COMICE AGRICOLE
RECUEIL DE VOLS ET DE PLAINTES
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Guelma, 25 janvier 1890.

Monsieur, le Président du Comice Agricole de Guelma,
Je suis désolé de ne pouvoir me contenter de votre questionnaire ; le nombre de vols dont j'ai été victime s'y oppose.
Depuis trois ans que je suis à Guelma, il m'a été volé 44 bêtes.
En septembre 1887,cinq bœufs, repris aux voleurs après coups de feu, menaces d'incendie et exécution ; j'avais donné les noms des arabes m'ayant menacé ; mais, quoique pris à 50 m du foyer d'incendie, ils n'ont pas été poursuivis, parce que je n'avais pas vu 'gratter l'allumette'.
En 1888, une mule m'a été prise à mon écurie ; je partais en France et M. Dupont du Cluzeau paya pour moi, 125 fr. de bechara.
Ces braves gens avaient pris, en même temps, deux sacs d'orge, mais s'ils ne les ont pas donnés à la mule, je puis l'affirmer, vu son état de maigreur à son retour.
En avril, je crois, une jument volée ; le voleur a été pris et condamné à 11 mois de prison
Pourquoi ? Il n'était pas plus coupable que les autres.
L'été suivant, je ne savais plus au juste à quelle date, on me prévient que cinq bœufs et vaches ont été volés. Deux gendarmes ne sont donnés pour rechercher les coupables ; je les ai conduit au gourbi du voleur ; l'homme est pris, les bêtes ne sont rendues, pas de suite.
Après la moisson, 17 bœufs me sont volés un lundi, pendant que mes khammes sont au marché. Je les retrouve moi-même au-delà de Aïn Habid, je n'ai pas porté plainte.
Dans la nuit du 4 au 5 février 1889,12 vaches me sont volées. On vient chercher les gendarmes ; on les mène à l'endroit où sont les bêtes, dans un Bordj ; les bêtes ne sont rendues, mais pas de poursuites.
Voilà, monsieur le président, l'exposé de tous les vols que j'ai eus à supporter ; ils sont, je crois, assez nombreux pour le laps de temps qui s'est écoulé depuis mon arrivée ici.
Mais si un jour, voulant entrer en possession de mon bien, je suis couché en joue par un arabe est que plus vif que lui, je le tue d'un coup de revolver, que fera-t-on ?(1)
La vertu est-elle toujours récompensée ?
Recevez, Monsieur......
Henri Thibault

Enchir Saïd, 27 février 1890.
Monsieur le Président du Comice Agricole, Guelma.
Sans compter le vol, en 1883, de la clé de mon habitation dont on a tenté de se servir trois mois après,.
Sans compter une tentative de vol, peut-être d'assassinat, opéré dans la nuit du 18 au 19 février dernier, en perçant le mur d'une de mes chambres.
Sans compter de ceux dont je ne me souviens pas, sans compter des centaines de maraudages importants dans le jardin clos attenant à mon habitation….
Le droit commun appliqué en Algérie (remarquez que je ne dis pas aux indigènes, parce que certains savent que si les indigènes ont commis 99 crimes, le centième peut fort bien leur être attribué), je dis donc que le droit commun appliqué ici est une vraie... Balançoire.
Comme garantie, je désirerais la responsabilité collective, le désarmement de tous les indigènes (qui se gardent où se volent entre eux), et si, après, il se produit encore des vols, on cherchera ailleurs.
Je me résume : 99 vols et demi sont commis par des indigènes ; mais ne pas oublier le demi.(2)
J'ai 41 ans d'Afrique et je parle pas expérience ; et je signe.
L Gentet.

1 ; il faut dire tuez-le, mais ne le blessez par !
La cour d'assises plutôt que la correctionnelle !
2 ; ce vieux colon vient de donner raison à ce que nous disions dans notre dernier numéro, les associés ne sont pas tous indigènes, il s'en faut.

Millesimo, le 12 février 1890
Monsieur le Président,
A la suite d'une du vol de la paire de bœufs dont j'ai été victime en 1887, un indigène s'est présenté chez moi et m'a offert la bechara moyennant 190 fr. Je l'ai fait arrêté et conduire au parquet. Il a été relâché.
En 1888, après le vol de mes quatre juments et de mes deux pouliches, la bechara m'est offerte à 550 fr. ; je ne l' ai pas acceptée. J'ai signalé les voleurs.. Il y eut des recherches judiciaires ; mes six bêtes ont été retrouvées ; un indigène a été arrêté ; je n'ai jamais entendu parler de condamnation, ni de jugement.
Plusieurs ouvertures ont été pratiquées dans le mur de mon habitation, mais sans résultats.
En décembre 1888, deux charrues françaises, en service au labour, ont été démontées et les pièces cachées par des indigènes.
Veuve Uzac.

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