NECROPOLES ET DOLMENS REGION DE GUELMA ET DANS L'EST CONSTANTINOIS

Nous mentionnerons encore ici la nécropole mégalithique du Kheneg (à 24 kilomètres au nord-ouest de Constantine)(1). Elle est située à l'ouest d'une ville numide (puis romaine), qui s'appelait Tiddi. Peu de tombeaux sont demeurés en bon état. Ce sont, pour la plupart, des dolmens, aux parois formées de quatre blocs ou de murs à assises (voir planche II).

Les pierres ont été souvent équarries sur leur face interne. L'une d'entre elles porte quelques caractères qui ressemblent à des lettres néo-puniques(2). Certains de ces dolmens atteignent d'assez vastes dimensions : 1m, 90, 2 mètres, 2m, 05, 2m, 20 de long, sur 1m, 20, 1m, 15, 0m, 88, 0m, 90 de large. Ils sont surmontés d'une ou plusieurs tables.

Les enceintes, à assises, sont rondes ou, plus souvent, rectangulaires. J'ai remarqué dans ce cimetière deux petits dolmens accolés, avec une paroi commune(3). - Il y a, au même lieu, quelques tours rondes (ou chouchet), hautes de 2m, 50 à 3 mètres, larges de 6 à 7 mètres, à assises assez régulières.

Les objets trouvés dans les dolmens de l'Algérie ne permettent pas de les dater avec une entière certitude. On peut, en effet, supposer que plus hôtes, bien longtemps après avoir été édifiée. L'hypothèse est, il est vrai, difficile à soutenir pour les dolmens dans lesquels le déplacement d'une des parois aurait amené la chute de la table ; elle est, au contraire, plausible, quand un des quatre côtés a pu être démoli, puis rebâti sans peine, comme dans diverses sépultures de Sigus et du Kheneg.

Mais il est des dolmens qui portent, pour ainsi dire, leur date écrite sur leurs parois. Au lieu dit Guelaat bon Atfane, sur l'oued Cheniour, à 24 kilomètres environ au sud de Guelma, un grand nombre de tombeaux indigènes(1) entourent les ruines d'une ville qui eut quelque importance, aux premiers siècles de notre ère.
Les uns ressemblent à ceux de Sigus : nous ne les décrirons pas.

Dans plusieurs autres, les quatre côtés sont des murs droits, à assises régulières, avec des pierres d'une taille toute romaine. Sur une des petites faces est pratiquée une ouverture rectangulaire, que l'on pouvait fermer à l'aide d'une herse en pierre, manœuvrant dans des coulisses.
Au dedans, il y a de petites niches, qui abritaient sans doute autrefois des urnes cinéraires. Le plafond est formé de larges dalles, semblables à celles des dolmens ordinaires ; quelques moellons bouchent les interstices. La chambre n'est pas entourée d'une enceinte.

Ces monuments sont donc romains par leurs parois, par leur aménagement intérieur, par le mode de sépulture qui y a été adopté ; ils sont indigènes par leur couronnement. Il est évident qu'ils datent de l'époque romaine(2).
Nous donnons (fig. 7) le (plan et planche III) la vue de celui qui s'est le mieux conservé.

Enfin, certaines tombes de Guelaat bou Atfane diffèrent des précédentes en ce qu'elles sont souterraines. Deux des parois sont constituées par le roc, taillé verticalement jusqu'à la profondeur convenable, les deux autres par des murs construits à la mode romaine.
La porte est une ouverture à herse. L'intérieur présente quelquefois des niches. Une ou plusieurs grandes tables, brutes sur les deux faces(1), équarries seulement sur les tranches, forment le plafond du caveau et affleurent le sol(2).

Transportons-nous maintenant dans la province d'Oran, à Méchera Sfa, lieu situé à 38 kilomètres à l'ouest de Tiaret. Il y avait là une ville, occupant une sorte de promontoire, sur la rive gauche de la Mina. Aux abords, on voit les restes de deux nécropoles de type indigène. L'une, sur la rive droite, se compose de tumulus. L'autre, sur la même rive que la ville, comprend une centaine de tombes, dont les dispositions rappellent, à certains égards, celles des dolmens(1).
Elles sont de forme quadrangulaire. " Le fond, dit la Blanchère, le sol et partie des côtés sont taillés dans le roc même. Le reste des côtés et la façade, quand par hasard il en existe une(2), sont faits de grosses pierres non taillées, mais éclatées assez régulièrement en parallélépipèdes rectangles.

" Ces chambres sont assez basses et, en général, il est impossible de s'y tenir debout. " La toiture est formée par de grandes dalles, longues, étroites, peu épaisses, obtenues de même, procédé qui tient à la nature des carrières.
Le plus beau de ces monuments a 7 mètres de côté et une façade de 4m, 50 en pierres de taille, percée d'une toute petite porte. Ce qui fait son intérêt spécial, c'est qu'il date la nécropole. La façade porte en effet, sculptés assez grossièrement, une lampe, une colombe et un poisson, emblèmes chrétiens. " Plusieurs épitaphes chrétiennes ont été recueillies dans ce cimetière : l'une d'entre elles est datée de l'année provinciale 369, c'est-à-dire de l'année 408 de notre ère(3).

Une autre inscription(4), qui indique la même date, parait se rapporter à une chapelle élevée au milieu de la nécropole.

Comme on le voit, les dolmens que l'on a étudiés jusqu'à présent en Algérie, ne semblent pas remonter à une très haute antiquité. On n'en connaît aucun qui ait renfermé des outils ou des armes en pierre(1). Faut-il supposer que les tombeaux mégalithiques de ce pays soient tous plus récents que ceux de France ? Nous sommes persuadé du contraire. Les ressemblances que les dolmens d'Afrique offrent avec ceux d'Europe, sont trop frappantes pour être attribuées au hasard, et il est impossible d'admettre que ce type de sépulture ait été adopté par les Africains plusieurs siècles après être tombé en désuétude dans l'Europe occidentale.
L'avenir nous ménage sans doute la découverte des plus anciens dolmens de l'Algérie(2).
Mais ce que l'on peut affirmer dès aujourd'hui, c'est que l'usage de construire des monuments mégalithiques s'est maintenu dans l'Afrique du Nord bien plus longtemps qu'ailleurs. A cet égard, comme à tant d'autres, beaucoup de Berbères ont gardé, avec une fidélité obstinée, les coutumes de leurs ancêtres.

TOMBES TAILLÉES DANS LE ROC
Nous avons parlé jusqu'ici des tombeaux indigènes construits en pierres sèches. D'autres sont des grottes artificielles, taillées dans le roc. Nous citerons en particulier celles de Gastal, au nord de Tébessa(1). Elles sont creusées dans les flancs d'un étroit défilé, dit Foum el Attaba.

On en compte de trente à trente-cinq, toutes quadrangulaires, sauf une fort petite cellule qui est de forme arrondie. Elles mesurent 1m, 20 à 2m, 30 de long, 0m, 90 à 1m, 95 de large, 0m, 70 à 1m, 70 de haut, On entre par une baie étroite (hauteur 0m, 70-0m, 90, largeur 0m, 500m, 60), qui était fermée soit par une herse glissant dans des coulisses, soit par une dalle appliquée contre les marges d'un cadre.

Les plafonds sont horizontaux ; le sol est généralement en contrebas du seuil de la porte. (Voir le plan et la coupe d'un de ces caveaux fig. 8.) Une chambre présente une petite niche, une autre deux banquettes latérales.
Ces grottes funéraires semblent avoir été taillées avec des instruments en métal. Elles sont aujourd'hui vides : il est probable qu'elles ont été violées depuis fort longtemps. Le plateau qui les domine est parsemé de dolmens à enceintes circulaires.

Des grottes analogues se voient à Roknia, au milieu de la nécropole mégalithique(1). Il y en a environ deux cents. Elles sont d'ordinaire plus grossièrement taillées que celles de Gastal et remontent peut-être à une époque plus ancienne ; nous croyons cependant qu'elles ont été faites avec des outils métalliques.

L'ouverture est fort petite (0m, 50 à 0m, 60 de largeur, en moyenne) et ménagée dans la partie supérieure de la face. Parfois, le côté antérieur est constitué par une murette de blocs sommairement équarris ; mais on peut se demander si ce n'est pas une restauration assez tardive.

Les dimensions intérieures varient de 1m, 50 à 2 mètres pour la longueur, de 1 mètre à 1m, 30 pour la largeur ; le plafond est bas et le plus souvent arrondi.
Nous ne croyons pas que ces cellules soient bien postérieures aux tombeaux mégalithiques voisins, car l'ouverture de plusieurs d'entre elles est obstruée par des dolmens, qui datent évidemment d'une époque plus récente.
On ne saurait douter qu'elles n'aient été faites pour abriter des morts, déposés probablement dans une attitude repliée : elles sont trop petites, en général, pour avoir pu être d'ailleurs, la plupart des portes sont disposées de telle façon qu'il eût été impossible de les fermer de l'intérieur.

Une grotte qu'on a fouillée en 1860, contenait un squelette. Il existe près de Kissa, dans le massif du Dyr, au nord de Tébessa, un petit cimetière d'un type assez original(1). Il occupe un terrain en déclivité, dominé par une crête rocheuse. De gros quartiers de roc, qui se sont détachés de la montagne et ont roulé sur la pente, ont été taillés intérieurement avec des instruments en métal.

Chacun d'eux constitue une chambre funéraire, dont la porte, très exiguë, était fermée par une herse manœuvrant dans des rainures verticales. Nous avons habitées(2); compté sept grottes presque intactes (voir à la fig. 9, le plan de l'une d'elles). Elles sont de forme quadrangulaire ou trapézoïdale et mesurent en moyenne 2 mètres de long sur 1m, 70 de large ;

les plafonds sont arrondis. Au-dessus de ces tombes, s'élèvent quelques grands dolmens, dont les parois, à assises, sont construites avec des pierres régulièrement équarries(1).

1. On voit, auprès de Collo, une chambre creusée de la même manière dans un rocher isolé. Letourneux (Archiv für Anthropologie, II, p. 315 ; conf. Mercier, Bull. Comité, 1887, p. 459) en signale une autre près de Bou Hadjar, entre la Calte et Souk Ahras ; à en juger par la disposition des auges funéraires, surmontées de niches cintrées (arcosolia), elle date d'une période assez basse de la domination romaine. - Des caveaux funéraires de même type existent aussi en Tunisie (Bull. Comité, 1901, séance de février de la Commission de l'Afrique du Nord). 2. 1 Letourneur, l. c., p. 314-315. Bourguignat, Histoire des monuments mégalithiques de Roknia, p. 21 et 61. Faidherbe, Recherches anthropologiques sur les tombeaux mégalithiques de Roknia, p. 24, 26 et 35. Mercier, Bull. Comité, 1885, p. 552. 2. Il est possible que, plus tard et jusqu'à une époque fort rapprochée de nous, elles aient servi de refuges temporaires et de gîtes à des bergers 3. indigènes ; on a trouvé, dans plusieurs grottes, des restes de foyers. Mais cela n'a rien à voir avec leur destination primitive. 1. Playfair, Report for the years 1893-4 on the trade of Algeria (rapport adressé au "Foreing Office " par le consul anglais Playfair), p. 50. Conf. Gsell, Mélanges de l'École française de Rome, XV, 1895, p. 305. Playfair prend ces grottes pour des habitations : c'est là une erreur.
S.Gsell

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