VESTIGES DE L'OCCUPATION ROMAINE
AUTOUR DE GUELMA

Henchir-Sbihi (Gadiaufala).
Les vestiges de cette ville sont étagées sur un contrefort de la chebka des Sellaoua qui domine toute la plaine d'Aïn-Beida.
Une grande redoute byzantine, construite, comme toujours, avec les matériaux épars sur les ruines, domine ces vestiges. Elle consiste en un rectangle en maçonnerie encore en partie debout. Au-dessous on voit des restes de citernes considérables. On ne trouve sur ces ruines, aucun monument, la continuité des cultures en a causé la dévastation complète.
Là, comme à la civilas Natlabutum, il semble que la ville était plutôt un point militaire qu' un centre agricole et industriel bien qu'elle ait été établie dans un pays d'une grande fertilité. Ses environs sont parsemés de vestiges d'habitations rurales et de pagi agricoles qui s'étaient créés à l'abri des remparts de la forteresse.

N° .3. - Chemin 'Henchir'-Loulou civilas Natlabutum à Tipaza.(Tiffech)
La voie tournait directement vers l'est, descendant sur l'Oued-Cherf, qu'elle franchissait un peu au-dessus de son entrée dans les gorges de la Mahouna. De là elle montait sur le plateau dit Setah-el-Hanachar, le plateau des ruines, occupé par les vestiges d'un centre de population romaine.
Henchir-el-Hammam ('Henchir·Meina- Bir-el·Hanachar)
Ces ruines sont connues sous le nom général d'Henchir-el-Hammam (ruines des bains), et les deux parties qui les composent l'une, sous le nom d'Henchir·Meina (ruines de la redoute escarpée), l'autre Bir-el·Hanachar (le puits des ruines). Recouvrant une superficie d'environ 25 hectares) ces ruines paraissent être celles d'un centre agricole, en même temps que d'une station balnéaire. Elles sont situées à environ 4 kilomètres à l'est de l'emplacement de la civitas Nattabutum et à la même distance, à l'ouest, d'un autre amas de ruines Guelàa-bou-Atfan. Ces deux agglomérations avec les deux autres dont nous avons, plus haut, donné la description devaient former ensemble la civitas Nattabutum.
CI: La civitas ((1) Hondo , Droit municipal,) était une Circonscription territoriale qui prenait le nom de son chef-lieu. Dans ce territoire se trouvaient parfois des agglomérations d'habitants, vici, pagi, castella qui, en principe, n'avaient pas d'administration municipale propre. Nous savons qu'ils comprenaient souvent des populations dont la condition juridique différait entièrement de celle des habitants des chefs lieux (1). Celle ville, d'ou partait sur Vatari par Fonte Potamiano, une bifurcation de la voie romaine, était située dans une belle situation, sur un immense plateau borné par trois rivières, savoir: au sud, l'Oued-el-Aar ; au nord, l'Oued-Cheniour; à l'ouest, l'Oued Cherf. Son territoire, excellent au point de vue agricole, devait être peuplé, si l'on en juge par le grand nombre de fermes isolées dont on rencontre les vestiges. Actuellement, les ruines de cette ville forment deux amas distincts l'un de l'autre, bien qu'on distingue entre eux des traces de constructions.
La voie romaine, qui traversait la cité de l'est à l'ouest, la partageait en deux parties à peu près égales. Sur son parcours on voit un certain nombre de tumuli qui doivent recouvrir des tombeaux. Nous en avons déblayé un, le plus fort, et nous avons mis à découvert une superbe construction, encore en bon état de conservation, composée de plusieurs chambres funéraires, et qui, ainsi que nous l'a indiqué une inscription trouvée sur place, était le tombeau de la famille des Bromius.

La nécropole se trouve sur une colline au sud de la ville sur la voie se dirigeant sur Fonte Potamiano. Les inscriptions qui y ont été relevées mentionnent, généralement, des noms d'indigènes plus ou moins romanisés ainsi que sept centenaires.
De ces deux amas de ruines, celui qu'on nomme Henchir-el·Menia doit avoir été composé surtout d'établissements balnéaires. Des sources thermales y sourdent de tous les côtés. Une d'elles, tarie aujourd'hui à peu près complètement, mais qui a dû avoir un débit considérable, sort d'une anfractuosité située dans le pâté rocheux de la colline. Autour d'elle on remarque une certaine quantité de vestiges de piscines dans lesquelles les eaux de la source étaient amenées par des rigoles que l'on distingue encore très bien.
La situation de ces vestiges à une dizaine de kilomètres nord-est de Gadiaufala et à la même distance sud-est de Thibilis, distances données sur l'Itinéraire de Peutinger à la station de Ad Lapidem Baïum) cette source, avec piscines autour) sortant d'une anfractuosité de rocher qui répond très bien à la signification du nom latin, nous donnent de sérieux motifs de supposer que nous sommes là sur les ruines de ce centre de population, et que nous pouvons identifier Henchir-el-Hammam avec Ad Lapidem Baïum.

Aucune fouille n'a encore été entreprise sur cette partie des ruines. L'autre amas de ruines nommé Bir-el-Hanachar, le puits des ruines, à cause d'un puits romain qui s'y trouve, était la partie la plus considérable de la ville. On y distingue encore des enceintes de maisons, des alignements de rues, les vestiges de plusieurs grandes constructions ainsi que ceux d'un fortin carré de 20 mètres situé sur un relèvement de terrain, construit en belles pierres de taille, sans ciment, et sur la face nord duquel cinq assises sont encore en place.
A côté, en bas des murs, se trouve une fontaine en maçonnerie que nous avons fait déblayer.

Nous avons mis à découvert sur cette partie des ruines les vestiges d'une petite église chrétienne construite avec des matériaux ayant déjà servi à des constructions antérieures et dont le dessous du chœur était rempli de sarcophages en pierre, qui, eux aussi, avaient déjà servi à des inhumations.
Il y aurait donc eu là, comme à Thibilis, une population chrétienne et cependant aucune inscription n'est encore venue confirmer cette hypothèse.

Sur cette même partie des ruines, il existe un emplacement désigné par les indigènes du pays sous le nom de Djebana-el-Yhoud (cimetière des Juifs). Il ressemble quelque peu, en effet, par la manière dont sont indiquées les tombes, à un cimetière israélite. Peut-être quelque peuplade juive est-elle venue vivre en cet endroit, au moment de l'invasion arabe?

Ces ruines, qui sont très dévastée, ne renferment aucun monument debout. Une inscription funéraire que nous avons trouvée dans nos fouilles du tombeau des Bromius indique l'existence, dans cette ville, d'un dispensator augusti.
A sa sortie des ruines, la voie s'infléchissait quelque peu vers le nord-est, et, par la Mechta-Aïn-Souk, descendait vers l'Oued-Che-niour, qu'elle coupait à la hauteur des ruines de Henchir-el-Abed.

Henchir-el-Abed.
Ruines très apparentes d'un fortin carré, de 20 mètres de côté, en gros blocs, placé dans une jolie position militaire dominant une gorge étroite qui mène à l'Oued-Cheniour. Il protégeait non seulement la voie romaine, mais aussi un petit centre agricole dont les vestiges se rencontrent en face, sur la rive gauche du ruisseau, à la Mechta Aïn-Frass.
Puis, continuant à longer la rive droite de l'Oued-Cheniour, la voie atteignait, après un parcours de 5 kilomètres, un vicus important dont les ruines sont au lieu-dit Guelàa-bou-Atfan.

Henchir-Guelàa-bou-Atfan.
Situées sur un contrefort rocheux d'une haute élévation à la sortie des gorges de l'Oued-Cheniour, ces ruines sont celles d'un centre de population assez considérable, dont les vestiges couvrent une superficie d'une vingtaine d'hectares, Une partie de la ville était adossée à un escarpement rocheux nommé EI-Guelàa, sur lequel existe un fort construit en belles pierres de taille, Ce fort renferme des réduits souterrains. Un peu au-dessous, dans le rocher, s'ouvre une grotte aménagée de la main des hommes, et, par laquelle, on pénètre dans les cavités intérieures. Dans cette partie de la ville des blocs dessinent des alignements de constructions; on y voit les vestiges d'un mur d'enceinte surplombant la rivière d'une hauteur de 20 mètres. Mais presque toute la surface de cette partie des ruines a disparu sous une épaisse couche de fumier, les indigènes résidant, de temps immémorial, au milieu d'elles.
Sur le sommet d'un mamelon dominant la rivière et faisant face au Guelàa, se voient également les vestiges d'un fort carré de 30 mètres construit en belles pierres de taille et encore en assez bon état de conservation.

L'autre partie de la ville qui devait être la plus considérable était située sur le flanc d'un coteau et descendait jusqu'à la rivière.
Enfin, une troisième partie était située sur la rive droite de la rivière, car on y voit des traces d'habitations ainsi que des inscriptions funéraires. Une nécropole considérable couvre les pentes du ravin au sud du Guelàa. Des fouilles y ont été faites et une cinquantaine d'inscriptions funéraires y ont été relevées depuis longtemps. Là, comme à Henchir-el-Hammam, les inscriptions mentionnent des noms d'indigènes romanisés.
Une d'elles, trouvée sur le mamelon qui domine la rivière, auprès du fortin, mentionne un princeps, originaire de la civitas Nattabutum. Ainsi que sa voisine l'Henchir-el-Hammam, cette agglomération de population devait faire partie du territoire de la civitas Nattabutum, dont le chef-lieu était établi sur la partie dénommée actuellement Oum·Gueriguech (Bordj-ben-Merad). Celle ville était reliée à Calama par une voie passant à l'Henchir-Matouia et Aïn-Nechma.
De la ville la voie romaine montait sur les plateaux des Atatfa, qu'elle suivait jusqu'à la rencontre de la voie d'Hippo Regius à Tipaza (Tifech).

N°.4. - Route Henchir-el-Hammam à Bir-bou-Aouch (Fonte Patamiano ?).
Des ruines d'El-Hammam la voie prenait la direction sud, coupait l'Oued-el-Aar à environ 5 kilomètres de son confluent avec l'Oued- Cherf, puis, escaladant les pentes nord du Djebel-Bir-Menten, passait aux ruines d'Aïn-Sultan, fermes isolées sur un plateau élevé. De là, redescendant les pentes sud-ouest de la même montagne, elle renait couper l'Oued-Nil, à 2 kilomètres de son confluent avec l'Oued-Cherf qu'elle traversait aux ruines d'EI-Garça, en laissant un peu sur la gauche le Kef-Messiouer et le Kef-el- Kherraz.
Des ruines d'El-Garça elle débouchait dans la grande plaine d'Aïn-Beida et passait par les ruines de Bir-bou-Aouch (Fonte Potamiano ' ?).

Kef-Messiouer
Sur le sommet du Zonabi et sur la rive droite de l'Oued-Nil se dresse, isolé et s'apercevant de loin, un gigantesque rocher d'une teinte roussâtre. Sur la face ouest de ce rocher existe une surface lisse de 6 mètres de hauteur sur 4 mètres de largeur, où est gravé un véritable tableau représentant une famille de lions qui s'apprête à dévorer un sanglier, que le plus fort d'entre eux tient terrassé sous ses pieds,
Celte gravure, exécutée dans de grandes proportions, est encore en bon état de conservation.
Ce rocher et cette gravure inspirent une crainte superstitieuse aux indigènes de la région qui évitent d'en approcher.
Une légende locale dit, en effet, que cette gravure, qui est l'œuvre d'un génie, est toujours gardée par son auteur qui réside dans le rocher et détruit quiconque passe à sa portée,

Kef-el- Kherraz.
A un kilomètre à l'ouest du Kef-Messiouer, en suivant le sommet de la montagne, on rencontre une autre masse rocheuse considérable, le Kef-el-Kherraz (rocher du brodeur). Dans ce rocher existe une superbe grotte élevée et spacieuse qui a dû servir de sanctuaire à quelque divinité païenne Bacax ou Ifru, le dieu des cavernes.
Une inscription, en caractères inconnus, couvre toute la paroi de droite.
Les lettres devaient primitivement être recouvertes d'une couche de peinture rouge, car il y a encore un peu de cette couleur dans le creux de quelques-unes. Sur le sommet du rocher on trouve les vestiges d'un petit fortin qui devait être un poste-vigie. De là la vue embrasse un panorama considérable dans la plaine des Haracta et dans la direction de Sedrata.
Il y avait là, probablement, quelque poste de signaux à feu.

Les indigènes racontent que ce point était, à une époque reculée, un grand entrepôt de marchandises. Nous ne le pensons pas. Éloigné de la voie romaine, dans un endroit d'accès difficile, il ne convenait pas à un entrepôt quelconque.
Il existe cependant, au devant de la masse rocheuse, des traces d'habitations anciennes.
Ne pourrait-on supposer que c'était un lieu de pèlerinage à la divinité adorée dans la grotte, comme dans celle du Taia, et qu'il y avait à côté les habitations des prêtres de la dite divinité?

Voie de Gadiaufala sur Thibilis, par Ad Lapidem Baïum.
Outre les voies partant de Thibilis énumérées ci-dessus, nous trouvons également celle indiquée par l'Itinéraire de Peutinger comme venant de Gadiaufala, en passant par Ad Lapidem Baïum. Son parcours étant en dehors de notre territoire, nous n'avons pu la reconnaitre entièrement. Nous savons cependant qu'elle passait au col du Ras-el-Akba, non loin du village français, où son état de conservation est encore complet.
De là, se dirigeant vers le sud, elle suivait les plateaux vers le Bled-Beïda, où sont des ruines de petits postes (Henchir-Aïn-Beida et Henchir- Aïn - el- Madassi).
Puis, gagnant par les crêtes le Bled-ben-R'orab, elle rencontrait deux autres postes (Henchir-el-Moktari et Henchir-Cherchara). S'infléchissant ensuite au sud-ouest, elle atteignait un point fortifié dont les ruines se nomment Ksar-Bazaz.

On y voit un fort carré, de 25 mètres de côté, bien construit en moellons et ciment, avec revêtement en pierres de taille. Il est situé dans une très belle position militaire d'où l'on commande taille la plaine. Autour de ce fort s'était créé un centre de population, et, à quelque distance, un autre fort de moindre importance avait été élevé.
Gravissant ensuite les contreforts du Djebel-Auseul, la voie romaine passait à un centre dont les ruines sont connues sous le nom de Bir-en-Nsara. Ces ruines couvrent une dizaine d'hectares; au milieu se trouve un puits en maçonnerie romaine
On y voit les traces d'un fort rectangulaire de 30 mètres de long sur 15 mètres de large, en gros blocs sans ciment,

Des vestiges nombreux d'habitations existent tout autour. Adossé à la colline qui borne, au nord la plaine de Temlouka, ce centre militaire devait servir de point d'appui aux autres centres de la région.
Nous y avons trouvé, gravée dans une belle pierre de taille, une croix latine de 0m,4o de hauteur sur 0m,20 de largeur) qui indique qu'une population chrétienne résidait sur ce point, c'est ce qu'indique aussi son nom arabe qui signifie ( le puits des chrétiens ) (Bir-en-Nsara).
Nous terminerons celte notice par la description de l'église chrétienne d'Announa (Thibilis) que nous avons mise à découvert dans les fouilles exécutées sur les ruines de ce municipe.

Il y a peu de temps encore, le portail de cette construction était seul reconnaissable, le reste étant enfoui sous un amas considérable de blocs de pierre, de décombres de la toiture et de matériaux de toutes sortes qui empêchaient absolument de la reconnaître. Aujour d'hui l'intérieur de l'église est complètement déblayé. Cette construction, qui date certainement de la période byzantine, est édifiée d'une manière peu soignée avec des matériaux disparates provenant des ruines, assemblés tant bien que mal et, parmi lesquels se trouvent des pierres avec des inscriptions funéraires et des dédicaces. Orienté au nord-sud, ce bâtiment a les proportions suivantes:
Le portail mesure 6 mètres de hauteur (actuellement) sur 13 mètres de largeur. Au centre s'ouvre la porte d'entrée d'une hauteur de 2 m,20 sur une largeur de 1 m,8o, amortie par une énorme dalle de 0m,6o d'épaisseur surmontée d'un arc de décharge en plein cintre de 0m,70 de rayon. Sur la clef de voûte de cet arc est gravée une croix latine accostée des lettres grecques (A et u).

Ce portail est percé de deux petites fenêtres situées à droite et à gauche de l'arc en plein cintre, à 2m,80 du sol ainsi que de quatre autres petites ouvertures situées à la partie supérieure.
On accédait à la porte par un escalier à paliers, tenant non seulement toute la façade du bâtiment, mais se prolongeant également, de chaque côté, de 2 mètres environ, pour donner accès à des bâtiments latéraux.

Les vestiges de cet escalier sont encore visibles et nous nous occupons à les mettre à découvert.
L'intérieur de l'église est formé d'une nef flanquée de bas-côtés et d'un chœur.

Les bas-côtés sont dallés et mesurent 14 mètres de longueur sur 3m,60 de largeur. Cinq colonnes dont les bases sont encore en place étaient, écrit Ravoisié, reliées entre elles par des arcades; la retombée qui existe encore au-dessus de l'un des chapiteaux de pilastre en est une preuve incontestable.
Les murs latéraux ont 0m ,50 d'épaisseur et sont construits en mauvaise maçonnerie. Le chœur a une largeur de 7m, 16 sur une profondeur de 4"',80. Il contient quatre rangées de gradins circulaires qui permettaient l'accès au maitre-autel. Au devant, de chaque côté, se trouvaient deux colonnes.

Comme les assises inférieures, écrit Ravoisié, paraissent en plusieurs endroits n'avoir jamais été déplacées, il est probable que cette église chrétienne aura été élevée, ainsi que cela s'est pratiqué souvent, sur l'emplacement de quelque temple païen ou tout autre édifice ancien. "
Il reste encore à dégager les abords de ce bâtiment, qui sont enfouis sous les terres provenant de la colline à laquelle il est adossé.
Ce dégagement permettra probablement de s'assurer s'il existe dans ce monument des tombeaux d'anciens évêques de cette localité.

René BERNELLE.

Site internet GUELMA-FRANCE