L'EAU Á CALAMA
-

       On se demande souvent à quelles fontaines s'alimentaient jadis les populations qui habitaient la ville dont nous visitons aujourd'hui les ruines désolées par la sécheresse et l'aridité. Les arabes avaient abandonné ces ruines laissées à l'abandon depuis des siècles jusqu'en 1838 où l'armée décida de redonner une nouvelle vie à ce camp de base militaire

         Il ne leur suffisait pas évidement de frapper sur les rochers avec une baguette magique pour en faire jaillir l'eau, et cette eau n'a pas disparu avec eux, elle existe encore mais il faut savoir la retrouver.

         Les eaux et les neiges que le ciel nous départit annuellement sont emmagasinées et se répartissent par milliers de canaux souterrains. Cherchez et vous trouverez. A ces premiers temps de la conquête, bien que les monuments fussent déjà enfouis sous des amas de terres accumulées par des siècles d'abandon, on pouvait encore reconnaître des citernes sur l'emplacement du grenier aux fourrages : elles étaient alors habitées par des indigènes et avaient servi vraisemblablement à la réserve nécessaire aux thermes, quant à la citadelle, elle était alimentée par deux puits aujourd'hui comblés, mais dont l'emplacement se retrouverait facilement.

         Les Arabes ou les kabyles n'ont jamais cherché à remettre en état ou à exploiter les conduites d'eau ou les citernes monumentales que nous découvrons ; ils y habitaient avec leur bétail et, pour ce qui est de l'alimentation en eau, ils se contentaient de sources bien souvent distantes de plusieurs kilomètres, de l'eau des oueds ou de rares puits boueux et putrides vecteurs de maladies.

En 264 de notre ère, les habitants trouvaient la répartition de l'eau insuffisante et ne voulaient plus se contenter des sources avoisinant la ville. Dacius capta les sources de l'oued Maïze ; ces eaux furent dirigées par des canalisations vers les nombreuses citernes et les fontaines de Calama.

Un siècle après, la ville s'étant développée, les vieux guehnois se plaignirent de nouveau à leur curateur et il fallut leur donner satisfaction. Pour rendre compte des ressources en eau, détaillons ce que laisse les romains, on saisira facilement ce qui existe, (plan fichier adduction romaine)

Aujourd'hui, Calama paraît avoir tiré ses eaux de deux directions différentes (plan de l'adduction d'eau de 1850).La première conduite d'eau venait de deux sources situées sur la rive gauche de l'oued Skhoun, on l'a retrouvée sur une certaine longueur où elle entrait en ville. Elle devait s'y bifurquer pour se répartir de chaque côté d'un pli de terrain dont les rues Mogador et d'Anouna dessinent à peu prés le talweg.

Sur la rive gauche de cette petite vallée dont le fond s'étage encore en gradins, on a retrouvé une conduite ou un égout en maçonnerie (dessin) recouvert en larges dalles venues de Hammam Berda ou de Guelaât bou Sbah.

Cette conduite a été reconnue depuis la porte de Medjez-Amar jusqu'à celle de Constantine. Elle part d'un édifice ruiné, assez important à en juger par deux arceaux encore debout en 1849 et des débris de colonnes qui sont situées à l'angle des rues Mogador et Duquesne (plan), elle longe un autre qui commence à la rue Duquesne pour aller finir au-dessus de la me Medjez-Amar et alimentait probablement une citerne en pierre de taille élevée au-dessus de la terre (plan).

Cette dernière citerne, où plutôt fontaine, se situe entre le bastion 14 et la porte de Constantine.

Sur la rive droite de ce même ravin, entre deux citernes élevées au-dessus du sol, dont l'inférieure est utilisée encore comme fontaine, et la supérieure détaillée feuille n° 2, a servi tour à tour de silos pour les grains et de réservoir pour la ville ; on a retrouvé un conduit en maçonnerie identique à celle de la rue Mogador.

Il a été reconnu plus bas dans la rue Saint-Louis. Il devait être alimenté comme le précédent par les eaux de l'oued Skroun, probablement elles servaient de fontaine. Près de la plus importante on a trouvé, dans des fouilles récentes, trois bassins en marbres rouges très grands et frustes à l'extérieur. Ils étaient accolés et communiquaient par le haut au moyen de petites rigoles pratiquées dans les margelles (dessin). Outre ces conduites qui paraissent se rattacher au même système et d'avoir été alimentées par les eaux de l'oued Skroun, Calama avait un aqueduc à l'Est dont on voit des traces un peu au-dessus de la pépinière (plan). Les conduites devaient venir déboucher dans les citernes et dans les thermes (dessin).

La largeur de la conduite est de 0,235 m, sa hauteur de 0,183 m (dessin). Enfin, avec ces deux conduites, les romains avaient encore des puits dans les maisons particulières et des citernes destinées à conduire les eaux pluviales. Plusieurs ont été retrouvées dans les déblais de la rue de Bône entre les bastions 4 et 5. Une, notamment, avait son puits garni d'une margelle en marbre ; ses enduits appliqués directement sur le tuf en mortier de chaux et ciment de briques avaient acquis une grande dureté. Toutes ces citernes étaient creusées dans le tuf. Les Français ont d'abord rétabli la conduite de l'oued Skroun uniquement en vue de mener l'eau à la citadelle.

Plus tard, ils ont branché sur cette première conduite une seconde qui prend les eaux nécessaires à la ville.

La construction de ces conduites laisse malheureusement à désirer. Quoi qu'il en soit, la conduite mère livre par 24 heures de 180 à 216 mètres cubes dans la ville, et suffit largement aux besoins actuels, mais elle est presque partout à fleur du sol, elle traverse l'oued Skhroun sur un ponceau assez léger. Ainsi, indépendamment de la source qui alimente le lavoir couvert et débite 36 mètres cubes par jour, il y a les sources dans le jardin des condamnés, au-dessous de la porte de Medjez Amar, la source près du four à briques du génie et probablement plusieurs autres plus faibles.

Trois puits antiques ont en outre été déblayés dans la ville, un près de la place de Coligny (plan), un dans la manutention et un en dehors de la porte de Medjez-Amar. Outre les déblais de ces anciens puits, on a creusé deux puits nouveaux, le premier est contre la porte de la pépinière, l'autre à l'intersection des rues de Jugurtha et de Carthage. Les citernes creusées en partie dans le tuf, ont une contenance de 570 mètres cubes environ.

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE