EXTRAIT DU JOURNAL "LE PROGRÉS" DE L'ARRONDISSEMENT DE GUELMA
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Vendredi 24 octobre 1902

La ville moderne est bâtie sur des ruines considérables, on peut même dire qu'une partie de Guelma fut construite avec des pierres romaines et même phéniciennes.
Le théâtre, les thermes, les inscriptions réunies au jardin public, les villages environnants tout montre qu'autrefois Guelma fut florissante prospère et renommée.
La Ghelma des arabes, Calama des romains, Malaca phéniciennes à sa place indiquée dans l'histoire de l'Afrique et nous voyons un peu d'ordre à mettre dans les classements de nos curiosités archéologiques, abandonnées jusqu'alors, nous devons nous en féliciter espérant que ceux qui ont commencé ce travail sauront le mener jusqu'au bout.

Dernièrement M.Ballu (?) architecte en chef des monuments historiques en Algérie est venu visiter nos richesses antiques, et comme premier encouragement, il a promis, une subvention de 500 fr. pour consolider les termes de la casbah, et une autre de 1000 fr. pour terminer les fouilles du théâtre et procédé aux réfections indispensables.
Cette attention du gouvernement général est flatteuse et fort encourageante, mais encore faut-il que ces travaux soient conduits avec discernement, et, sans critiquer qui que ce soit, il peut être permis d'exprimer à ce propos toute opinion ayant pour but d'éclairer les travaux ou les recherches entreprises.
Nous avons fait appel à diverses personnes que ces restitutions intéressent, et nous les remercions du concours qu'elles ont bien voulu nous apporter.
Leur exemple ne peut que porter les meilleurs fruits et nous espérons que nos concitoyens voudront à l'envi apporter leur tribut à la recherche des vestiges et des interprétations relatives au passé de Guelma.

Parmi les questions qui avaient autrefois appelé l'attention des savants sur notre cité, on voyait figurer en première ligne des stèles Numidico-puniques.
Il y en avait autrefois 18 qui ont été relevés par M. Delamare, Grellois, Kremer et Charbonneau dans la Mahouna et dans la riche nécropole d'Aïn Nechma, sur les bords de l'Oued Skhroun.
M. Halévy, le Général Faidherbe, et particulièrement le Dr Judas auront longuement étudié ces vieilles inscriptions et c'est en partie grâce à leurs indications que l'on a pu reconstituer l'écriture phénicienne, numidique et punique.
Sur la place Saint Augustin, alors éventrées pour les travaux de la fontaine, il y avait un musée en plein vent qui contenait quatre de ces inscriptions ; trois stèles puniques et une inscription Libyque gravée sur un bloc grisâtre , et dont la colonne du milieu renfermait le nom de Dabar, personnage numide.
Ces inscriptions étaient toutes origines funéraires, ainsi que le démontre le Dr Judas, et elles fournirent des indications curieuses sur les dieux adorés à Malaca.
Il y avait entre autres le dieu Gurzil, la déesse Gilva et sur une pierre provenant de Guelat bou sba un autre dieu Baldir. De toutes ces inscriptions excessivement précieuses, il en reste trois pour le moment et qui sont celles reléguées dans le square, le long de la muraille de la casbah. Ce sont les épigraphies les plus anciennes existant actuellement à Guelma.

On pourrait d'ailleurs facilement réunire ici, à peu de frais un certain nombre de ces monuments puniques, encore forts rares en Algérie. Il suffirait de quelques fouilles à Aïn Nechma dans une nécropole lybique encore presque inexplorée, mais qui se trouve dans des terrains appartenant à des particuliers.
Cet endroit fut appelé dès les premiers temps de la conquête, Henchir Aïn Nechma, il se retrouve sur la voie romaine qui menait de Calama vers Thibilis presque un embranchement de la voie qu'on en a reconnue se dirigeant vers Guelat bou atfa, et c'est ce que l'on appelle improprement aujourd'hui les ruines de Suthuld'après Salluste, Suthul défendue par les rigueurs de la saison et par l'avantage sa position ne pouvait être ni prise ni assiégée, car tout autour de son mur d'enceinte, construit au sommet d'un mont escarpé, s'étendait une plaine fangeuse, convertie en marais par une pluie torrentielle.
Cette description est largement suffisante pour montrer l'impossibilité, d'identifier cette place avec Aïn Nechma.
Mais, en dehors de la nécropole lybique, il existe à cet endroit un gros bourg latin avec de nombreuses stèles parmi lesquelles, j'ai vu celle d'un chevalier romain et nul doute qu'un travail méthodique pourrait, à cet endroit, nous renseigner sur le nom de ce village lors de l'occupation romaine, en même temps qu'il permettrait de rassembler des inscriptions puniques les plus intéressantes et les plus rares.
Ces ruines sont disséminées sur des propriétés appartenant à M. Joseph, et Georges Chuchana et au cheikh Bou-nar et nous ne pensons pas qu'ils feraient autre aucune difficulté pour autoriser des travaux qui ne sauraient nuire à leur terrain.
La proximité de la route, laquelle est l'ancienne voie romaine permet facilement les transports
VETUS La question de l'eau à Guelma, pourrait être toute d'actualité n'en est pas moins excessivement vieille ; car déjà sous l'empereur Dacius qui régnait en l'an 264 de notre ère, les habitants trouvaient la répartition insuffisante et ne voulaient plus se contenter des sources avoisinant la ville. On ne pensait pas encore à l'Aïn-chelkh, mais, comme Millesimo était encore dans les limbes et ne pouvait par suite songer à protester, on s'adressa aux sources de l'oued Maïz.
Captées avec soins, ces eaux furent dirigées par des canalisations vers les citernes et les fontaines de Calama.
Suivant la coutume romaine on éleva près des sources un autel consacré aux divinités. Cette statue a disparu ou n'est pas encore retrouvés, mais l'hôtel existe. Et, si j'ai bonne mémoire, c'est à M. Portmann que nous devons sa trouvaille et sa conservation.
Elle est actuellement au jardin, dans la Grande allée, et très bien gravée, et c'est l'une des plus belles de notre embryonnaire musée.
Vers cette époque, Calama, l'ancienne ville aimée des rois numides, devenue simple municipal obtint le titre de colonie.
Le monument le plus ancien constatant ce développement considérable date de l'an 283 après Jésus-Christ.
C'est une dédicace à Marcus Aurelius Nobelissimus César Augustus, par la Républisca Coloniae Calamensium.
Qu'est devenue cette inscription ? Je ne sais, mais, fort heureusement celle de l'oued Maïz n'a pas eu le même sort incertain et nous devons l'entourer de soins étant donnés l'intérêt qu'elle présente.

En voici d'ailleurs le texte :
GENIO MVN
CIPI AVG
SAC
DEC DEC
P P
GENIO MUNICIPI AUGUSTE SACRUM DECRETO DECURIONUM PECANIA PUBLICA
" Autel consacré au génie Auguste du municipe par décret des décurions aux frais du trésor public ".

Ce n'est pas tout, car I siècle après Jésus Christ, la ville s'étant développée, les vieux guelmois se plaignirent de nouveau à leur sénateur qui s'appelait alors Quintus Basilius Flaccianus, il fallut leur donner satisfaction.
En 1881, au mois d'avril on voyait encore à Guelma, au bureau arabe l'inscription relatant ces faits et remontant à l'année 364 ou 365, elle disait en substance : Epoque de nos deux maitres, Valentinien et Valens perpétuellement Augustes, sous le pont consulat du vir clarissime P Ampelius, à l'instigation du vir clarissime Fabius Fabianus, le curateur de la république de Calama, Quintus Basilius Flancianus, s'y restaurer la piscine qui recevait auparavant un léger et paresseux cours d'eau et qui, par la construction d'une prise plus active, résonne maintenant des bouillonnements d'une d'une onde véhémente etc.
Cette pierre commémorative, comme celles dont nous parlions plus haut, est également disparue.

Il est évidemment regrettable que l'indifférence nos édiles contemporains ait laisser s'éparpiller ou se perdre des curiosités de cette nature, mais les récriminations seraient stériles.
Ce digne curateur était chargé, comme tel, de la gestion financière de la colonie et fort probablement, il dût ébrécher quelque peu le trésor public pour donner si complètement satisfaction à ses nombreux administrés... Mais, fort heureusement à cette époque bénie, le trésor était généreusement alimenté par tous ceux qui briguaient les honneurs ou les charges publiques.
Les décurions et les duumvirs, c'est-à-dire les conseillers municipaux et les maires et adjoints de l'époque, devait pour être élu justifier d'une fortune de plus de 100.000 sesterces, ce qui représente à peu près 16 000 fr. de notre monnaie(1902).
De plus ils devaient faire les frais des représentations -théâtrales et des jeux publics.
Lors de leur élection, outre les honoraires à verser à l'État, 20 000 sesterces, c'est-à-dire 3200 fr. (1902) pour un édile, il devait donner jeux et spectacles, et, si leur fortune ou leur générosité le permettait, ils y ajoutaient des largesses qu'on jetait au peuple du haut d'une tribune. C'était des bons de pain, de blé, de vin ou d'autres victuailles, ou bien encore de la menue monnaie et des pièces d'argent.
Je suppose que si ces coutumes étaient en vigueur, notre politique locale trouverait moins d'amateurs. Une journée électorale était alors véritablement agréable et l'on n'était pas réduit, comme de nos jours, à se cacher dans les coins sombres pour recevoir ou donner la pièce de cent sous légendaires du candidat torturé par l'anxiété A ces menues dépenses, les élus ajoutaient le privilège de compléter l'impôt quand celui-ci était en déficit et ils devaient aussi supporter les frais de réception des personnages plus considérables qui passaient par Guelma pour leurs services ou leur agrément.B Les fonctions présentaient donc quelques inconvénients, mais il y avait aussi des profits qui composaient très largement compensation et la vénalité des élus étaient chose des plus naturelles
le brave contribuable, colon ou non colon, payait avec sérénité quoique 'indirectement les frais que les réjouissances avaient occasionnés et la plupart du temps les magistrats augmentaient progressivement leur fortune en continuant leur marche ascendante vers les honneurs des plus coûteux
sur la fin de l'empire les provinces étant appauvri, la charge de décurions devint de plus en plus lourde et tombant dans le discrédit finit pas rester entre les mains des citoyens les moins recommandables des municipes.
Les précédents articles m'ont procuré une correspondance occasionnelle avec plusieurs de nos concitoyens qui s'intéressent au passé de la cité. Je les remercie bien vivement et je demande à Monsieur le rédacteur du Progrès de bien vouloir publier les passages les plus documentés de cette correspondance.

Vetus.

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