LA PERIODE CHRETIENNE

CALAMA, au temps de Saint Augustin

      A la fin du IVe siècle, au moment où Saint Augustin vient d'être installé sur le siège d'Hippone, Calama possède une communauté chrétienne importante et vivante.

      Mais il s'en faut que sa vie se déroule dans le calme et la paix. Depuis près d'un siècle, l'Eglise d'Afrique est malade du Donatisme. Cette secte schismatique, du nom de son protagoniste, Donat, d'abord évêque de Casae Nigrae (: NégrineJ, puis de Carthage, la divise profondément. A l'origine, en 306, née d'une sordide querelle d'ambition et. D'intrigues personnelles, cette faction a dégénéré en rébellion ouverte contre l'autorité catholique locale, puis en rupture disciplinaire et doc-. trinale avec Rome et son évêque le le Papc. Elle s'est répandue avec une rapidité foudroyante, dans un climat de mécontentement social, parmi les aigris, les révoltés contre l'Eglise officielle et contre l'ordre social romain. Une Eglise rivale, parfois majoritaire en maints endroits, se dresse, avec ses dogmes, son clergé et ses évêques, en face de l'Eglise catholique. La plupart des évêques fidèles à Rome voient un évêque donatiste s'opposer à eux dans leur propre ville épiscopale. Et les communautés donatistes se livrent à de véritables persécutions, sous les yeux des païens, contre les membres de l'Eglise légitime. Regroupés en véritables compagnies de brigands, ceux qu'on appellera 'les circoncellions' (:rôdeurs) sèment partout la terreur par leurs pillages et leurs massacres.
     Depuis 397, à la mort de Megalius, le siège de Calama est occupé par l'évêque Possdius. C'est un disciple et un ami très cher de Saint Augustin; il a vécu sous sa conduite (14) dans Ile monastère que le futur évêque d'Hippone avait établi près de "église cathédrale après son ordination sacerdotale en 391. Honoré comme saint, c'est lui le biographe de son maître vénéré qui lui confiera souvent des missions de confiance.
      Son épiscopat long de plus de trente ans, sera traversé de bien des épreuves. Il doit d'abord compter, dans sa propre ville épiscopale, avec une communauté donatiste turbulente et menaçante qui a à sa tête, en ce début du Ve siècle, un certain Crispinus. En 402, dans une ;Lettre qu'il lui adresse (15), Saint Augustin reproche à cet évêque schismatique, propriétaire d'un domaine rural à Mappalia (16) d'avoir obligé quatre-vingt catholiques de l'endroit à se plonger dans l'eau afin de les rebaptiser de force ! (17).
     Possidius lui-même échappa de justesse aux mains des donatistes.

     Saint Augustin relate ainsi les faits :
     Alors que Possdius, évêque de Calama se rendait à Figuli (18) pour y visiter Ile petit nombre de catholiques que nous y avons, et pour inviter par la parole de Dieu les hommes de bonne volonté à rentrer dans "unité de Jésus-Christ, ceux de votre parti lui ont dressé sur son chemin des embûches à la manière des voleurs et n'ayant pu le faire tomber dans leurs pièges, ils l'attaquèrent ouvertement dans le village d'Olives (19) mirent le feu à la maison où il s'était retiré, et l'auraient brûlé tout vivant, si les habitants de ce village, pour se préserver du danger qui les menaçaient eux-mêmes, n'avaient éteint par trois fois les flammes de l'incendie que vous aviez allumé. Cependant lorsque Crispinus, à cause de ce fait a été cité au tribunal proconsulaire et condamné comme hérétique, c'est par l'intercession de ce même évêque Possdius qu'il a été exempté de l'amende de dix livres d'or .o (20).

     L'évêque de Calama avait auparavant essayé, en vain, d'amener Crispinus à un débat public pour discuter et réfuter les erreurs des donatistes. Crispinus se déroba sous divers prétextes et en s'abritant de manière ridicule, aux dires de Saint Augustin (21) derrière des citations bibliques inadéquates.
     Mais les donatistes ne furent pas les seuls à troubler la vie de la communauté chrétienne de Calama. En 408, les habitants païens eux-mêmes se livrèrent à des violences contre les catholiques de la ville. Ecoutons Saint Augustin nous relater les faits :
     Au mépris des nouvelles lois (22), le jour des calendes (: 1er) de juin, sans que personne s'y opposât les païens célébrèrent leurs solennités sacrilèges avec une telle audace, que rien de pareil ne s'était vu même au temps de Julien (l'Apostat). Ils firent passer les troupes bruyantes de leurs danseurs dans la rue et devant les portes de l'église. Les clercs essayèrent de s'opposer à une chose aussi illicite qu'indigne, l'église fut alors criblée de pierres. Huit jours après, l'évêque ayant notifié aux magistrats les lois qui d'ailleurs étaient connues de tous, et les ordres ayant été donnés pour les faire exécuter, l'église fut de nouveau assaillie à coups de pierres. Le lendemain, nos clercs pour arrêter au moins ces furieux par la crainte se présentèrent devant les magistrats, demandant que leur plainte fut enregistrée, mais cela leur fut refusé. Ce même jour, comme par un coup du ciel pour les effrayer, une forte grêle tomba sur la ville en réciprocité des pierres lancées contre l'église. A peine la grêle eut-elle cessé que pour la troisième fois des pierres furent lancées contre le sanctuaire. On mit le feu à l'église et aux maisons du clergé; un chrétien passant par là et qui tentait de s'y opposer fut tué, tandis que les autres se cachaient où ils pouvaient et fuyaient de toutes parts. L'évêque lui-même contraint et menacé dut se cacher en un lieu d'où il entendait ceux qui le cherchaient pour le mettre à mort s'invectiver entre eux parce qu'ils ne le trouvaient pas pour achever leur crime. Tout cela s'est passé depuis environ quatre heures de l'après-midi jusqu'à la nuit avancée. Aucun de ceux dont l'autorité aurait pu apaiser ces désordres n'est intervenu, sauf un étranger qui arracha des mains de ces assassins de nombreux chrétiens et obligea les pillards à restituer les objets dérobés. L'exemple de cet homme démontre que tous les désordres auraient pu facilement être empêchés ou arrêtés 51 les habitants et surtout les autorités s'y étaient opposées.
     C'est lorsque nous sommes allés à Calama pour consoler la douleur des nôtres ou apaiser leur colère, nous avons fait avec les chrétiens tout ce que nous avons cru nécessaire en la circonstance. o (23).
     La suite de la lettre prouve que les chrétiens ne voulurent exercer aucune espèce de vengeance contre les païens :

     Les dommages causés seront supportés par les chrétiens ou réparés par la générosité de leurs frères . Nous ne voulons que gagner les âmes, même au prix de tous les dangers et de tout notre sang -.
      La communauté chrétienne estima cependant que de pareils agissements ne pouvaient rester totalement impunis et surtout risquer de se reproduire par suite de la carence des autorités municipales. Aussi l'évêque Possdius, à la fin de cette même année 408, entreprit le voyage de Rome pour obtenir de l'empereur Honorius l'appui du pouvoir impérial pour son Eglise. Un certain Nectarius, notable païen de Calama, favorable au christianisme puisque son père était mort chrétien, effrayé pour ses coreligionnaires des conséquences de cette démarche, écrit à Saint Augustin pour plaider la cause des coupables. (24). Saint Augustin lui répond en le rassurant sur les intentions des chrétiens qui ne veulent qu'assurer leur sécurité :      Croyez-vous qu'il ne faille leur (aux coupables) imposer aucune peine, et qu'on doive laisser impuni l'exemple qu'ils ont donné d'une fureur aussi atroce qu'insensée? Nous ne voulons pas satisfaire à des sentiments de colère, en vengeant le passé, mais la charité même nous ordonne de pourvoir à l'avenir. - (25).
      Nous ignorons la suite qui fut donnée à l'affaire, mais il est certain que pareils événements ne se reproduisirent plus sous l'épiscopat de Possdius.
(14) S. Augustin, Ep. CI. (15) S Augustin, Ep, LXVI,
(16) Mappala: lieu non identifié de la région guelmoise. En langue berbère ce nom désigne de légères habitations de nomades.
(17) S. Augustin, Contra litteras Petallini, L. Il, C. LXXXIV.
(18) Figuli: lieu non identifié. En latin, figull signifie les potiers, briquetiers.
(19) Olives au Lives, lieu non identifié. En latin, aliva : l'Olivier peut faire penser au Col des Oliviers entre Constantine et Philippeville?
(20) S Augustin, Ep. CV. Cette amende considérable de dix livres d'or avait été édictée par Constantin et ses successeurs contre les hérétiques, les donatistes, qui considéraient comme nul le baptéme conféré par des ministres catholiques jugés indignes, et rebaptisaient les fidèles qui adhéraient à leur secte.
(21) S. Augustin, Conlra Creeconlum gr.mm.llcum, L. III, C. XLVI.
(22) Il s'agit d'une loi d'Honarlus du 24 novembre 407 défendant aux paiens de célébrer leurs solennités.
(23) S. Augustin, Ep. XCI.
(24) Nectarius, ln Ep, August. XC. (25) S. Augustin, Ep. XCI.

Extrait du livre : GUELMA A TRAVERS LES AGES du père Benois Nicolas.

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