Opinions sur la colonisation de Guelma 1845-1850 (?)

          Grâce à l'action des soldats paysans, les labours et les récoltes se font deux fois plus vite que chez nous en France, ce travail sera favorable, à la santé et à la bourse du soldat Enfin, même sons le rapport de la sécurité générale, et en vue de faciliter notre domination sur les Arabes, ne sent-on pas que cet accroissement de population française aurait une influence favorable , quand bien même cette population ne serait pas militaire ?
           Malheureusement, toutes ces considérations ne sauraient entrer, pour rien dans la détermination de la plupart des individus qu'on appellerait à former des villages, parce que l'intérêt individuel n'apprécie de pareils résultats qu'à l'époque où ils sont effectivement réalisables ou même réalisés.
          Aucun cultivateur ne se décidera à s'établir près de Guelma, par exemple, avec le seul espoir de vendre ses blés et ses bœufs, dans quatre ou cinq ans, à l'intendant de Guelma, pour la garnison de Guelma; et surtout il ne calculera pour rien, dans ses bénéfices probables, l'influence politique que son établissement personnel pourrait avoir sur les tribus voisines, résultat dont pourtant il profitera. , quand la réunion de plusieurs colons, formant un village, et celle, de plusieurs villages, fondés sur une route, auront rendu ses rapports avec les Arabes plus fréquents et plus sûrs.

         C'est donc au Gouvernement à prévoir ces avantages et à faire quelques sacrifices qui encourageraient immédiatement le colon à se fixer, le village à s'établir; il retrouverait plus tard une compensation de ces sacrifices, dans le secours d'hommes et d'impôt que l'État pourrait en tirer.
         Ces sacrifices généraux dont je parle, et que le Gouvernement doit s'imposer, s'il veut fonder des villages près des pointe militaires, dans des lieux que l'intérêt individuel ferait pas choisir, et auxquels on préférerait souvent des points plus rapprochés des ports ou mieux placés pour la culture, ces sacrifices généraux, dis-je, consistent, comme je l'ai déjà indiqué, dans les travaux de défense, d'assainissement, de défrichement, de communication, d'irrigation et d'établissements publics. Dans certains cas, il faudra même construire les habitations, distribuer des arbres et des semences, et faire l'avance du bétail, restituable à époques convenues. Lorsqu'on parle de sacrifices de ce genre, je le sais, on est généralement peu écouté. Autant il paraît naturel que le Gouvernement dépense des millions pour l'armée qui doit conquérir l'Algérie et défendre cette conquête, autant on craindrait qu'il en dépensât quelques uns pour faire cultiver pour rendre productive cette coûteuse conquête; on lui permet d'avoir 60, 80,100000 hommes à sa solde, parce que ces hommes s'appellent soldats; mais s'il demandait seulement 10 000 hommes, pour les employer, non à tuer des Arabes, à. brûler leurs tentes, leurs chaumières et leurs moissons, mais à bâtir des villages et cultiver la terre, on jetterait des hauts cris. Pourtant il me paraît évident que si, depuis douze ans, nous avions envoyé en Algérie autant d'agriculteurs que nous y avons envoyé de soldats, si nous avions même dépensé pour ces agriculteurs la même somme que nous avons dépensée pour nos soldats, l'Algérie nous aurait coûté en argent le double de ce qu'elle nous coûte, mais elle serait complètement à nous depuis longtemps.Sans doute cela aurait été coûteux; mais qui ne voit pas de suite l'oubli que je fais volontairement dans cette hypothèse?
         Les soldats venus en Algérie ont consommé leurs rations, leurs armes, leurs chevaux, tout leur matériel et leur propre personne; de plus, ils ont détruit, tant qu'ils ont pu, par devoir, par état, par habitude, la richesse des Arabes; les agriculteurs auraient bien aussi consommé beaucoup de choses, pour leur vie et pour leurs travaux, mais ils produits; Ils auraient planté plus d'arbres que nous n'en avons coupés et brûlés; ils auraient bâti plus de maisons françaises que nous n'avons démoli de maisons maures et de gourbis kabyles, ou déchiré de tentes arabes ; enfin ils auraient certainement produit, en partie du moins, le grain, la viande, le lait, les fruits nécessaires à leur nourriture. Ils seraient donc riches, aujourd'hui, de tous les sacrifices faits par la France; tandis que nos pauvres soldats, ceux du moins qui ont eu le bonheur de revoir la patrie, y sont rentrés épuisés,

Collectif des Guelmois GUELMA FRANCE