L ALGÉRIE ET SON PASSÉ
André BERTHIER

S'il est facile de reconstituer l'aspect des villes de l'intérieur, on ne connait que peu de choses des villes maritimes, effacées par les constructions postérieures, et dont la vie ne peut être évoquée que grâce aux documents épigraphiques: dédicaces, reçus écrits sur les tessons de poteries, ou même simples plombs de douane.

Villes agricoles et villes militaires sont admirablement bien connues grâce notamment aux grandes résurrections de Timgad et de Djemila.

Avant de parler de ces grands chantiers des " monuments historiques)l, invitons notre lecteur à évoquer le décor des villes encore très peu fouillées, comme Thibilis (Announa), Thubursicu Numidarum (Khemissa), Lambœsis, Diana Veteranorum (Zana) .

Découverte des ruines enfouies de Thibilis (Announa) en 1839, il faudra des années d'efforts pour les dégager

Entre Raz-el-Akba et Clauzel, la route allant à Guelma longe la colline où a été bâtie Thibilis et cependant le passant l'ignore. Il suffit de faire un léger détour pour se rendre à l'emplacement de l'antique cité.
Des fouilles y ont été entreprises, mais sans continuation si bien que la ville est encore là sous terre, avec ses pierres de chaînage et ses piliers levés au-dessus du sol tandis qu'on reconnaît le tracé d'une grande voie dallée qui passe sous un arc à deux baies, le seul existant en Algérie; cet arc ornait l'entrée méridionale et conduisait au nord à une porte rattachée sur ses deux flancs à des murs d'enceinte.
D'un grand temple, qui était peut-être le Capitole, il ne reste que les fondations. Un édifice public important, sur la gauche de la grande voie,était un marché ou une basilique civile. Un temple de Junon n'est révélé que par une inscription, tandis qu'au sud on voit une basilique remarquablement bien conservée.
Chef-lieu d'un pagus, Thibilis dépendait de Colonia Cirta.
Thibilis fut la patrie de Q. Antistius Adventus Postumius Aquilinus, grand personnage de l'empire au temps de Marc-Aurèle et de Lucius Antistius Mundicius Burrus,' son frère, qui paraît avoir été le gendre de l'empereur.

Dans la maison des Antistii fut découvert un autel aujourd'hui conservé dans le jardin de l'établissement thermal d'Hammam Meskoutine. Le génie sculpté sur la face antérieure n'a plus sa tête. Il tient de la main gauche une corne d'abondance, et de la main droite une patère dont il verse le contenu dans un petit autel, près duquel apparaît la tête d'un serpent qui déroule ses anneaux sur la face de gauche, où l'on voit un autre autel. La dédicace porte: Genio domus sacrum. Dans un cadre, se lit l'inscription plus longue: Pro salute Q. Antisti Adventi Postumi Aquilini. leg(ati) Aug(ustorum} leg(ionis} II ,Adiutl''Ïds et évoquée que grâce aux documents épigraphiques : dédicaces, reçus écrits sur les tessons de poteries, ou même simples plombs de douane.
Villes agricoles et villes militaires sont admirablement bien connues grâce notamment aux grandes résurrections de Timgad et de Djemila.

Avant de parler de ces grands chantiers des monuments historiques, invitons notre lecteur à évoquer le décor des villes encore très peu fouillées, comme Thibilis (Announa), Thubursicu Numidarum (Khemissa), Lambœsis, Diana Veteranorum (Zana).

Entre Raz-el-Akba et Clauzel, la route allant à Guelma longe la colline où a été bâtie Thibilis et cependant le passant l'ignore. Il suffit de faire un léger détour pour se rendre à l'emplacement de l'antique cité.

Des fouilles y ont été entreprises, mais sans continuation si bien que la ville est encore là sous terre, avec ses pierres de chaînage et ses piliers levés au-dessus du sol tandis qu'on reconnaît le tracé d'une grande voie dallée qui passe sous un arc à deux baies, le seul existant en Algérie; cet arc ornait l'entrée méridionale et conduisait au nord à une porte rattachée sur ses deux flancs à des murs d'enceinte.
D'un grand temple, qui était peut-être le Capitole, il ne reste que les fondations. Un édifice public important, sur la gauche de la grande voie, était un marché ou une basilique civile. Un temple de Junon n'est révélé que par une inscription, tandis qu'au sud on voit une basilique remarquablement bien conservée.

Chef-lieu d'un pagus, Thibilis dépendait de Colonia Cirta.
Thibilis fut la patrie de Q. Antistius Adventus Posturnius Aquilinus, grand personnage de l'empire au temps de Marc-Aurèle et de Lucius Antistius Mundicius Burrus, - son frère, qui paraît avoir été le gendre de l'empereur.
Dans la maison des Antistii fut découvert un autel aujourd'hui conservé dans le jardin de l'établissement thermal d'Hammam Meskoutine. Le génie sculpté sur la face antérieure n'a plus sa tête. Il tient de la main gauche une corne d'abondance et de la main droite une patère dont il verse le contenu dans un petit autel, près duquel apparaît la tête d'un serpent qui déroule ses anneaux sur la face de-gauche, où l'on voit un autre autel. La dédicace porte: Genio domus sacrum. Dans un cadre se lit l'inscription plus longue: Pro salute Q. Antisti Adventi Postumi Aquilini. Leg (ati) Aug(usrorum) leg(ionis} Il Adiutrids et Noviae Crispinae eius, et L. Antisti Mundici Burri, et Antoniae Priscae, matris eius, et liberorom et famil(iae) eorum, Antistius Agathopus, lib(ertus), ex viso d(ono) d(edit).

Les Antistii étaient l'honneur de Thibilis. Q. Antistius Adventus Postumius Aquilinus avait accompli une brillante carrière : tribun militaire, questeur de la province de Macédoine, tribun de la plèbe, légat de la province d'Afrique, préteur, légat impérial de la Légion VI Ferrata, puis de la Légion II Adiutrix.
Ce soldat devint légat impérial de la province d'Arabie, puis il reçut, lors d'une guerre contre les Germains, un commandement extraordinaire, après quoi il fut nommé gouverneur dans la Germanie Inférieure.
Antistius Adventus, écrit Gsell, fut donc un de ces Cirtéens qui, sous les Antonins, parvinrent aux plus hautes dignités de l'empire, le compatriote et le contemporain de P. Pactumeius Clemens, consul en 138; de Q. Lollius Urbicus (originaire du pagus de Tiddis), préfet de Rome sous Antonin le Pieux; de M. Cornelius Fronto, le célèbre rhéteur, maître de Marc-Aurèle et de Lucius Verus, consul en 143; de P. Julius Geminius Marcianus, qui fut le prédécesseur d'Adventus dans le gouvernement de l'Arabie et parvint, comme lui, au consulat; sans doute aussi de P. Julius Proculus Celsinus, consul dont une inscription de Constantine donne le Cursus honorum, et qui pourrait avoir été Julius Celsinus, le " Numide ", ami de Fronton et d'Aulu-Gelle 1. "

Khemissa est le nom actuel de l'emplacement des ruines d'une ville qui compte parmi les plus importantes de l'Afrique romaine. Le nom antique, Thubursicu Numidarum, permettait de la distinguer de Thubursicu Bure, située en Tunisie. L'appellation marque aussi un lien étroit entre la ville et les Numidae appartenant à la gens Numidarum, fixée dans la région de Khemissa. Deux inscriptions trouvées dans les ruines mentionnent en effet des principes gentis Numidarum. Sur cette gens Numidarum Gsell a fait cette hypothèse: " A savoir qu'au temps de Néron, la gens Numidarum formait encore une très grande tribu, dont le territoire aurait été ensuite morcelé et dont une seule fraction, celle de la haute Medjerda, aurait conservé une existence administrative 2. "
Un village numide avait dû occuper la partie haute de la colline. Puis la ville s'étendit vers le nord et le nord-ouest en installant ses quartiers sur les pentes, puis en les étendant jusque dans la vallée. Elle devint très vaste: elle couvrit une surface de près de soixante-cinq hectares, sans compter les cimetières qui l'environnent.

Les ruines très importantes occupent un terrain mouvementé dans un cadre grandiose de montagnes. La ville semble avoir eu deux forums dont le plus ancien, établi en terrasse, est flanqué à l'est par une grande basilique montrant à l'intérieur une colonnade disposée en rectangle. Les restes d'un temple et d'une salle à abside se voient sur le côté ouest de la place. Un édifice précédé d'un portique est très probablement la curie.

Le théâtre, installé en contrebas d'une croupe, sous le Ksar-el-Kébir, est un des mieux conservés de l'Algérie romaine. Le miroir d'eau qui fait face au captage de la source d'Aïn-el-Youdi est une des originalités de Khemissa. En effet, un grand bassin à plusieurs parties courbes, long de quarante mètres, s'étend devant les vestiges d'un château d'eau. Les Romains aimaient construire de grands bassins au voisinage des sources. Le Hammam Berda, au nord de Guelma, consiste en une grande piscine circulaire où, par une sorte de petit hémicycle, une source chaude se déversait.

Assez proche de Thubursicu Numidarum était Madauros, nom qui subsiste encore dans l'appellation Mdaourouch. Madaure est une vieille cité qui existait dès la fin du Ille siècle avant notre ère. Sous l'Empire, avant le règne de Nerva, une colonie de vétérans y fut établie. Les ruines s'étendent sur une trentaine d'hectares. On y voit des huileries bien conservées. Des remaniements nombreux et la construction d'une grande citadelle byzantine, ne permettent pas de bien saisir tout l'aspect de la ville antique. On ne sait plus où étaient les arcs et le Capitole dont parlent les inscriptions.

Madaure est célèbre pour avoir été la patrie d'Apulée et du grammairien Maxime de Madaure. Il semble qu'on doive attribuer à Apulée la dédicace d'une statue dont on a retrouvé deux fragments qui permettent de lire: "( ooo [Ph]ilosoPho [Pl]atonico, [Ma]daurences cives, ornament [o]suo. D(ecreto) d(ecurionum), p(ecunia) [p(ublica)].

Parce que Madaure avait eu l'orgueil d'avoir donné le jour à Apulée, elle tint à honneur d'avoir de bonnes écoles, capables par leur renommée d'attirer les jeunes gens des autres villes. C'est ainsi que saint Augustin fut envoyé par ses parents à Madaure afin d'y apprendre l'art de bien écrire et de bien parler.

Site Internet GUELMA-FRANCE