Documentaire de J.P Lledo
Projections privées

Le réalisateur Jean Pierre Lledo a fini par recourir à des projections privées pour montrer son film documentaire intitulé "Ne reste dans l'oued que ses galets."

Trois séances organisées vendredi et samedi, réunissant lors de chaque projection une quarantaine de personnes, ont permis à un public d'invités de découvrir le documentaire qui a déjà fait couler beaucoup d'encre avant que son contenu ne soit connu.

Le film d'une durée de trois heures revient avec des témoignages d'Algériens vivant actuellement en Algérie sur des périodes douloureuses de la lutte de Libération nationale en s'attaquant à un tabou jusque-là inviolé : la guerre d'Algérie n'a pas fait des victimes uniquement du côté des colonisés.

De nombreux civils d'origine européenne dont des femmes, des enfants et des vieillards sont tombés soit lors d'attentats à la bombe perpétrés dans des lieux publics, soit lors de massacres à grande échelle, comme ce fut le cas lors des événements du 20 août 1955 dans la région de Skikda ou en juillet 1962 dans certains quartiers de la ville d'Oran.

Et, fait encore plus regrettable, certains parmi ces derniers vivaient en bonne intelligence avec les musulmans, voire ont soit protégé des musulmans, soit aidé d'une manière ou d'une autre la révolution.

Une autre partie du film aborde, mais sans le percer, le mystère de l'assassinat du chanteur constantinois d'origine juive Raymond Leyris qui a été tué d'une balle dans la tête à Constantine en 1961.

J. P. Lledo est le premier réalisateur algérien à oser aborder des sujets qui fâchent parce qu'ils évoquent des aspects de la révolution qui sont occultés depuis l'indépendance.
Le film, notamment concernant les événements de Skikda (Philippeville) d'août 55 et d'Oran le 5 juillet 1962, n'hésite pas à parler, à travers les témoignages, de l'implication des responsables locaux (Zighoud Youcef pour le cas de Skikda) dans le terrible sort fait à la population d'origine européenne.

Avant le début de la projection, J. P. Lledo a pris la parole pour faire un rappel du conflit qui l'oppose depuis près de trois semaines aux responsables de la manifestation culturelle Alger, capitale de la culture arabe représentant le ministère dirigé par Mme Khalida Toumi.

La projection de samedi a été suivie d'un débat durant lequel le documentaire a été soumis à des critiques parfois assez sévères qui ont porté aussi bien sur le contenu que sur la manière avec laquelle a été mené le film.

Ce que l'on peut retenir notamment des réactions de ceux qui ont vu le film, c'est que les autorités n'avaient pas à se substituer au public en recourant à la détestable pratique de la censure.

A. Ancer

Histoire d'une projection privée du long-métrage de Jean-Pierre Lledo a eu lieu, vendredi, à la maison d'édition Lambda, à Hydra.

Le film, un documentaire long de trois heures, s'ouvre d'emblée sur l'indépendance de l'Algérie.

C'est aussi le départ précipité, l'exode massif des pied-noirs. Plus de quarante ans après, le réalisateur, Jean-Pierre Lledo, cherche à comprendre les raisons de cette rupture - une tragédie historique.

"Le film traite de la mémoire", a dit le réalisateur, avant de préciser : "je ne suis pas historien." Et d'ajouter : "la question de la mémoire m'intéresse", car elle permet de dépister les vérités et, du coup, de comprendre, selon lui, les réalités du présent.

Le réalisateur met en scène trois personnages. Aziz, Katiba et Hamid reviennent sur leur passé. Ils évoquent avec nostalgie les lieux de leur enfance. Ils racontent leurs rapports de bon voisinage avec l'autre, le pied-noir, chrétien ou juif, d'origine française ou espagnole.

Ces trois personnages, à Skikda, à Alger ou à Constantine, vont d'une rencontre à l'autre, d'un témoignage à l'autre. Des personnes rencontrées évoquent les "bons rapports avec les pieds-noirs", et nombreux sont ceux qui, parmi eux, ont soutenu la cause algérienne. Ils se disaient Algériens.

Il se trouve, toutefois, que ces Français, chrétiens ou juifs, eux aussi Algériens, sont absents de la mémoire collective algérienne. D'où la question : pourquoi ?

Quant au quatrième personnage, Kheïredine, un jeune Oranais, il va, lui, à la rencontre de l'ancienne génération, de ces hommes et de ces femmes qui ont vécu en bon voisinage avec les pieds-noirs. Tous disent qu'il existait, malgré le conflit armé, une entente entre musulmans, chrétiens et juifs, entre algériens et européens (espagnols).

"On vivait bien ensemble, on était heureux", dit un témoin. "On a pleuré leur départ", dit un autre.

Mais tous s'accordent à dire que "l'O A S a rompu les liens entre algériens et pieds-noirs. "Cela revient à dire que si la France n'avait pas joué l'ultime carte, celle de l'OAS, les pieds-noirs seraient restés en Algérie et seraient devenus algériens", ont-ils dit.

L'histoire aurait alors pris une autre tournure et il y aurait eu moins de déchirements. Les témoignages recueillis, çà et là, font état d'une cohabitation entre les trois communautés. Ce n'était certes pas une cohésion sociale, mais une coexistence humaine.

En dépit des inégalités sociales, chacune des communautés a pu transcender les préjugés ethniques, les différences religieuses et les clivages culturels.


J'ai vu ce film qui dure 1 heure 40, il est sans concessions et pour la première fois nous montre et nous décrit ce qu'est le fanatisme.

Peut-être sommes-nous passés à côté d'une Algérie nouvelle sans l'emprise de la France ? (*), mais les critiques des journalistes algériens sur le film de J P Lledo me font douter.

Mais bon, c'est du passé et ces mêmes détracteurs un jour, peut-être, demanderont l'asile en France s'ils n'y sont pas déjà !

Ce film était nécessaire et je comprends pourquoi les Algériens l'ont censuré, il est gênant pour l'Algérie nouvelle qui cultive la différence. Cependant ce film a le mérite (n'en déplaise) de montrer que des liens d'amitiés et de tolérances nous unissaient et que dans la même maison les trois religions cohabitaient

Sa fin est émouvante, entendre cette femme algérienne magnifique chanter en Espagnol, "l'Emigrant" c'est bouleversant. Nombreux sont ceux qui dans la salle n'ont pu retenir leurs larmes.

Certes, en Algérie il y avait des différences mais ce n'était pas l'apartheid et ce n'était pas non plus un département français

L'état d'Israèl est né dans ces années là (1948) et en un demi-siècle en partant pratiquement de zéro, les sionistes ont forgé un véritable État démocratique où toutes les religions cohabitent.

Le Japon, l'Allemagne, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne sont en paix depuis 1945 ... mais ces grandes nations ont eut l'intélligence de tourner la page et sont devenues des partenaires puissants sur qui l'Algérie devrait prendre modèle.

J'ai retracé sans haine ni animosité mon souvenir d'enfance, ma famille était modeste, trés éloignée de l'archétype du "colonialiste repu" décrit par des scribes apocryphes.

Gilles Martinez

(*) dixit des algériens rencontrés sur place
Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE