ANNOUNAH.
PORTE ROMAINE
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On a déjà dit qu'Announah n'est pas précisément sur la route de Constantine par le défilé de Has elAqbah, et qu'il faut quiller cette route, s'enfoncer sur la gauche dans une gorge assez étroite pour arriver sur le terrain des ruines. Le sentier qui y conduit passe auprès du grand arc qu'on peut remarquer en premier plan (voir la planche ci-jointe). A cet endroit commence un vallon assez étendu, où la ville devait être assise; son périmètre pourrait être en quelque sorte délimité par la ceinture de monuments funéraires qui l'entourent, et l'on retrouve encore aujourd'hui le lieu où ils ont du être placés primitivement. Derrière un pilier isolé, qu'on aperçoit à gauche, sont de vastes citernes assez bien conservées; un peu plus loin, on trouve une voie romaine qui descend dans la direction de la vallée de l'Oued-Cherf, cet affluent de la Seybouse, dont nous avons déjà parlé à propos du bivouac de Medjez-Ammar.

II est fort probable que c'était le chemin d'Hippone, qui d'Announah, après avoir franchi l'Oued-Cherf, montait jusqu'au sommet du Djebel-Mahounah, de là descendait sur Kalama (Guelma), et joignait la Seybouse la grande voie dont on rencontre les restes à hammam el-Berda (les anciennes Aquœ Tibditanœ).On évitait ainsi le détour considérable qu'il faut faire lorsqu'on passe par Medjez-Ammar.
Le nom antique d' Announah est encore inconnu, et les inscriptions que nous avons recueillies dans les ruines n'ont pas dissipé l'incertitude qui règne il cet égard. On a cru y retrouver l'ancienne THIBILIS mais ce dernier nom, qui figure sur l'itinéraire à propos de la route de Kef à Stora, ne peut convenir Announah , car il faudrait alors admettre que la route en question allait de Kef à Announah, de là à Constantine, et de Constantine à Stora. On s'expliquerait difficilement la nécessité d'un pareil circuit.

En l'absence de données positives, nous hasarderons une conjoncture : Announah n'est pas un mot d'origine arabe, et son analogie avec le substantif latin annona est assez remarquable, c'était peut-être le nom que portait la ville antique, et il n'est pas impossible que les musulmans l'aient conservé comme ils l'ont fait pour Guelma (Kalama), et pour un assez grand nombre d'autres localités.
On ne doit pas être surpris de ne point retrouver le nom Announah dans les itinéraires, car l' on sait que ces documents n'indiquent en général que les lieux de station qui étaient placées sur les grandes voies de communication. Or Announah est, sous ce l'apport, une position excentrique, car il est assez éloigné de la voie d'Hippone à Cirtha, laquelle passait beaucoup plus sur la droite. Voici du reste tout ce qu'on trouve relativementà cette ligne:
-HIPPONE ad Villam-Servilianam. 25 milles ou 9 lieues 1/2
quis Tibilitanis (Hhammam el-Berdâ). 1.5 milles Ou 9 lieues ,1/5
cirtam 54 milles ou 38 lieues
On voit combien ce document est sobre de détails, puisque entre Hammam el Berda et Constantine , c'est-à-dire dans une étendue de vingt lieues et demie, il n'indique aucun point intermédiaire; et comme de Hammam el Berda on peut aller Constantine par plusieurs chemins, nous serions dans l'incertitude sur celui que les anciens suivaient si des traces de voies romaines et d'importances des vestiges qu'on rencontre ne marquaient pas la voie principale un peu à l'ouest de Ras el-Aqbah.

Nous avons déjà parlé des principaux restes qu'on observe Announah et nous avons à cette occasion mentionné celui qu'on appelle l'Église, à cause de la croix qui est au-dessus de l'entrée. De toutes les reconstructions que nous avons observées en Algérie, celle-ci est sans contredit une des plus barbares : les pierres, les marbres ont été entassés les sans les moindres discernements, de manière à former des murailles grossières. Des inscriptions tumulaires figurent parmi les matériaux de cette construction, ainsi que des fragments de sculptures. C'est à côté de ce misérable monument que nous avons trouvé un fragment sculpté de joli marbre rose, sur lequel on lisait ces deux lignes, qui ont dû faire partie d'une inscription votive.

H. CATVLUNVS LA
IDEMQ. DEDICA VIT
Ceci est probablement de la dédicace de quelque temple païen, dont les matériaux auront servi à l'édification de l'église chrétienne.

Dans les inscriptions funéraires que nous venons de rapporter, treize seulement indiquent l'âge des gens, sur cette faible quantité il se trouve deux nonagénaires, deux septuagénaires, et deux individus ayant passé la cinquantaine.
Sans prétendre déduire de ces faits trop peu nombreux une conclusion heureuse, nous les signalons ; l'attention du lecteur comme une simple présomption favorable relatant la salubrité d' Announah.

Extrait de études des savants français en 1844

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