Voies et ruines romaines dans la région de Guelma
Communication de M.René Pernelle

Ain-Nechma.
Dans un cirque formé par des collines peu élevées, à la naissance de l'Oued-Skhoun qui, plus bas, passe à Guelma et se jette dans la Seybouse (l'Ubus des anciens), on rencontre des ruines assez considérables, mais complètement dévastées et généralement enterrées sous une couche épaisse de terre.
Des alignements de gros blocs déterminent des enceintes, des vestiges de citernes, de murs, sont encore très apparents, mais il ne s'y trouve pas de monument debout.
La nécropole était située sur le flanc d'une colline, à l'ouest des ruines; nous y avons recueilli quelques inscriptions dans nos fouilles ainsi que sur les autres parties des ruines. Elles ont été publiées par nous dans le Recueil de L'Académie d'Hippone.
On y rencontre également une petite nécropole libyque, au nord des ruines, sur un mamelon au-dessus de la source d'Aïn-Nechma. Nous y avons trouvé quelques stèles à figurines et attributs, ainsi qu'une inscription libyque.
Des fouilles exécutées sur ces ruines ameneraient certainement la découverte d'un grand nombre d'inscriptions.

N° 5, - Voie de Thibilis sur Rusicade.
Cette voie était, à son départ de Thibilis, la même que celles se dirigeant sur Cirta et Hippo. Elle commençait réellement à x kilolnètres du Ras-el-Akba, à une station mégalithique et aux ruines d'un fortin (Henchir-Zaroura).
Puis, contournant les pentes occidentales du Djebel-Sâda, elle passait à l'Henchir-bou-Hakim situé sur une croupe qui domine toute la vallée.
De là, elle se continuait par le sommet du plateau et rencontrait, à 5 kilomètres à l'est, un nouveau poste, Henchir-Djebana, puis arrivait enfin à un gros rocher, l'Hadjar-Tseldj.

Hadjar-Tseldj. Sur un plateau dominant toute la contrée environnante se dresse isolé et s'apercevant de fort loin, un immense rocher d'une trentaine de mètres de hauteur qui avait été aménagé par les Romains en réduit défensif et poste-vigie.
On distingue encore, sur les flancs nord et est, les restes d'une double muraille d'enceinte, haute de 3 mètres environ, ainsi que des traces de degrés creusés dans le roc pour permettre l'ascension jusqu'au sommet.
A moitié de la hauteur, existe une petite plateforme de 10 mètres carrés, aménagée par la main des hommes, au milieu de laquelle a été creusée, dans le roc, une citerne pouvant contenir environ 3,000 litres.
Ses dimensions sont de 1m,40 de long sur 1m,20 de large et environ 3 mètres de profondeur. Les eaux pluviales y sont amenées au moyen de rigoles également creusées de la main des hommes et encore très nettes.

De cette première plate-forme, d'autres degrés permettent de monter jusqu'au haut du rocher où se trouve une seconde plate-forme plus petite avec des traces de scellements.
Au pied de la face ouest coule une source qui, avec la citerne de la plate-forme, devait suffire à l'alimentation de la garnison du poste D'Hadj Tseldj.
Continuant à suivre le plateau dans la direction nord, la voie romaine atteignait le Ksar-Tekouk (château de la chouette) ou Bordj-Sabat (maison à arcade).

Ksar-Tekouk ou Bordj-Sabat. Sur une colline située au-dessus de l'entrée de la rivière (OuedZenati), dans les gorges du Taïa et sur la rive droite, on voit les vestiges d'un castellum romain dont quelques parties, qui paraissent avoir été des citernes, sont encore en assez bon état de conservation.
C'était une position militaire remarquable dominant tout le pays environnant et commandant le défilé Aquae Thibilitanae (Hammam-Meskhoulin) et Calama.

De ce fort, la vue embrasse toute la vallée de l'Oued-Zenati, s'étend jusqu'aux montagnes de Constantine et, passant par-dessus les collines d'Aïn-Trab, va fouiller la plaine de Temlouka.
Les constructions et dépendances s'étendent sur une superficie d'un hectare environ et sont situées sur le bord ouest du Djebel-Setha. Elles consistent en un rectangle en maçonnerie de près de 20 mètres de longueur sur 8 mètres de largeur. Leur hauteur, à l'ouest, est de 8 mètres, et, au nord, elles sont à ras du sol.
On y pénétrait par une porte à arcade située au sud, d'où le nom arabe de Bordj-Sabat (maison à arcade). On y trouve trois grandes pièces voûtées dont le sol est en terre battue; les murs sont cimentés. Les habitations de la garnison devaient être situées au-dessus et en arrière.

Une source existe à la limite est du périmètre. Elle était défendue des attaques du dehors par un ouvrage qui est presque intact. Aucune inscription n'a encore été trouvée sur ces ruines.

A son départ du castellum, la voie romaine descendait jusqu'à la rivière qu'elle coupait à l'endroit où a été construit le caravansérail dit de Bordj-Sabat, près de la station du même nom de la voie ferrée de Bône au Khoubs. Là, elle escaladait, en pente un peu raide, la colline du Khanguel pour atteindre un grand plateau élevé au milieu duquel, appuyées à la forêt des Beni-Medjeled, gisent les petites ruines d'Aïn el-Ksar.

Aïn-el-Ksar. Les ruines couvrent une superficie d'une dizaine d'hectares au milieu desquels s'élève un petit fortin dont une partie est encore debout. C'était un centre agricole et routier. On n'y voit aucun monument debout. A peu de distance du fortin, dont une partie de la tour carrée domine encore une assise rocheuse au pied de laquelle jaillit une belle source, on voit de beaux tombeaux romains composés d'une maçonnerie entourant trois niches dans lesquelles se trouvent des sarcophages en pierre. Ces tombes ont été fouillées. Près de là, on remarque une pierre de 1 mètre sur o m,80 portant des traces de sculpture. Elle est divisée en trois compartiments par deux raies verticales et porte, en relief, trois guerriers de o.50 m de hauteur. Continuant à monter vers le nord, la voie romaine longeait la forêt puis, s''infléchissant un peu à l'est, passait près des grottes du Taïa.

Rahr-ez-zema (la glotte des inscriptions). Sur le flanc nord du Djebel-Taïa, à une altitude de 1,200 mètres, s'ouvre une grotte spacieuse donnant accès dans des cavités profondes existant dans les flancs de celte immense masse de pierre. Les parois de cette grotte sont couvertes d'inscriptions romaines votives indiquant l'existence en ce lieu, d'un sanctuaire dédié au dieu Bacax, et dans lequel, les habitants de Calama et de Thibilis venaient faire des sacrifices. Elles ont toutes été publiées, Sur le versant sud de la montagne, on trouve des vestiges d'habitations au milieu desquels nous avons découvert des inscriptions funéraires. Nous ne suivrons pas plus loin cette voie dont le tracé continue en dehors du territoire de notre commune.

VOIES SECONDAIRES
Ainsi que nous l'écrivons au début de cette notice, outre les voies romaines marquées sur les Itinéraires anciens, la région possédait une vicinalité de moindre importance dont les chemins la sillonnaient dans tous les sens. Nous allons en décrire quelques-uns, après avoir parcouru la grande voie d'Hippo Regius à Tipaza.

No 1. - VOIE D'HIPPO REGIUS A TIFECH. Nous ne suivrons cette voie qu'à partir du point où elle pénètre dans notre territoire, c'est-à-dire l' Henchir-ben-Ayed.

Henchir-Bordj-ben-Ayed. Sur la rive droite de l'Oued-bou-Sorra, dans sa partie inférieure, on rencontre, répandus sur une colline, les vestiges, très dévastés, d'un petit centre agricole. On ne reconnaît plus rien et on n'y a pas trouvé d'inscriptions.
Après avoir franchi l'Oued-bou-Sorra, la voie gravissait et redescendait sur l'Oued-Halia qu'elle coupait un peu au-dessous du point où existe actuellement le petit bordj du caïd Ahmed-Zin en laissant, un peu sur sa gauche un fortin (Bir-Aïssa).

Henchir-Bir-Aïssa. Sur un plateau, entre les deux rivières précitées, on rencontre les vestiges d'un fortin d'une certaine importance.
Un puits romain (Bir-Aïssa), d'une construction soignée, se trouve au milieu de ces ruines. Il forme un carré de 1m,70 et a une profondeur d'une dizaine de mètres.
Gravissant ensuite les pentes nord de l'Akhet-Zitouna, la voie romaine atteignait le municipe de Zattara (Henchir-Bezïoun).

Henchir-Bezïoun (Zattara). Les ruines de ce municipe s'étendent sur une superficie d'une quinzaine d'hectares, au fond d'une conque formée par les contreforts du Kef-Rih à l'ouest, et borné à l'est, par un ravin profond dans lequel coule l'Oued-bou-Mouïa, affiuent de l'Oued-Halia. Elles sont absolument dévastées. Là, comme à Thibilis, les Byzantins ont construit, avec tous les matériaux épars sur les ruines, une grande redoute. Elle occupe une très belle position couronnant un immense escarpement à pic au-dessus de la rivière.
La nécropole devait être située à l'ouest. Nous avons découvert, au milieu de ces vestiges, quelques inscriptions.
Une inscription relevée en 1867 donne le nom de ce municipe. Entrant ensuite dans un pays difficile et montagneux, la voie romaine côtoyait le flanc est du Kef-Rih, passait aux ruines d'Aïn Souda d'où, en suivant les crêtes, elle atteignait la forteresse dont nous avons déjà parlé, du Guelàa-Sidi-Yahya où elle rencontrait la voie de Cirta sur Tifech .

No 2. ROUTE d'Aïoun-Djemel à Ksar-Sbihi (Gadiaufala). Partant d'Aïoun-Djemel, point situé sur la voie de Thibilis à Tifech (Tipaza), elle prenait la direction du sud, et, par un plateau entrecoupé de petites ravines, atteignait une cité dont les vestiges sont situés aux lieux-dits Henchir-Loulou et Oum-Gueriguech, la civitas Nattabutum.

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