LES SIECLES OBSCURES DU MAGRHEB

..../....La caravane lentement au rythme mesuré du pas des dromadaires passa sans regarder les immenses trésors archéologiques laissés par les Romains. Pour les chameliers ce n'était que des ruines sans aucune importance. Ils ignoraient cette civilisation qui avait baigné les contours de la méditerranée. Cela n'évoquait en eux aucun sentiment. Ainsi, au fil des siècles ils regardèrent sans comprendre et sans essayer d'apprendre que d'autres avant eux avaient donné une âme à ce pays….

     Il ne fallu que trente quatre ans de présence Française pour que monsieur Joly redonne vie aux ruines du théatre antique de Guelma...

LE MUSÉE DE GUELMA
F.G DE PACHTERE
1909

         Le musée de Guelma renferme des antiquités découvertes dans la ville ou aux environs. Mais surtout il sert d'asile a celles qu'on trouva récemment à Announa (Thibilis) à Khamisa à Mdaourouch (Madaros).
C'est grâce à ces dernières que ce dépôt local d'abord misérable est devenu une collection régionale assez riche. La seule de ce genre qui existe encore en Algérie.

Quand après la conquête, on construisit Guelma sur les ruines de l'antique Calama on déterra beaucoup d'antiquité.
Les unes furent détruites; les autres servirent de matériaux. D'autre prirent le chemin de Constantine, de Bône, d'Algcr. Les plus précieuses furent recueillies au Louvre.
Le reste, sans grande valeur fut entassé dans un coin de l'ancien jardin, au nord de la grande place actuelle de la ville, puis vers l880, ces ruines furent installés dan le jardin des officiers de la garnison. Celui-ci devint bientôt la propriété de la ville. M. Joly alors adjoint au maire, l'agrandit et l'aménagea. Il di posa, en bon ordre, avec goût, les antiquités de Calama. Le musée de Guelma était créé. Son existence fut officiellement consacrée en 1904 Monsieur Joly en fut nommé conservateur.

Le musée avait grand besoin de mériter son nom. Il manquait des œuvres auxquelles on ne pût s'arrêter. De 1903 à 1908, M. Joly déblaya la plus grande partie des ruines d Announa située à 25 kilomètre à l'ouest de Guelma. Il découvrit le deux forums de Khamissa et le nymphée d'où sortait la source de la Medjerda.

A Mdaourouch, il dégagea les grands thermes. Ces fouilles rapides entre autre résultat donnèrent la plus belle récolte d'inscription de sculptures de monuments d'architecture.
On ne pouvait songer à laisser sur place, en leur cadre naturel, les antiquités découvertes.

Announa Khamissa, Mdaourouch sont aujourd'hui des localités désertes éloignée de tout village français à la merci des pilleurs arabes.
Abandonnée sur place, les œuvres déterrées auraient bien vite été détruites ou volées par les autochtones .

Monsieur Joly fit un choix parmi ses trouvailles. Il donna aux plus précieuse l'hospitalité de Guelma. Et c'est ainsi que la bonne volonté et le dévouement d'un seul homme ont pu enrichir la pauvre collection primitive et on constituer à Guelma un musée régional
Le hasard, qui a rassemblé là tous ces morceaux n'a pas trop mal fait les choses. Le jardin de la ville aux murs bordés d'inscriptions aux parterres bordés de colonnades et peuplé de statues, est peut-être le plus pittoresque d'Algérie surtout, la diversité d'origine des antiquités qui s'y trouvent lui donne quelque variété.
Sans doute, les monuments de Guelma et d'Announa n'ont aucune valeur artistique, mais ils appartiennent à une région où survécurent vivace les civilisations préromaines et, si beaucoup de monuments romains, qui portent encore leurs traces ne sont pas restés à Guelma quelques-uns y sont conservés, et qui rappellent le souvenir des autres.

Au contraire les œuvres découvertes dans les fouilles de Khamissa et de Mdaourouch, sont si l'on met à part les belles pièces de Cherchell parmi les moins médiocres qu'ait conservée l'Algérie dans ses musées, même elles méritent mieux que la protection d'un jardin public où toutes restent exposées aux déprédations où les plus faciles à transporter risquent encore d'être dérobées. M. Joly a restauré le théâtre de Guelma que les Français contribuèrent jadis a ruiner. Beaucoup de statues du jardin pourraient garnir les niche de la scène qui orneraient le théâtre elle où elles trouveraient un abri plus sûr(I).

Tel qu'il est, en cette demeure peut-être provisoire, du jardin le musée de Guelma est assez important déjà pour mériter une description, une étude.
II en existe un inventaire dressé en 1900 et publié par la Société Archéologique de Constantine en son recueil, mais c'est un simple dénombrement des pièces du musée, qui date d'un temps où les fouilles d'Announa, de KhamÎssa, de Mdaourouch ne l'avaient pas encore transformé.

En ce travail, l'aide de monsieur Gsell professeur à l' Université d'Alger, ne nous a jamais fait défaut. Surtout M. Joly nous a prêté, en toute occasion son concours, si bien qu'après avoir créé, installé, enrichi le musée, il aurait encore pu sans scrupule signer ce livre. Il ne l'a pas voulu.

INSCRIPTIONS LIBYQUES ET NÉO-PUNIQUES. - STÈLES

C'est dans la région de Guelma qu'on a découvert le plus d inscriptions libyques. Aussi la ville en possédait-elle autrefois une assez riche collection. Toutes ont disparu, sauf une, une dont on ignore la provenance. Elle est depuis longtemps au musée.
Deux autre ont été découvertes récemment, à Héliopolis, dans les ruines de la Fontaine-Chaude.

Une dernière inscription doit être inédite à moins que la pierre concernée au musée n'en porte qu'une partie. On n'y, lit que quelques lettres.
Plus riche encore était autrefois la série des inscriptions néo-punique. Il y en avait une trentaine. Leur nombre même témoignait de la force de résistance de la langue dans une cité où la civilisation phénicienne a laissé, à l'époque romaine, d'autre traces.
Malheureusement toute cette collection est aujourd'hui dispersée.

Actuellement le musée en possède seulement six, funéraires comme l'épitaphe de Mathan fils de Hannon par Hannibaal et Baalsillec ou religieusement, tel l'ex-voto offert au seigneur Baa1 par Matanbaal fils d'Himilcon parce qu' il a entendu a voix. Ce sont encore des témoins de la civilisation phénicienne à Calama que ces stèles votives du musée. Ils ne constituent pourtant qu'une faible partie de celles qu'on trouva jadis dans les ruines. Deux d'entre elles sont accompagnée d'une inscription puniques et quelques autres, d'inscriptions latines; la plupart sont anépigraphes.
Elles ne s'éloignent pas du type le plus commun dan la région. Elle représentent toujours, à l'intérieur d une niche semi-circulaire un petit personnage parfois nu, mais généralement vêtu d'une courte tunique et d'un manteau, tenant en main un gâteau, une grappe de raisin, une pomme de pin, une couronne.
Quelquefois, le dédicant est encadré de palmes. Ces stèles, banales et frustes n'ont guère d'intérêt que par leur nombre même.
On s'est borné à reproduire une planche les mieux conservées et les plus caractéristiques

INSCRIPTIONS LATINES

Les dieux du panthéon romain sont assez mal représentés dan la série épigraphique du musée. Ils sont le plus souvent, l'objet de dédicaces laconiques et sans grand intérêt. Il ne reste plus à Guelma qu'une seule inscription à Hercule(I), personnification romaine du Melkart phénicien, qui fut pourtant particulièrement honoré à Calama et dan la région.
On en a retrouvé, dans les ruines du sanctuaire, de Damous-el-Kasbah, à Khamissa, un fragment d'une dédicace adressée à Saturne par un de ses prêtres. Des piédestaux de statues trouvées à Mdaourouch, portent le nom de Vénus, de Bacchus, d'Esculape, de la Fortune.
L'épigraphie est celle de la période des Sévères. Une autre dédicace à Mars, gravée en belles lettre du temps des Antonin, présente une particularité intéressante. Le nom du dieu y est à peu près martelé. Or Mars était à Madaure un dieu populaire. Il avait son temple dans la ville, et sur le forum, deux statues. Le culte dont il jouissait encore au temps de saint Augustin était de ceux qui portait le plus ombrage à l'évêque.
On peut croire que cette inscription fut, au V éme siècle martelée par les chrétiens acharnés après leur triomphe, contre un dieu qui avait été, dans la cité, l'un des champions le plus tenace du paganisme.

C'est d'Announa que vient une autre inscription à la Fortune offerte par un personnage équestre, invité à cet hommage par la déesse même. Une divinité abstraite BONUS Eventus, parèdre de la Fortune est honorée d'un monument qui coûta 5000 sesterce aux héritiers de Q.Julius Libo personnage d' Announa. Un sanctuaire à la concorde fut élevé à Mdaourouch, par un procurateur impérial, au prix de 40000 Sesterce .

Enfin le dieu qui veille à la prospérité de toute collectivité dans l'empire, le Génie, est 1'objet de deux dédicaces. L'une Genio gentiss numidiae, offerte au protecteur de la tribu numide dont le centre urbain était Khamissa fut découverte sur le forum même de la cité.

C'est une très belle inscription de la période Trajane (1). L'autre est un hommage du corps de décurion de Calama au génie de leur municipe
Les divinités capitolines avaient à Khamissa leur sanctuaire au voisinage de la platea vetus forum de la cité à la haute époque.
En effet parmi les fragments d'innombrables inscriptions monumentales découvertes en ce point de la ville, on pu grouper assez bien ceux de deux inscriptions pour lire à peu prés des dédicaces à Junon reine et à Minerve.

Elles se complètent l'une par l'autre. La première devait être conçue dans les terme suivant : [Junoni regllnae [sacrum]' 1 [pro sal(L/te) ~'en')ae T[rajani Ca)esaris Au(g(usli) Germ(anici), Dac(ici) Optimi). 1 [pont(ificis) mox(imi). trib(L1ni ia) pot(estate)] Xl'i[i1, imp(eraloris) ["Ji [co(I/)s(uli5) l'i, p(atris) Pt1triat~] 1 [Co Pompol/ius ... f(ilius) Rufus Aci/ius ... ) us Coelius S(p]arsus pon[lif(ex.) .. u ... proco(l/)s(u0) 1 [CLlm Q. Pompollio Marcello (1) .. jilio, co(n)s(ule) d)esig(nato), sodali Titio et C. Pomp[onio] Pro ... [ll'gratis) suis] 1 d(t'crelo) d(l'CLIriol1um) p(ewl/ia) p(ublica). L autre pellt se restituerain !: M[l1tlen'ae [A]I/o(us/ae) [sac(rum)]; 1 [ll1lp(eratore) Cae(sare)) l'ml Trajono [Aug lIstO), Germ(anico) Dacic(o)) 1 [Optimo p]ontif(icl') max(imo), trib(ullicia) pott:[s/(at~) xl'ii, imp" . Pom(poniu)s ... U(ilius)] RufLls Aciliu[s ... Coelius Sparsus] 1 [ponti[(c:x) ... pro1co(lI)s(ulj CLIn! Q. P[om]pon[io Marct'llo?

Ces inscriptions sont Intéressantes à plus d'un titre. Pomponiu Rufu ciliu ... us Coeliu Spar us) ne semble pas connu, il était proconsul au temps de la XVII puissance tribunice de Trajan, c'est-à-dire en 113. Or il y avait jusqu'ici, dans les fastes d' Afrique, une lacune entre Marius Priscus, gouverneur en 98 -99 et Caecilius Faustinus, proconsul vers 115, en outre, il est à peu près certain que les deux personnages nommés avec le proconsul dans les inscriptions sont à la fois ses deux fils et ses légats. Le premier Q Pomponius marcellus(?), qui porte le titre de consul designatus, dut être consul dut être consul suffect ài la fin de 113

Ces deux inscriptions à Junon reine et, à Minerve devaient être accompagnées d'une autre en l'honneur de Jupiter Optimus Maximus, conçue dans les même termes.

A leur voisinage, devant un édifice qui fut peut-être la curie, on a trouvé la tète et le torse d'un Jupiter colossal et divers fragments, dont la tète, d'une Minerve. Les inscriptions et les statues proviennent sans doute d'un capitole. Le temple, ou du moins les dédicaces aux dieux capitolins qui permettent de croire à son existence, datent du règne de Trajan, de l'empereur qui érigea Tlwuursicum numibarnum en municipe et lui donna son nom.
La statue du prince devait orner la place avant d'être transportée en 361-362, son règne marque pour Khamissa une période de prospérité dont l'épigraphie porte témoignage.

Il est possible que Thibilis ait eu comme Turbursiculm Numidarum son capitole. On donne, sans preuve suffisante, ce nom à un sanctuaire d'Announa, aux ruines assez imposantes; Du moins une inscription nous révèle que l'une des divinité de la triade, Junon, y avait on temple particulier.

Source : Musée de Guelma : F G DE PACHTERE membre de l'école française de Rome. 1909

site Internet GUELMA-FRANCE