus tôt, et 10h45, au plus tard, les rues du centre et atteindre le marché aux bestiaux, beaucoup plus éloigné. Les meurtres ont été perpétrés durant le laps de temps d’une heure et quart au maximum, en des points éloignés les uns des autres. La quasi simultanéité des crimes, la participation des mêmes équipes à plusieurs crimes (cf. rapports de la PJ et comptes rendus d’audience) et l’acharnement sur les victimes, oblige à considérer en terme de temps, que l’ubiquité les tueurs n’est pas conciliable avec une présence en tête de cortège (scouts et cadres dirigeants), ni même dans le milieu et encore moins en queue de défilé, où les heurts n’ont pu être perçus sans un certain délai.

         5. La chronologie des actes de violence fait rejeter la présentation des crimes comme un mouvement de colère des manifestants. Les meurtres ont été commis immédiatement, dès 9h15, dans les rues avoisinantes et plus loin, au marché aux bestiaux de la porte de Biskra. On doit en conclure que les meurtriers étaient prêts à agir en marge des manifestants. On ne comprend pas autrement comment ces derniers auraient pu se transformer soudainement en tueurs sauvages, ivres de sang, comme ce fut le cas. Les nationalistes défilant en début de cortège, les jeunes scouts devant eux (leurs enfants sans doute pour la plupart), responsables, ne pouvaient être et ne l’ont pas été, accusés des forfaits commis avec de tels risques (cf. liste des prévenus). Pendant des années, d’ailleurs, la thèse d’une colère vengeresse spontanée, ne fut pas celle des nationalistes. Ils soulignaient seulement l’innocence des victimes de la répression. Qui alors, a tué les 21 européens, sinon des tueurs commandités ? Un complot ? Qui ?

          6. L’acharnement au couteau et à coups de « debouss » (bâton) au contraire, est la marque d’hommes venus du bled, plus que de citadins. Parmi les 21 morts de Sétif, 5 ont été abattues par armes à feu, mais on remarque 12 enfoncements de boîte crânienne, 3 éviscérations, des coups de couteau sur tous. Plus tard, le profil des inculpés devant le Tribunal militaire attestera qu’ils n’étaient pas de la ville. L’étude des archives fera apparaitre que des tueurs de l’après midi, à Sillègue, aux Amouchas, à Périgotville, étaient à Sétif, le matin. De fait, des « commandos » ?

              7. Les victimes indigènes de Sétif ne sont pas dénombrées. Si elles avaient été aussi nombreuses que le disent certains auteurs (des milliers), comment les effectifs dérisoires des forces de l’ordre (40 agents de police, dont nombre d’indigènes, l’armée n’ayant pas tiré) auraient-il pu s’y prendre en si peu de temps? Comment des morts et des blessés auraient été enlevés4 à l’insu du service d’ordre? Qui aurait dissimulé les corps de manifestants venus seuls ? Où les aurait-on conduits ? La sortie de la ville ne fut possible qu’après 13h 30.
4 Un message téléphoné des RG du 8 mai, 18h35, signale toutefois que « 50 musulmans ont été hospitalisés. Chiffre des morts non précisé » CAOM. 5 Rapport de l’OPJ, V. Vernet, du 22 mai 1945.

             8. Une action distincte du défilé modifie l’interprétation des «événements». Force est de se pencher alors sur les troubles dans la zone Nord, qui s’avèrent sûrement prémédités et organisés dès avril.

§ 3 - L’extension des troubles.

         Les autres malheureuses victimes des « événements de Sétif » seront tuées (65) ou blessées (55) dans l’après midi, le lendemain et le surlendemain, hors et loin de cette ville, sur les routes et dans 12 villages de l’arrondissement et dans 3 maisons forestières. 17 personnes seront tuées dans l’arrondissement de Guelma, mais dans un autre contexte, cette ville se situant à 237kms de Sétif.

          1. La diffusion de l’information vers les villages ne pouvait être immédiate. Aucune sortie de la ville ne fut autorisée avant 13h 30, les autobus ou autres véhicules ne pouvant quitter Sétif qu’après cette heure. Il faut garder présent à l’esprit qu’à part quelques taxis, les moyens automobiles étaient inexistants à l’époque (nécessité d’un sauf-conduit et pénurie d’essence). En 1945, les communications téléphoniques étaient quasiment nulles, peu pratiquées par les fellahs, le téléphone rare dans le bled, nul dans les mechtas. Enfin, les véhicules les plus rapides faisaient au maximum 50km/h sur des routes difficiles, la moyenne étant au dessous. Le 8 au soir, la radio, d’ailleurs peu écoutée, fut muette sur les événements. Il est trop facile, d’évoquer contre toute logique, le soi disant « téléphone arabe », le bouche à oreille d’une colline à l’autre.

         2. Au nord de Sétif, si la nouvelle des incidents n’a pu parvenir rapidement, pour les raisons exposées au § précédent, en revanche, elle a été reçue par des hommes organisés. Au regard de la chronologie et de la nature des crimes commis, la thèse de la préméditation se renforce. Les tués d’El Ouricia (Abbé Navarro) et d’Aïn Magramene (les 2 Administrateurs) sont tombés en tout début d’après midi sur des barrages de pierres, qu’il a bien fallu dresser sur la route et après que des hommes aient pu être rameutés pour ce faire. A Kerrata, 80kms plus loin, la nouvelle apportée après 16 heures ou 17 heures, par l’autobus Sétif-Bougie, la section des AML prend toute la nuit pour rallier ses troupes, définir les rôles et commettre le 9 au matin, les crimes et le pillage des maisons du centre, attaquant la Poste et la Justice de paix. A Chevreul, la soirée se déroule dans l’ignorance des incidents ; on fête la victoire. Les troubles ne débutent que dans la nuit. Les sections locales AML sont nettement impliquées, vues et désignées, y compris le personnel de justice.
            A Périgotville, des émissaires sont aussi venus. Le car de Sétif apporte les nouvelles, le 8 vers 15h, mais il est précédé vers midi,5 par un organisateur que les émeutiers attendent, prêts à agir. Les enquêtes de la police judiciaire, témoignent de la préparation et de l’exécution d’une stratégie propre à ce village, à partir du 14 avril. Le 8, quatre des tueurs sont venus de Sétif, armés et munis de pioches, en vue de défoncer les portes. Ils avaient agressé les administrateurs sur la route.

3. Les crimes commis à Sétif sont les premiers actes d’un complot, et non la cause des forfaits perpétrés au nord de la ville. Sans victimes à Sétif, les crimes commis au nord, auraient eu lieu. Ce signal, attendu, déclencha le développement d’une stratégie élaborée bien avant, vers le 14 avril, lors d’une réunion tenue à Constantine : coupure des communications téléphoniques, isolement des villages, neutralisation des hommes, et plus largement, isolement de la région des Babors. Les historiens développant la thèse d’un soulèvement populaire en tache d’huile, autour de la ville, bien commode pour faire du 8 mai 1945, le début de la lutte d’indépendance de l’Algérie, se contentent des apparences, négligeant le détail des faits et des indices (chronologie, contraintes de temps, profil des meurtriers, formes de l’action …).qui révèlent une stratégie de complot élaborée dans le secret, des semaines avant,6 appliquée par quelques hommes seulement.


6 Dépêche du Général Cdt la DT de Constantine datée du 13 avril. SHD 1 H 2845/D2

           4. La population indigène dans son ensemble, est restée passive. De fait, une bonne partie s’est réfugiée dans la montagne. Hormis certains qui tentaient de résister, les montagnards qui n’avaient pas quitté les mechtas à temps, les forces de l’ordre étant autorisées à tirer selon les règles de l’état de siège), sont à considérer comme des victimes. Des mechtas firent parfois elles-mêmes justice (cf. rapports P.J.)

           Le chiffre avancé à propos du nombre des émeutiers dans les villages concernés, des milliers dit-on, est à reconsidérer. Les rapports d’enquête de la police judiciaire, les auditions de témoins sont plus restrictifs. Si l’amplification du bruit et du nombre est compréhensible compte tenu de la peur ressentie par les témoins, peu ont pu assister de visu aux exactions commises, meurtres, viols, pillages. Ceux qui ont vu n’ont pas survécu, pour pouvoir témoigner, le réflexe bien légitime des autres étant de rester caché. 20 émeutiers font autant de bruit que mille. Les émeutiers incriminés se sont révélés être des membres des sections des AML et de l’ex-PPA interdit et la population indigène a été victime de l’inconséquence des comploteurs. Les tueurs se sont d’ailleurs aussitôt envolés. Certains referont surface en 1962. Le « djihad ! » entendu, lancé par les tueurs, était un cri de ralliement. Pour autant, l’intention de « guerre sainte » n’est pas démontrée au vu des églises non touchées par les émeutiers et des religieux (Pères blancs de Beni Smail) qui n’ont pas été inquiétés. Des « youyous » ont certainement été entendus, mais lancés par combien de femmes ? Un seul suffit, pour être perçu comme un encouragement.

           5. Autour de Sétif, tous les villages n’ont pas connu d’émeutes ; la thèse d’un soulèvement général ne peut être retenue. On décompte une douzaine de localités comme lieux des émeutes de mai 1945 : Sétif, El Ouricia, Amouchas,Périgotville, Kerrata, Chevreul, Sillègue, Canrobert, Aïn Abessa, Lafayette, Ampère, Davoust, Les Falaises et les maisons forestières de Aïn Settah, Tamentout et Tamsout. Le reste de la Petite Kabylie et de l’Algérie n’a pas connu la même agitation.
Pourquoi des localités auraient-elles été touchées et pas toutes les autres ?7

          7 Un télégramme du Préfet de Constantine au GGA, du 5 juin 1945, fera état de « 5 villages européens pillés dont 3 en partie incendiés, 1 incendié complètement ».
8 Rapports PJ, notamment PV dressé par le Commissaire de la PJ V. Vernet, le 22 mai 1945. SHD 1H 2845/ 02

          6. Compte tenu des éléments qui précèdent, comment parler du « soulèvement des tribus » ? Dans l’Algérie de 1945, des tribus ne sont plus identifiables. Sédentarisées au siècle précédent et mélangées, remplacées par des douars, elles ont vu s’effacer la solidarité tribale ou familiale et l’obéissance à un chef traditionnel. En 1945, les caïds, agents administratifs, ne disposent pas d’une autorité héréditaire. Restés passifs à des exceptions près, étaient-ils informés ? Il leur fut très justement reproché de ne pas avoir été à la hauteur de leur mission.

            7. Il n’y eut pas de « zone insurgée ». Autrement, comment expliquer que 3 jours après le 8 mai, dès le 11, les enquêteurs de la Police Judiciaire aient pu se rendre dans les mechtas de ces zones prétendument soulevées et se faire conduire par les habitants eux-mêmes vers les dépouilles de victimes, en l’occurrence, celles des administrateurs assassinés.
Toutefois, le vocabulaire employé en mai 1945, par les militaires paraît inspiré des souvenirs de la guerre du Rif, des confins algéro-marocains ou de la pacification du Sahara : insurrection, guerre sainte, tribus, dissidence, manifestations de soumission, aman. Ce schéma n’était pas applicable à la Petite Kabylie de 1945 mais cette présentation a sûrement faussé la vision objective des événements à l’époque. Les généraux Henry Martin, Raymond Duval sont tous deux passés par le Maroc.

          9. La consultation d’une carte fait enfin constater que les lieux d’émeutes, sont stratégiquement bien répartis et encerclent le massif des Babors, à l’Est, au Sud et à l’Ouest ; au Nord, il plonge directement dans la mer. Une stratégie d’isolement de ce territoire, très peuplé d’indigènes, mais de peu d’européens, fait supposer la volonté de créer un réduit. Ceci est corroboré par les témoignages enregistrés par la PJ, de transports d’armes, acheminées depuis Sétif, vers le massif du Tababort, début avril 1945, à l’initiative d’un élu municipal de Sétif. 8

            9. Les émeutes de Guelma à au moins 230 kms, sont enfin à distinguer nettement des troubles de Sétif, du fait du contexte local et du déroulement des faits, différents. L’amalgame conduit à une interprétation erronée de l’histoire des journées de mai dans les deux régions. Si le nombre des morts européens y fut de 12, à partir du 9, pour 90, dans le constantinois, et si le nombre des arrestations y fut la moitié du nombre établi pour l’arrondissement de Sétif, l’absence de bilan des victimes indigènes, hormis 9 agitateurs reconnus, fusillés en vertu de la législation de l’état de siège, l’absence du contrôle des incarcérations et la constitution, légale toutefois, d’une milice civile – il n’y eut pas de telles milices dans le sétifois - ont permis des supputations défavorables à l’autorité civile locale. Cet amalgame, rarement sans arrière pensées, entache les « événements de Sétif » d’un doute qui doit être levé en toute transparence, preuves à l’appui.

§ 4 - Le rétablissement de l’ordre.

            1. Les effectifs réduits des forces de l’ordre n’ont pu atteindre immédiatement les zones troublées. Des moyens de transport furent défaillants. A Sétif, les effectifs présents s’élevaient à peine à 40 agents de police (dont des indigènes), 20 gendarmes et 4 compagnies d’instruction de recrues locales. Ces éléments occupés en ville, le chef de la subdivision ne disposait pour intervenir dans les villages, que de la garde mobile dotée de half-tracks au nombre de 4. Des renforts furent demandés. Venant de Constantine, ils arriveront à 15 h50 (5 HT, dont 1 tomba en panne). 1 HT fut aussitôt dirigé vers Périgotville. Il dégagera le village vers 18 heures. Une compagnie du 15e RTS de Philippeville, retardée par des ennuis mécaniques, n’arrivera qu’à 22h.
Les jours suivants, les renforts, grappillés ici et là, au Maroc et en Tunisie, y compris en métropole, seront mis à la disposition du Général Cdt la DT de Constantine, pour maintenir l’ordre sur un territoire grand comme au moins une fois la France : 10 000 hommes au plus ! 3 700 seulement pour la subdivision de Sétif, la plus atteinte, la plus étendue et la plus difficile d’accès. Exemple des difficultés de mobilité : le 92e Goum marocain (85 hommes) arrivera du Maroc, dans 3 avions, à Constantine, du 19 au 22 mai. Stationné à Guelma, il récupèrera ses 25 mulets et 5 chevaux, arrivés par chemin de fer, le 25 à 22h30. Il n’interviendra qu’à partir du 28 mai.

           2. Force fut pour les responsables de l’ordre, de dégager en premier lieu les villages et de les protéger, avant d’envisager des expéditions plus larges, limitées par la faiblesse des effectifs. Les opérations de poursuite hors des villages débutèrent le 14 mai, les interventions dans les Babors, le 18. Les véhicules ne pouvant utiliser que des routes et des chemins carrossables, durent se contenter de pourchasser les émeutiers enfuis, le long des pistes et de rechercher les armes cachées dans les mechtas, déjà abandonnées par leurs habitants. Seize mechtas abandonnées furent incendiées9.


9 Une mechta désigne une demeure sédentaire, par opposition à la tente nomade, et comprend 3 à 20 gourbis. La moyenne d’habitants d’une mechta dans la région de Sétif, est une cinquantaine qui a presque toujours fui à l’approche des troupes. Télégramme GGA à Ministre de l’Intérieur, du 13 juillet 1945
10 Message téléphoné du 11 mai 1945, 11h52. Le commissaire Bergé demande à agir seul 24 h encore, avant l’intervention de l’Armée.
11 Archives Benmebarek, rapport Séguy-Villevalleix. Le but des opérations était de retrouver les assassins de Périgotville, dans leur douar.

            3. Les enquêteurs de la Police judiciaire ont précédé les militaires. Un renfort d’OPJ était sur les lieux dès le 9 mai. C’est sur leurs indications10 qu’ont été organisées des expéditions, aux cibles bien définies, pour traquer des meurtriers nommément désignés et trouver les armes cachées.11 Les opérations militaires ne furent pas - elles ne pouvaient l’être, faute de moyens – des opérations de ratissage.

            4. Force est restée à la loi. Les circonstances nationales, les obligations internationales – ne pas froisser les anglo-américains - et une appréciation, trop sommaire des conséquences éventuelles du complot par les responsable de l’Etat, confrontés à d’autres préoccupations, ont conduit le gouvernement à en réduire la portée. Partant, il ne fut exigé que l’application du principe « Force reste à la loi », maîtres mots de l’administration dans l’Algérie de l’époque. Nul n’envisagea des opérations de grande ampleur, demandant du temps et des effectifs introuvables. Pour « investir » les Babors, plusieurs mois eussent été nécessaires ; on ne pouvait ouvrir une autre guerre.
           Par la suite, l’amnistie, largement appliquée en 1946, la commutation des peines de mort,12 le délaissement des poursuites, la libération de Messali et de F. Abbas, la participation des nationalistes aux scrutins électoraux ont manifesté ce désir, partagé, de réduire les effets du complot de Mai 1945.
12 C’est la clémence judiciaire qu’il faut évoquer à propos de mai 1945, à Sétif : Au 10 juillet 1947, 4 781 individus furent poursuivis et seulement 2484 furent déférés devant les Tribunaux Militaires. Sur 172 condamnations à mort prononcées, dont 38 par contumace, 34 furent exécutées. Sur 924 peines criminelles prononcées, 316 amnistiées d’office, 26 amnistiées par décret, et 582 soumises à l’examen d’une Commission spéciale et au Conseil Supérieur de la Magistrature. Toutes les peines correctionnelles ont été amnistiées. Certains inculpés, non des moindres, ont refait surface après 1962.
            Contrairement à ce qu’ils en diront plus tard, les milieux nationalistes ont eux-mêmes à l’époque, semblé vouloir réduire les événements de Sétif à une insurrection ratée, certes cause de nombreuses victimes, mais déclenchée par des éléments incontrôlés et irresponsables, n’ayant pas servi la cause séparatiste. Ces instigateurs ne se découvrirent pas avant 1962. Chargés du poids de l’échec, certains ne furent pas récompensés par l’Algérie indépendante

         3. Les conclusions d’une enquête objective.

Les conclusions s’imposent autant par la récapitulation des signes notés dans le déroulement des faits ci-dessus, que comme le fruit d’une réflexion logique et objective..

§ 1. Ce que ne furent pas les « événements de Sétif.

           1. Les événements ne furent pas un soulèvement populaire embrasant la région de Sétif, à la suite de la manifestation urbaine du 8 mai, ni une réaction de colère à l’annonce de victimes tombées lors du maintien de l’ordre.
           2. Ils ne furent pas la conséquence de la situation de pénurie, qui sévissait alors, ni l’engagement d’une révolte religieuse contre les chrétiens, et pas plus un « soulèvement de tribus ».
           3. Les massacres d’européens dans le nord de Sétif, ne furent pas liés au dérapage du défilé de Sétif. Les meurtres de Sétif, en marge du défilé, ne furent qu’un signal attendu.
           4. Les massacres de Sétif ne furent pas déclenchés par les états-majors des partis nationalistes. Les témoignages recueillis depuis, montrent que l’ordre de soulèvement du PPA aurait été donné le 11 mai, pour le 22 mai, « visant à soulager les populations de la pression du maintien de l’ordre » - alors que les troupes de maintien de l’ordre, n’étaient pas toutes sur place !! - et fut rapporté le 13 mai.

§2. Ce que furent les « événements de Sétif » en mai 1945.

         1. L’initiative, avortée, d’éléments nationalistes extrémistes, peu nombreux, qui ont tenté de déborder la direction de l’ex-PPA. Issus de la fraction préconisant l’action violente, ils avaient proposé leur collaboration aux nazis.
          2. Une action constantinoise et sétifienne, ignorée ou non, - on ne le saura jamais- du leader des Amis du Manifeste, Ferhat Abbas, montée dés le mois d’avril 1945 et exécutée par des hommes de main, peu éclairés, peu préparés et recrutés par les cellules locales autour de Périgotville.
          3. Pour les proches de Messali Hadj, éloigné le 20 avril vers El Goléa, puis Brazzaville, un moyen de lui faire retrouver sa position de n°1 du nationalisme algérien, menacée par Ferhat Abbas et l’Union du Manifeste Algérien.
          4. Une pression sur le gouvernement français, pour obtenir la libération du leader, éventuellement contre des otages (enlèvement des Administrateurs, qui vire au meurtre, avec la complicité du personnel de la Commune Mixte).
          5. L’application d’une stratégie d’isolement de la zone des Babors, par des barrages sur les routes, la coupure des télécommunications et la peur (crimes sauvages et victimes indéterminées) visant au départ des européens de la zone. L’isolement de la région visait à y proclamer un gouvernement et demander la reconnaissance des Nations Unies.
          7. Il s’agissait d’isoler Périgotville, siège de la Commune Mixte de Takitount, où « Dar Maïza » de la famille d’un adjoint de Messali, aurait accueilli celui-ci à sa libération. Périgotville, hébergeant le gouvernement autoproclamé, la neutralisation des Administrateurs, voire du médecin de colonisation, et des hommes européens dont la présence eut été gênante, s’imposait. 13


13 Le 8 mai 1945, à Périgotville, les victimes furent toutes du sexe masculin et les bâtiments publics furent préservés. Rapports de la Police Judiciaire. Archives Benmebarek.
14 Rapport Commissaire Principal Bergé du 30 mai 1945.CAOM 9H 44.
15 Autre signe du calme retrouvé, contredisant le bilan avancé depuis, des victimes de mai 1945, j’ai le souvenir personnel d’une excursion à dos de mulet, à la maison forestière des Babors, en plein massif, et bien sûr, sans escorte armée, Et ce, en avril1946. Et la population des mechtas nous accueillait chaleureusement … !.
§ 3. Ce que fut le rétablissement de l’ordre.

         1. Les effectifs de maintien de l’ordre disponibles étaient dérisoires, devant être répartis sur un territoire grand comme 4 fois et demie la France ! La subdivision de Sétif n’a pu disposer que de 3 700 hommes (dont une partie de recrutement indigène algérien. Les moyens matériels insuffisants, lents et vétustes, ont retardé l’acheminent de renforts.
         2. En 1945, en l’absence d’hélicoptères et avec peu de moyens tout-terrain, seulement à dos de mulet ou à pied, les populations s’enfuyant à l’annonce de leur approche, le contact était quasi impossible pour les troupes en opérations.
         3. Les conditions d’accessibilité et les difficultés de ravitaillement des troupes en campagne interdisaient des expéditions d’envergure, de plus de 3 jours.
         4. Au nord de Sétif, les opérations militaires furent orientées par les enquêteurs de la Police Judiciaire et accompagnées par l’autorité civile (à cet effet, 2 administrateurs furent dépêchés d’urgence dans la nuit du 8 au 9 mai) ; elles furent nécessairement limitées dans le temps. L’état de siège autorisait cependant l’action militaire de jour comme de nuit, de même pour les perquisitions de domiciles.
         5. Les colonnes militaires, forcément repérées de loin, ont rencontré des mechtas vidées de leurs habitants14.
         6. Malgré le souci de légalité du gouvernement, qui apparait nettement dans les archives, la punition immédiate de tueurs et de meneurs n’était pas à exclure, à la charge dune troupe confrontée à la sauvagerie des massacres et des viols de victimes innocentes. Parfois mitraillée, cette troupe ne pouvait pas ne pas se sentir placée en état de guerre.
         7. Le bilan des victimes indigènes doit être rapporté à la population de la Commune Mixte la plus concernée par les opérations de rétablissement de l’ordre, la Commune mixte de Takitount. Celle-ci comptait en 1946, 63 000 habitants, évolution normale et conforme au recensement antérieur de la population. Les listes du ravitaillement et les listes électorales des consultations de 1945 et 1946, ne font pas remarquer la disparition de bénéficiaires et d’électeurs. Au coeur du sujet, en 1946, l’Administrateur de la Commune Mixte décomptait, outre les 102 victimes européennes, 2 500 victimes indigènes. Il aurait remarqué la quasi élimination de la population de sa commune, si étaient avérés les chiffres avancés sans mesure, alors que quelques mois après la tragédie, il inaugurait un grand marché dans la commune, à Périgotville, à la demande de la population.15. Ce fait contredit les bilans excessifs.

Pour ces raisons, on ne peut que s’élever contre l’accusation de « génocide » portée contre les troupes indigènes de l’Armée d’Afrique. Car c’est bien de celles-ci qu’il s’agit. Ayant combattu brillamment sur tous les fronts, comme toutes les troupes coloniales et la Légion Etrangère, elles intervinrent en toute légalité et avec loyauté.
Elles méritent le respect de tous.

§4. Que sont aujourd’hui, les «événements de Sétif » ?

         1. Une douleur, celle de familles endeuillée à jamais, qui n’ont toujours pas compris la motivation des meurtriers et ne sont pas assurées que justice ait été faite. Le souvenir de toutes les victimes massacrées, exige le respect, pour le moins le silence.
         2. Le souvenir d’une grande peur qui marqua en Algérie, la région de Sétif et marque encore aujourd’hui, les héritiers des contemporains de l’événement. Le développement dans les couches populaires et la transmission à la jeunesse, d’un imaginaire incontestablement exagéré, faux mais irraisonnable.
        3. Une opération préjudiciable aux populations locales, qui fut mal préparée et menée par des irresponsables ambitieux, de surcroît compromis avec les nazis. Pour les uns, c’est un épisode à oublier, d’autres, au contraire, y voient l’amorce du mouvement d’indépendance.
         4. La contestation du comportement, pourtant loyal et discipliné, dans des conditions difficiles, des troupes indigènes et des autres unités engagées dans les opérations de rétablissement de l’ordre.
         5. De plus en plus, une source d’inspiration pour des écrivains et cinéastes des nouvelles générations, plutôt « commerçants de la mémoire triste» des anciens, conduits à évoquer, dans l’outrance à des fins commerciales, des violences imaginaires à l’intention du public visé par ces productions (en l’occurrence le public algérien), mais peu soucieux de la réalité historique des événements, de leur propre incohérence dans la glorification des troupes indigènes, de l’avenir des relations franco-algériennes.

Ces événements constituent aujourd’hui, une obligation de défense du patrimoine mémoriel attaché à l’Armée française et de protection morale des militaires de l’époque à qui, selon la loi, est du le respect des citoyens et la considération de la Nation.

Paris, avril 2010,
Roger Benmebarek


le bordj de de Périgotville en 1945

Inauguration du marché de Périgotville en 1946

Maison forestière des Babors Avril 1946

Marché des Amouchas en 1945 Cliché Roger Benmebarek ©

© Cliché Roger Benmebarek

Avec l'aimable autorisation de l'auteur

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