THIBILIS
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            Le 17 novembre 1836, l'armée traversa la Seybouse, la cavalerie et les canons à gué, et l'infanterie il l'aide d'une passerelle ,que l artillerie avait établie sur des tréteaux. Comme dans cet endroit les deux rives présentent un escarpement à pic ,d'une quarantaine de mètres, et qu'elles sont très boisées, I'ennemi aurait pu essayer de nous y attaquer, ainsi que dans un défIlé fort dangereux qu'on avait traversé la veille; mais il ne jugea pas il propos de tirer parti des avantages du terrain, et nous nous engageâmes dans le défilé qui conduit Ras el-Aqbah sans apercevoir aucune réunion hostile.

            A partir du plateau où les spahis étaient établis le long de la Seybouse, le terrain s'élève par une pente d'abord assez douce où le chemin est facile; mais bientôt les deux versants, entre lesquels la route de Constantine se dirige vers le col de Ras el-Aqbah, se rapprochent ce défilé se resserre, et ce n'est pas sans peine et sans travail que l'artillerie et les prolonges avançaient.

           Sur la gauche de l'armée était un restant de voie romaine assez bien conservée, qui allait dans la direction d'Announah. Comme les difficultés du terrain devenaient considérables, et que les troupes du génie ".malgré leur zèle et leur habileté ordinaire avaient fort à faire pour les surmonter, la marche de l'armée, qui était subordonnée à ce travail, fut lente dans tout le défilé, et ce premier jour le quartier général posa ses tentes en face des ruines d'Announah , à une très faible distance du point de départ!. Tandis que toute' l'armée maudissait cette lenteur obligée; qui retardait le moment impatiemment attendu de se mesurer avec l'ennemi, nous élions peut-être le seul à nous en réjouir; il eut été trop pénible, en effet pour un amateur d'archéologie, de passer si près des restes d'une ville romaine sans les parcourir. C'est cependant ce qui serait arrivé salIs la circonstance qu'on vient de 'rapporter; car des deux sentiers qui règnent sur les flancs opposés du ravin, celui de droite, le plus éloigné de la cité antique, fut suivi par la' presque totalité de l'armée, et quand même on aurait suivi l'autre, comme celui-ci passe seulement il l'entrée d'une gorge assez profonde, au. bout laquelle est situer Announah , il nous eut été impossible de visiter les ruines, et nous aurions pu tout au plus en avoir un aspect fort restreint à une assez grande distance.

            Heureusement, dans l'intérêt de la science du moins, on fit une halte prolongée sur ce point, et nous avons été à même, pendant une excursion de cinq heures, d'examiner il loisir ces restes remarquables et d'y copier une trentaine d'inscriptions.

            Sur l'immense ravin qui s'étend depuis les bords de la Seybouse jusqu'au Ras-el-Aqbah débouche, quelques ravins latéraux. La gorge qui conduit aux ruines d'Announah est de ce nombre. Pour y pénétrer on quitte la route de Constantine et on chemine entre deux mamelons élevés, d'abord assez rapprochés; l'un de l'autre, mais qui ne tardent pas s'écarter à mesure qu'on arrive près des mamelons élevés, d'abord assez rapprochés; l'un de l'autre, mais qui ne tardent pas s'écarter à mesure qu'on arrive près des ruines.

           Sur le mamelon de gauche, celui dont nous avons déjà parlé dans un article précédent, et qu'un arrachement blanchâtre fait reconnaître de fort loin, sur ce mamelon on trouve les restes d'un monument qui a dû être considérable, à en juger par la grande quantité des fûts de colonnes, de chapiteaux, et autres restes répandus autour des lignes de construction qui sont encore visibles.

           En laissant ces vestiges sur la gauche, et en continuant à cheminer vers l'ancien emplacement de la ville, on trouve des deux côtés de la route, une grande quantité de pierres tumulaires chargées d'inscriptions, qui attirent immédiatement les regards . La première est celle que Shaw a transcrite, comme ce savant archéologique dit ne pas en avoir trouvé d'autre, il est probable qu'il n'a pu pénétrer plus loin , car, autrement, les monuments épigraphiques si nombreux que nous avons recueillis un peu au-delà n'auraient certainement pas échappés à un observateur aussi habile.

            Quand on est tout à fait sorti de l'espèce de défilé qui de la route de Constantine conduit aux ruines d'Announah, on aperçois assez bien l'ensemble de celles-ci. Il reste encore dit Peyssonnel, quatre portes semblables à celles de Paris, mais plus petites , ce sont des ouvrages détachés, accostés de pilastres d'ordres corinthien et ionique. Deux de ces portes sont doubles, comme celle de saint Bernard, à Paris. Du côté de la montagne on trouve les ruines d'une église , au dessus de la porte il y a une croix pattée, avec un A et un P sous le bas de la croix. L'on trouve aussi de très gros morceaux de colonnes, dont quelques-unes ont de quatre à cinq pieds de diamètre sur trente ou quarante de longueur.

           Excepté l'espèce d'arc de triomphe dessiné par le capitaine Genet, il n'y a plus aujourd'hui que des arceaux informes ou la voûte commence au niveau du sol. On croirait d'abord, à voir ces singulières constructions, que la partie inférieure de monument est enfouie en terre, mais un examen attentif nous a convaincu que les arcades, qui figurent de loin ddu haut des portes , posent immédiatement sur le sol et sont des reconstructions grossières faites par des ouvriers maladroits, qui ont mêlé les matériaux de plusieurs monuments et les ont disposés dans un ordre, ou, pour mieux dire, dans un désordre, qui atteste leur ignorance en architecture.

           L'église signalée par Peyssonnel est l'exemple le plus curieux de cet arrangement barbare. Elles est bâtie de pierres et de marbres de toutes les dimensions, des fûts de colonnes, des chapiteaux et des morceaux de sculpture sont encastrés dans la muraille. Cet échantillon de l'architecture des chrétiens de l'époque gréco-romaine donne la mesure de l'effet désastreux de l'invasion des Vandales , celle-ci avait non seulement détruits les monuments , elle avait aussi détruit le sentiment de l'art que les arabes n'ont su reprendre et exploiter. La croix pattée dont parle Peyssonnel, est placée extérieurement au-dessus de la porte, sur la pierre qui forme la clé de voûte. Nous avons pu l'examiner de très prés et à loisir, et il nous a semblé voir sous le bras non pas un A et un P, mais bien un compas ouvert et une ancre de marine de navire. On conçoit, du reste, qu'on ait pu confondre ces objets. Dans l'article suivant, intitulé Porte Romaine , nous continuerons la description de cette localité, et nous donnerons les inscriptions que nous y avons recueillis.

DESSIN RELEVE SUR PLACE

Photos Valérie Martinez, texte "Le petit Guelmois"
Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE