mise à jour 2006

Guelma et le marché du Bab Souk



La Macaronade de la saint Couffin

Vous ne trouverez sur aucun calendrier " la " saint Couffin, ce saint est né en Algérie dans le département de Constantine précisément un lundi et sa fête c'était le lundi de pâques. Couffin est un nom au masculin mais pour nous c'était devenu une fête au féminin. Le lundi de Pâques c'était la tradition de la MACARONNADE et de nombreuses familles se retrouvaient soit au bord de l'oued Seybouse, soit à Héliopolis à la piscine romaine que nous appelions " la fontaine chaude " soit à Hammam Meskoutine.
Dans les années 50-54 les automobiles étaient rares et les familles se déplaçaient soit en taxis, soit louaient des calèches ou encore prenaient le train pour Hammam Meskoutine. Dans le cas des voitures hippomobiles, une d'entre elle était réservée au transport de la nourriture, des bancs ou des chaises longues pour les anciens, des couvertures en guise de matelas pour la sieste et des draps blancs pour la nappe. Des cordes pour l'inévitable balançoire, quelques cannes à pêche et surtout des bouteilles d'eau entourées de morceaux de sacs de jute réputées pour garder la fraîcheur afin que les pères, oncles, cousins et amis puissent déguster la sainte " anisette "Pour le départ, il y avait deux possibilités la première et la plus simple était le regroupement sur la place saint Augustin. Le rendez-vous était matinal et tout le monde se retrouvait bien avant l'heure pour transporter dans des couffins le ravitaillement de la journée (mais qui aurait pu durer plusieurs jours). Les gâteaux dans des serviettes immaculées nouées en quatre coins, les bouteilles de vin rosé de préférence bien calées dans des chiffons et pour danser le phonographe et les disques à la mode. Nous étions certain d'honorer notre saint dans la plus pure tradition.

Le départ vers la Seybouse se faisait dans une ambiance de joie, dans les cris, les chants et les rires. En A…vaannnt et " Blanchette " le cocher dont la peau était d'ébène, d'un coup de fouet au-dessus des oreilles des deux chevaux, donnait le moment du départ. Certains resquillaient en s'agrippant à l'arrière de la calèche, mais ils n'allaient pas très loin car Blanchette d'un coup de fouet léger par-dessus nos têtes les faisaient descendre.

Pour Hammam Meskoutine nous prenions le train et une demi-heure plus tard nous envahissions la cascade. Une fois la nappe au sol, les bouteilles de vin et d'eau bien calées par de la glace dans des lessiveuses et l'anisette sacrée à l'abri, la journée commençait. La première des visites était pour la cascade bouillonnante afin de faire cuire les œufs. Le second travail des pères, rassembler du bois pour faire chauffer l'eau des macaronis, une fois l'énorme marmite sur les braises leur travail était terminé et ils pouvaient alors préparer la kémia et les verres. Mon Dieu quelle ambiance, on se racontait des événements de famille dix ou cent fois répétés, les dernières histoires bônoises, le match de la J.S.G contre Piliville ou la dernière chasse aux sangliers qui, avec les anisettes, grossissaient à vue d'œil. Sur la table improvisée, les tourtes maltaises, les olives, les œufs durs, les quiches Lorraine, les fougasses aux anchois épaisses à souhait se bousculaient. Les enfants se disputaient la gazouze (la limonade) qui fut la boisson reine de plusieurs générations.Puis arrivait l'instant de la macaronnade, une sauce tomate consistante rouge et odorante, onctueuse coloriée et constellée de petites tranches de " petit salé ", de dizaines de saucisses fraîches et le tout saupoudré d'un parmesan capiteux. L'estomac plein en deux ou trois fois, les gâteaux engloutis, venait l'heure de la sieste et du silence. Vers quatre heures le phonographe entamait des paso-dobles ou des rumbas de Xavier Cougat, tout le monde dansait tandis que les enfants jouaient aux quatre coins ou à colin-maillard.

La saint Couffin se terminait trop vite, il fallait tout ranger, les calèches étaient de retour et le train n'attendait pas, mais pour nous qui en France avons perdu cette tradition la saint couffin reste ancrée dans nos mémoires.

Sur les bords de la Seybouse, la pèche aux barbeaux, monsieur Gervais Marcel hôtel d'Orient

Extrait de la Dépêche de Constantine

Maire de Guelma Monsieur Henri Chautard.

Nous sommes en mai 1923 , et notre monument aux morts dans sa sobriété impressionnante et meilleur goût s'élève au carrefour de nos routes. L'habile statuaire monsieur Toriani met la dernière main à son œuvre. Au sommet de la colonne la tête casqu ée de la déesse Athéna. Cette déesse personnifie la sagesse, les sports, les sciences et les arts. Mais c'est aussi une guerrière et le casque prouve les attributs de sa fonction. Les grec l'avait choisie pour donner son nom à leur capitale " Athènes " Pour les habitants de Guelma elle symbolise la présence française.La pleureuse à son pieds est émouvante tant dans l'expression que dans sa position où se mêle le désespoir, la crainte et peut-être le souhait de plus 'jamais cela'. Les noms de nos héros tombés aux champs d'honneurs durant les guerres où l'armée d'Afrique fut engagée sont gravés pour l'éternité sur un marbre des carrières de la Mahouna. Sur une autre plaque, il est écrit :

LES COMMUNES DE LA REGION DE GUELMA
A LEURS ENFANTS MORTS
POUR LA PATRIE

Nous ne sommes pas en mesure de préciser la date de son inauguration, mais nous savons qu'elle sera grandiose,
ON N'OUBLIE PAS SES MORTS
.

Source : bibliothèque Nationale Versaille

Le monument aux morts fut détruit à l'indépendance en 1962. La tête de la déesse Athéna qui dominait la place et dans laquelle se trouvait l'acte d'inauguration de ce monument a disparu.
Cette tête sur une partie de la colonne est déposée dans le square.
Madame Yvette Martinez alors présidente de l'association "Guelma 89" est intervenue plusieurs fois sans succés en 1991, pour tenter de récupérer cet acte de naissance. Au cours d'une conversation téléphonique avec le maire de la ville de Guelma, la standardiste informa le premier magistrat de la ville de l'insistance de la présidente, et celui-ci lui ordonna :
dis lui que je ne suis pas là ! ce responsable ignorait qu'Yvette Martinez parlait et comprenait parfaitement l'arabe.


Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE 2005