AHMED BEN AMAR CHASSEUR DE LIONS.

             Ahmed ben Amar est l'émule indigène de Gérard et Bombonnel. Ce chasseur est d'une intrépidité inouïe; il ne ruse pas avec les grands félins, il va droit à eux. Voici comment il procède.

             Lorsque les Arabes lui ont indiqué la chambre d'un lion ou le repaire d'une panthère, il va se poster aux environs et il attend qu'il plaise au seigneur à la grosse tête ou à la grande rampeuse de sortir du fourré. Contrairement à ce que pratiquent en général les tueurs de lions, il choisit de préférence les nuits obscures et se place au milieu du sentier ou de la clairière.

             Lorsqu'il entend la marche du fauve, il s'apprête. Dès que la masse noire de l'animal lui apparaît, il retient sa respiration et le laisse avancer jusqu'à trois ou quatre pas de lui. Il fait alors un appel de la langue qui immobilise la bête la durée d'une seconde ; Ahmed profite de cet arrêt pour tirer. Si le lion roule, le drame est fini ; si, au contraire, il n'est que blessé, la lutte terrible s'engage; il livre son bras gauche à la fureur du fauve et le dague avec la main droite.

             Pauvre bras gauche ! il est tout décharné. D'ailleurs, Ahmed ben Amar est tout couturé de blessures, comme le constatait déjà en 1863 le maréchal Pélissier.

             Aujourd'hui le pauvre diable a, à peine figure humaine. Arabes et Européens le considèrent comme le brave des braves.

             Ses exploits de grand chasseur ne sont pas les seuls qu'il ait accomplis : pendant toute la durée de l'insurrection de 1870, il a fait le courrier à travers les lignes ennemies et a rendu de grands services à nos soldats.

             Ahmed ben Amar a chassé longtemps avec un fusil dont la batterie était attachée avec une ficelle ; il possède aujourd'hui un vieux fusil qu'un officier lui a légué en mourant.

             Ahmed ben Amar a déjà reçu une très belle carabine de précision du comte de Metternich et de quelque autre chasseur d'illustre origine ; mais il ne s'en sert pas. Il préfère son vieux fusil pour se mesurer avec le roi des forêts, bien que les batteries ne fonctionnent pas fort bien et qu'il soit obligé de tenir le chien en l'air avec le pouce droit, sous peine de le voir s'abattre avant l'instant précis.

             Ahmed ben Amar a tué plus d'une soixantaine de lions et presque autant de panthères dans l'arrondissement de Guelma. Il habite Souk-Ahras.

             Il a reçu une médaille d'or de 1re classe le 17 décembre 1862 et la croix de la Légion d'honneur en 1886.

Documents particuliers. - Figaro de mai 1862.

Collectif des guelmois GUELMA FRANCE