PÉRIODE VANDALE ET BYZANTINE Á CALAMA

Le moment approche où Calama va être submergée comme toute la Numidie et l'Afrique romaine par le flot des invasions barbares.
Dès 429, les vandales, partis d'Espagne et conduits par Genséric, ont franchi le détroit de Gibraltar et débarqué sur la côte marocaine. Une immense troupe d'au moins 80.000 personnes s'avance vers l'est, comme un raz-de-marée qui renverse tout sur son passage.

Possidius, évêque de Calama nous raconte, dans la vie de St Augustin, les massacres, les pillages et scènes d'horreur qui jalonnent l'avancée des envahisseurs.

Après avoir parcouru la Mauritanie tout entière, ils arrivèrent dans nos contrées et dans nos provinces, portant partout où ils passaient le ravage, le pillage, les massacres, les incendies et autres maux épouvantables, ne considérant ni le sexe ni l'âge n'épargnant ni les prêtres, ni les ministres du Seigneur, non plus que les ornements des temples, les vases sacrés et les saints édifices eux-mêmes. Les villes assiégées et prises, leurs habitants périssaient sous les ruines de leurs maisons, quand ils ne tombaient pas sous l'épée ou ne réussissaient pas à s'enfuir; les églises étaient privées de prêtres et de ministres, les femmes consacrées et les religieux dispersés.
Les uns expiraient dans les tourments, les autres étaient frappés de l'épée, d'autres envoyés en captivité et obligés, une fois affaiblis dans leur corps et leur âme, ébranlés dans leur foi, de servir un ennemi aux mœurs dures et farouches.

Les hymnes liturgiques et les louanges du Seigneur avaient cessé; en maints endroits les édifices sacrés avaient brûlé et l'offrande des sacrifices à Dieu était impossible. Les sacrements étaient abandonnés et on ne pouvait les recevoir faute de ministres pour les donner à ceux qui les demandaient.
Des hommes s'enfuyaient dans les montagnes, les grottes ou dans quelque forteresse; les uns, forcés de se rendre, étaient massacrés, les autres, privés de tout moyen de subsistance, finissaient par mourir de faim.
Les évêques et les clercs qui, par un bienfait de Dieu avaient échappé aux mains des barbares dépouillés de tout, réduits à l'indigence, obligés de mendier, ne trouvaient pas de quoi subvenir à leurs besoins.

Des innombrables églises d'Afrique trois seulement restaient debout, celles de Carthage, d'Hippone et de Cirta, qu'une protection spéciale de Dieu avaient préservées de la ruine.

Les troupes romaines sous les ordres du général Boniface s'efforcent désespérément de résister aux envahisseurs sur le territoire de la Numidie mais en vain. Et Calama, cité romaine et catholique, ne fut pas épargnée.
Dès 430 elle fut dévastée et Possidius, et le clergé dut se réfugier dans les murs d Hippone auprès d'Augustin, dont la fin approchait (28 août 430) et qu'il put assister à ses derniers instants.

Pourquoi cette fuite ? l'acharnement implacable des Vandales avait un double motif. D'abord la haine de tout ce qui était romain et aussi de la religion catholique déjà en grande partie romanisée, latinisée les Barbares de Genséric se disaient pourtant chrétiens, mais Ariens.

Comme il arrive souvent en pareil cas, l'Eglise et l'Empire, qui avaient solennellement condamné la secte étaient englobés dans la même haine. Aussi quand en 437 Possidius tenta de rentrer dans sa ville épiscopale, il fut arrêté par ordre de Genséric et définitivement exilé.
Mais il eut encore le temps, avant sa mort, d'écrire la précieuse bibliographie de son vénéré Père dans l'épiscopat et de dresser le catalogue de ses œuvres.

La communauté chrétienne de Calama demeura ainsi décapitée et décimée pendant toute la durée du règne de Genséric ( mort en 477). L'avènement de son fils Hunéric (477.484) ramena d'abord une réelle paix religieuse qui permit une certaine réorganisation de la société et l'Eglise.

Un nouvel évêque est installé sur le siège de St Possidius : Quodvultdeus ; son nom occupe le troisième rang dans la liste des évêques de Numidie présents à Carthage en 484 avec tous leurs collègues des Provinces d'Afrique -466 au total -qui avaient répondu à la convocation du roi Hunéric.
Cette réunion tourna vite au tragique, car les ariens demandèrent aux catholiques de signer une profession de foi conforme à leur hérésie. Le refus de ces derniers enclencha une nouvelle persécution certains évêques furent mis à mort, d'autres relégués en exil, le catholicisme officiellement condamné.
Aussi, dès cette date on perd la trace de l'évêque Ouodvultdeus, sans doute exilé lui aussi. Et désormais, malheureusement, l'histoire religieuse de la communauté calamoise va s'enfoncer dans le silence et l'obscurité, car les sources historiques la concernant font totalement défaut.

La ville cependant, même dévastée, n'a pas été entièrement ruinée, des documents du siècle suivant nous la montrent toujours bien vivante. Une, fois de plus, elle va être mêlée aux vicissitudes de l'Histoire.

Dès les premières décennies du VI siècle, elle est englobée avec le reste de la Province dans un soulèvement des Numides et des berbères contre les occupants Vandales.
Les montagnards de l'Aurès en particulier se distinguent par la cruauté de leurs massacres. Plusieurs tribus berbères se constituent en royaumes indépendants.
Parmi les vandales eux-mêmes factions et rivalités se manifestent qui aboutissent 531 à un coup d'état de Gélimer qui renverse Hildéric, fils d'Hunéric empereur byzantin Justinien saisit cette occasion pour entreprendre la conquête de l'Afrique du Nord.

A partir d'octobre 533, ses troupes, sous les ordres du général Bélisaire ont débarqué à Carthage et s'avancent victorieusement vers l'ouest, sans être sérieusement arrêtées par la résistance vandale.
Dès l'année suivante l'Afrique du Nord est soumise à l'empereur de Byzance qui entreprend sa réorganisation. Une Inscription de 539 nous apprend Calama a été relevée de ses ruines et organisée en forteresse par soins du général Solomon, successeur de Bélisaire.
La ville fut entourée d'une enceinte de remparts dont on pouvait voir encore quelques vestiges il y a une cinquantaine d'années. Selon cette Inscription, ce rempart, flanqué de treize tours, rendait la place forte inexpugnable. Et la défense de la ville était placée sous la protection des Saints Clément Vincent, martyrs probablement originaires de Carthage.

Les catholiques de Calama avaient en effet une grande dévotion aux martyrs. On l'a vu plus haut pour St Etienne, patron principal de la communauté, et de nombreuses épigraphes nous ont gardé le souvenir d'intercesseurs vénérés par les fidèles.
Une plaque de marbre, conservée au musée du Louvre, fait mention de reliques de la Massa candida de St Isidore martyr oriental inconnu, des trois jeunes hébreux, de St Martin de Tours et de St Romain, un autre Inconnu.
Par ailleurs, les fouilles du XIXe siècle ont mis à jour de nombreuses inscriptions funéraires chrétiennes.

A l'abri de ses remparts, Calama va connaître un siècle et demi de paix relative: il semble qu'elle soit restée à l'écart de nombreuses révoltes contre les occupants byzantins.
Ses évêques, avec tout le clergé Numidie, participent aux synodes provinciaux qui se tiennent régulièrement, et dont la correspondance du Pape St Grégoire le Grand (590-604) nous a gardé la trace jusqu'au début du VII siècle.

Mais ses habitants ne se doutent évidemment pas que dans la lointaine Arabie se prépare le raz-de-marée humain qui va pour de longs siècles anéantir la civilisation occidentale et chrétienne en Afrique du Nord

Collectif des Guelmois site Internet GUELMA-FRANCE